DE SAINT JEAN-BAPTISTE
Nous lisons dans un recueil hebdomadaire {le Semeur) un article sur le voyage de MM. Zwick cl Schill, parmi les Iriljus des Kalmouks du gouvernement d'Aslracan.
Le fragment suivant contient de curieux détails sur les sauterelles , dont saint Jean-Baptiste se nourris.-ait dans ie désert.
Les principaux animaux qui habitent ces déserts sont des chevaux sauvages, des antilopes {antelopa sagax), en grand nombre, des renards, des loups, le depus jarbeii et le mus jarnlans. Les scrpens et les lézards y sont très communs.
On croit qu'il ne se trouve des serpens que sur le Mont-Bogdo, maison voit partout des mille-pieds de six ou huit pouces de long, des tarentules, et l'animal encore plus v.enimeux auquel on a donné le nom de phalangium aroineades et que les Kalmouks appellent Belbussuin charra. Ce qui fixa surtout l'atlenlion de nos voyageurs^ ce furent des essaims de sauterelles qui obscurcissaient souvent l'air de leurs bruyantes légions et qui dévastaient tout sur leur passage.
» Un soir vers le coucher du soleil , disent-ils, nous vîmes accourir du midi comme une colonne eftVayantc qui avait plus d'une verste de largeur, et qui demeura plus d'une heure à défiler. Comme ce phénomène remarquable eut lieu à peu de distance de notre voiture, nous allâmes nous mettre au milieu de cet essaim, pour observer ces insectes de plus près ; ils formaient une sorte d'arche impénétrable au dessus de nos têtes. Le bruit qu'ils faisaient en volant ressemblait à celui d'une chute d'eau un peu éloignée, accompagnée d'un léger cliquetis. •
i Ils font ailleurs la description d'un autre essaim qui avait plusieurs vcrstes de largej les tètes des sauterelles étaient toutes tournées vers l'occident ; et dans cette direction elles dévoraient chaque brin d'herbe avec une effrayante voracité; leurs ailes bjillaient au soleil comme de l'argent ou du verre , et réfléchissaient une lumière tremblante. Lorsque nous passions dans leurs rangs, elles se levaient en épais nuages , avec un cliquetis assez fort , qu'elles produisaient en frappant leurs ailes l'une contre l'autre, et elles bourdonnaient autour de nous en groupes iriéguliers, comme la neige lorsqu'elle tombe à gros flocons. L'espace qu'elles nous laissaient était d'environ vingt pas plus large que ce qui nous eût été strictement néces" saire ; et à mesure que nous avancions, il était immédiatement rempli à la même distance derrière nous, comme par des nuages qui seraient tombés. Elles étaient si légères que nous avions de la peine à les attraper, surtout dans la chaleur du joui-, car elles sont toujours plus actives quand le soleil brille. Plusieurs de ces sauterelles étaient dans leur premier état , elles sont alors d'une couleur orange foncé; d'autres avaient atteint presque tout leur développement. Au bout de peu de jours, elles avaient presque toutes accompli leur transformation, et elles étaient en état de s'élever dans les airs comme leurs compa gncs, pour chercher de nouveaux districts. Cette espèce de sauterelles(G'rj////5 migratorius') a de trois à quatre pouces de longueur. Les ailes, qui ne couvrent pas d'abord tout le corps, le dépassent de beaucoup, lorsqu'elles ont atteint tout leui-
j acciûisscment. Ces insectes no dévorent
pas seulement toute l'herbe, mais aussi les liges des arbi'isseaux , les plantes marines et jusqu'au feutre qui couvre les tentes, si on les laisse s'y établir. Cette espèce sert encoie de nourriture en Arabie aussi bien que le Gryllus cristatus que mangeait Jean-Baptiste dans le désert, et que les nations de l'Orient préparent de diiTérentes mariières ; les Kabnouks s'en abstiennent par suite de scrupules que leur inspire le Budd'hisme , mais on dit à nos voyageurs qu'on recherchait beaucoup la chair des loups, des chiens, des antilopes, des moutons et des autres animaux qui s'étaient nourris de sauterelles
Ce n'est pas seulement l'intérêt que présentent ces détails qui nous a engagés à les reproduire ; c'est surtout le jour qu'ils répandent sur les nombreux passa-
ges de la Bible oii les sauterelles sont leprésenlées, à juste titre, comme un des plus grands fléaux qui puissent désoler les peuples. Elles sont appelées, dans le prophète Joël, l'armée du Seigneur, à cause de l'ordre parfait qui règle leur marche ; il compare le bruit qu'elles font à celui d'une puissante armée qui se prépare au combat. L'usage qu'ont encore aujourd'hui les Orientaux, et surtout les classes pauvres de lOrient, de se nourrir de sauterelles, nous prouve aussi qu'il l'ésulte de ce qui est rapporté dans les Evangiles de la manière de vivre de Jean-Baptiste, qu'il vivait comme les pauvres du pays, et non pas, ainsi qu'on l'a cru long-temps, en homme sauvage, et pour ainsi dire dans un état de nature.