LES NEGRIERS NOIRS AUX ÉTATS-UNIS
Les nègres échappés des Antilles et devenus libres ea touchant le sol des Etats- Unis font un usage assez singulier de leur indépendance, une fois qu'ils ont réussi à s installer dans leur nouvelle patrîe d'adoption.
Presque tous ces maraudeurs s'établissent dans les ports de l'Amérique du ISord sous le titre de barbier, et sur le rebord d'un cabaret, au fond duquel on loge la nuit, à l'occasion, les matelots qui le matin sont venus se faire faire la barbe par le Figaro du logis. Aussi voit-on quelquefois au-dessous du plat à barbe traditionnel qui sert d'cîiseigne et d'armoiries à tous les fraters du globe : Ici on faïL la barbe et la chaudière.
Mais l'utile profession du rasoir n'est pas la seule industrie qu'exercent les nègres barbiers des ports de l'Union : la plupart de ces artistes ont, comme dit vulgairement un ancien proverbe, deux cordes à leur arc.
Vous allez savoir quelle est la corde supplémentaire que les noirs raseurs ont su monter sur l'arc ou sur la lyre que la Fortune ou les Muses leur ont mis sous les doigts aux Etats-Unis.
Quand un navire étranger arrive dans le port, tous les barbiers quittent à l'instant les mentons qu'ils ont commencé à savonuer ou à lâcler, et, au risque de oc plus
reprendre la besogne entamée, ils passent vite leur redingote , se couvrent de leur chapeau gris et courent sur le wharf pour , attendre que le bâtiment signalé vienne s'amarrer sur le bord du quai.
Une fois cette dernière opération faite et le navire en face d'eux , les malins nègres commencent à travailler l'équipage et à faire fonctionner cet instinct télégraphique qu'ils ont pour ainsi dire , comme tous les hommes de leur race , dans les mains, dans les yeux , daus leurs mouvemens de tête et jusque dans leurs gestes de jambes. Us n'adressent pas la parole d'abord aux matelots qu'ils veulent embaucher : cette initiative paraîtrait un peu trop hasardée. Le capitaine et les officiers sont d'ailleurs sur le pont, et il faut que les convenances s'observent; mais les noirs démons de l'embauchage sourient à la proie qu'ils veulent dévorer : une amarre est jetée à terre ; cinq ou six barbiers s'emparent du bout de l'amarre pour aller le tourner officieusement au pieu ou sur le point qu'on leur indique. Premier moyen d'introduction.
Les nègres, et surtout les nègres marrons , sont bredouilleurs polvglottes ; ils baragouinent toutes le;j langues et n'en parlent aucune. Si le bâtiment est français , ils hasardent , après avoir tourne' un bout d'aman e, une plaisauteric en fran-
çais; s'il est anglais, ils risquent un mot plaisant en anglais... Les matelots sourient ; un coup de léte accueille le sourire du matelot ; dernier moven d'introduction... Les barbiers franchissent alors timidement encore le bord du navire; ils entrent, admirent le gréement, saluent le capitaine et vont causer devant avec les gens de l'équipage qu'ils convoitent, qu'ils raseront et dont ils feront ensuite leurs esclaves, eux qui, pendant long-temps, ont été les esclaves des blancs, quils tiennent enfin sous la main et sous le rasoir !
On diiie à bord, ou l'on soupe ; le matelot qui airive n'est pas fier, et il est surtout hospitalier. Ce nègre raseur, dont la dédaigneuse hospitalité de l'Amérique a fait un Paria au sein de l'indépendance , se trouve admis à la gamelle de l'équipage ; on lui prête uiie cuillère et il partage la soupe des Spartiates du gaillardd'avant ; le mousse sert la ration de vin, et un quart de vin, prélevé sur le total des rations que renferment le bidon , est offert au nouveau-venu. Le nouveau-venu boit avec reconnaissance ; il a aussi sa politesse à faire après le repas... Il invite ses hôtes à venir à terre, pour se lai'iser raser, pour se rafraîchir des fatigues de la mer, et à accepter un verre de wi'sky avec lui pour se reconforter le cœur ou se remonter l'estomac. Tous les barbiers africains de Boston, de Philadelphie ou de JNevF-York sont physiologistes par état et hommes de bonne compagnie par industrie.
On descend à terre, car \e wharf est là, et il n'y a qu'un pas à faire pour passer au plat-bord sur le quai, et aux Etals- Unis le capitaine n'est plus que le maître fort problématique de sa barque, et le chef plus problématique encore de son équipage. Partout ailleurs ses matelots lui demanderaient , au moins par déférence, la permission de s'absenter du bord...
Mais, dans le pay» de la liberté, la terre
est à tout le monde et l'autorité à personne. Chacun à bord connaît ses droits dans les différens pavs que le bâtimetit aborde. Un équipage français est une espèce d'Alcibiade mangeant du brouet avec li's Lacédémoniens après s'être plongé dans le luxe d'Athènes, et se carrant au festin du grand roi après avoir lâté de la sauce noire de Lacédémone et aïoir renversé les statues des Athéniens.
Le lendemain de la visite que 1 équipage a faite au frater nègre, le capitaine s'aperçoit qu'il n'a plus de matelots à bord, et qu à l'exception de son second, son lieutenant, son cuisinier 's'il est mauvais \ et son mousse, s'il est ivrogne, il ne lui reste pas un seul homme pour continuer son voyage, et faire même le travail du jour.
Il demande alors au maître du wharf' ce que ses gens peuvent être devenus, et le propriétaire du wharf, qui connaît le pays, lui répond, en haussant les épaules, que les diables de nègres-barbiers n'en font jamais d'autres, et que, dans un pays bien organisé, on devi'ait les envoyer au fond du quai pour engraisser les huîtres.
Le capitaine commence alors à connaître le pays : il s'adresse à son consul , qui (ilplomatîse pour réclamer les déserteui-s. Les déserteurs boivent, mangent, se font raser à crédit pendant ce temps de protocole... C'est le nègre embaucheur qui paiera tout...
Le navire , abandonné par les citoyens de sa nation, part avec un nouvel équipage de rencontre, laissant ses déserteurs se nover dans les délices de Capoue... Le nègre, qui chaque matin leur fait la barbe, rit à son tour en voyant la physionomie de ses pratiques s'alonger sous sa main légère et infernale : cette main va s'emparer de leur peau qu'elle rajeunit...
Quinze jours se sont passés, et l'on n'a pas encore parlé d'argent. Mais au bout de ce temps, le maître du cabaret, enchanté , propose à ses hôtes de s'embar-
quer, de renoncer aux plaisirs dans lesquels ils se sont retrempés à terre.
— Mais je ne demande pas mieux , répond chaque hôte. Et -combien nous donnera-t-on ? Et sur quel navire prendre du service?
— On vous donnera sept dollars par mois , à bord d'un schooner qui part demain pour faire la traite de la gomme et de la poudre d'or. J'ai parlé au capitaine : trois mois d'avances, et je vous souhaiterai le bonjour.
— Sept gourdes ! mais on paie les matelots douze et treize gourdes ; c'est ie prix de la place.
— Sans doute, pour les matelots qui sont libres et qui peuvent attendre ; mais vous autres ?
— Eh bien ! nous autres , est-ce que nous ne sommes pas libres , et qu'est-ce qui nous empêche d'attendre?
— Oh oui ! vous pouvez bien attendre, vous , mais c'est moi qui suis pressé, attendu que chacun de vous me doit quatorze gourdes pour nourriture , bière , ■wiskey et barbe... C'est sept dollars qui vous resteront à dépenser chez moi, une fois que vous aurez reçu vos avances.
— Eh bien I compère , on verra , on verra; en attendant, donnez-nous un petit verre de quelque chose , pour avoir
encore l'honneur de boire à votre chère santé.
— Un petit verre, non ; mais un ordre de vous faire mettre en prison pourdettes, oui... C'est le juge qui me l'a accordé ce matin , cet ordre...
— Il faut donc à présent aller en prison ou engager sa peau au dessous du cours de la place... Il n'est donc pas de lois dans celte baraque à piment de pays libre?
— Si , vous voyez bien qu'il y a des lois , puisque j'ai dans les mains un warrant du juge contre vous...
— Ah ça , mais c'est donc la traite des blancs ici , à présent?
• — Ah! écoutez donc, c'est un capitaine blanc qui m'adébaïqué il y a vingtdeux ans au Français, île Guadeloupe.
— Etre traité et vendu comme Joseph en Egypte , et encore par un nègre, par un nègre-Guinée ! Diable de sort! dis donc, mal-blanchi, en allendanl fais-nous donner pour les sept gourdes restantes sur les avances de notre peau; fais-nous donner à boire et à manger comme s'il en pleuvait, jusqu'au moment de l'appareillage de ton méchant schooner !.... Entends-tu , esclave , c'est moi qui paie ; obéis... Va donc un peu plus vile que ça!... c'est physique ceci, ceci est physique , n'est-ce pas les amis?
CoaBIJtKE.
EXERCICES SYNOINYMIQUES.
Trouver une chose oui existait déjà, mais qui était inconnue jusqu'aloi's , c'est découvrir .
La recherche précède donc la découverte, à moins que l'on ne fasse une découverte par hasard } par exemple : les Phéniciens ont inventé Wxi àe teindre en pourpre ; mais on dit que c'est un chien de berger qui, ayant brisé des coquillages dont le sang lui a%'ait teint la gueule , a servi à faire la découverte de la couleur de pourpre.
Dii.cs-moi maintenant, s'il y a invention ou découverte lorsque je vous parle des faits suivans :
Jean Guttenberg a — la typographie (l'imprimerie) en iL[36.
Christophe Colomb a — l'Amérique, en
Vasco de Gaina a — la route maritime pour aller aux Indes orientales.
Jiirgens a — le rouet, ^n i53o.
Othon Je Guercké a — la machine pneumatique cllamachine électrique, en i654.
Boëttcher 3i — la porcelaine, en i^oS.
Jklongolfier a — le ballon aérostatique, en i;83.
Chappe a — le télégiaphe, en i^83.
Tschorn Hausetn a — le miroir ardent.
Corneille Drebbel a — le thermomètre vers i63o.
Sennefelder a — la lithographie, en
François Rousseau a — la cire d'Espagne (à ce que l'on dit).
Les microscopes et les télescopes ontils été inventés ou découverts.
PTilliani Lée ( prononcez Li ) a — le métier pour la fabrication des bonneteries.
Les Chinois ont — le papier à écrire.
Les Arabes, dit-on, ont — la boussole.
Bertholt Schwartz doit avoir — la poudre à tirer.
Le frère Pierre Ponce, moine espagnol, mort en i584, a — l'art d'instruire les sourds-muets.
onsr.RVATlON.
Les jeunes lectrices répondront à ces (juestions en motivant leur opinion et en donnant des explications sur les découvertes et les invenlions. Elles feront aussi la biographie des hommes remarquables à qui elles sont dues.