DE MESURER LA DISTANCE DES PLANÈTES DE LA TERRE
Ce qui cause universellement le plus d'admiration , avant qu'on ait appris l'astronomie , c'est la connaissance de la véritable distance ou de l'éloignement. des planètes ; on est surpris de nous entendre affirmer que la lune est à 86 mille lieues de nous ; mais l'étounement cessera dès qu'on aura senti les moyens que nous employons pour y parvenir.
Pour connaître l'éloignement dune planète, il suffit de savoir quelle différence on trouve en la regardantde dilîérens endroits de la terre ; car plus un objet est près de nous, plus il paraît changer de position quand on change de place- Pour le regarder, quand nous montons, les objets paraissent descendre; quand nous sommes aux Tuileries, les arbres nous paraissent élevés : si nous allons au haut du bâtiment , ils nous paraissent abaissés, parce que le rayon visuel par lequel nous les vovons s'incline ou s'abaisse à mesure que votre œil est plus liant. Celte différence, quand il s'agit des astres, s'appelle parallaxe f c'est-à-dire changement,
ÎSe craignons point de nous servir du terme de /îrt/-«//fla'c, quoiqu'il paraisse trop scientifique ; l'usage en sera commode, et ce terme explique un effet qui est bien familier et bien simple. Si l'on est au spectacle derrière une femme dont le chapeau
soit trop grand et empêche de voir la scène, on se retire à droite ou à gauche, on s'incline j tout cela est une parallaxe, une diversité d'aspect, en vertu de laquelle le chapeau paraît répondre à un autre endroit du théâtre que celui oîi sont les acteurs.
C'est ainsi qu'il y aune éclipse de soleil en Afiique, tandis qu'il n'y en point à Paris, et que nous voyons parfaitement le soleil , parce que nous sommes assez haut pour que la lune ne puisse pas nous le cacher.
Supposons deux observateurs A et B, qui soient diamétralement opposés sur la terre , c'est-à-dire aux antipodes l'un de l'autre , et f[ui aient observé la lune en même temps ; à leur retour s'ils comparent leurs observations, ils irouveiont que la lune paraissait plus élevée de deux degrés pour l'un que pour l'autre, pourvu qu'ils aient tous deux rapporté la lune à la même étoile [)our juger de sa situation. Ainsi, d'après les observations , la largeur entière A D de la terre produit deux degrés de différence ou un angle A L IJ sur la position de la lune , c'est-à-dire c|uc les rayons visuels des deux observateurs sont inclinés l'un à l'autre deux degrés. Si on veut savoir ce qui en résulte pour l'éloignoment de la lune , on n'a qu'à faire
sur u:i carton un angle Je deux degrés , c'est-à-dire tirer deux lignes qui fassent entre elles un angle de deux degrés ; on verra que i'écaitement de ces lignes est paitout la neuvième pailie de leur longueur ou environ, d'où il suit que les deux rayons visuels, qui des deux extrémités de la terre vont faire sur laluneun angle de deux degrés, sont trente fois plus longs que leur écarteiiient qui est le diamètre de la terre ; donc ce diamètre étant de 2,900 lieues , leloignement de la lune est de 84,000 lieues environ.
La parallaxe peut même se reconnaître dans un seul endroit en observant avec soin une planète quand elle se lève et quand elle se couche , et qu'elle est tout près d'une étoile. Pour le bien comprendre, il faut considérer queiapfirallaxequi abaisse toujours la planète produit cependant un lésultat diiïérent à l'ojient et à l'occidentj à l'orient, la parallaxe fait paraître la planète plus orientale que l'étoile , et à l'occident elle la fait paraître plus oceidenlale ; ainsi la planète paraîtra s'écarter de l'étoile en deux sens diflerens ; et si l'on observe avec grand soin cette diflerenee du levant au couchant, dans le cours d'une même nuit, on reconnaîtra la quantité de parallaxe, comme par les observations faites en deux pays éloignés ; et l'on en conclura de même la distance de la planète.
Les passages de Vénus observés en i^Gi et 17G9 nous ont procuré le moyen de déterminer exactement la distance du soleil à la terre au raoven des grands voyages qu'on a entrepi'is pour les observer à la lois dans les pays très éloignés : deux observateurs à deux mille lieues lun de l'autre, regardant Vénus sur le soleil , la voyaient par des rayons dilférens ou des directions différentes, et par conséquent la voyaient répondre à tles points ditléruns du disque solaire. Lun la voyait soi tir de dessus le soleil plus lot que l'autre, et la différence était de plus (l'un (juait diioure, Cette
différence, étant bien observée, a fait connaître de quelle manière se croisent les layons qui, des deux extrémitésde laterre, vont se diriger au soleil , et par conséquent quelle est la distance du soleil ; car l'angle estd'autaut plus ouvert que le sommet en est plus près, comme nous l'avons déjà expliqué ; l'on ne juge de l'éloigneuient d'un objet dans le ciel ainsi que sur la terre que par l'effet ou le changement que produit la distance entre deux observateurs.
ÎS'ous ne pouvons rien dire de la distance des étoiles, elles sont si éloignées qu'il n'v a aucun moyen d'éprouver une parallaxe ; il n'y a rien à notre portée qu'on puisse leur comparer, et ce n'est jamais que par des comparaisons qu'on peut avoir des mesures. Si quelque chose pouvait nous donner un terme de comparaison , ce serait l'orbite que la terre décrit en un an; mais quoiqu'elle ail soixante-huit millions de lieues , cependant, lorsque la terre est à une des extrémités dé cette immense orbite , nous voyous les étoiles de la même manière et dans la même direction que quand nous sommes à l'autre extrémité; s'il y avait une différence d'une seule seconde, qui fait un deux-cent-millième de la dislance , nous nous en apercevrions dans les observations faites à six mois de distance; mais il semble qu'il n'y a pas mémfe cette petite différence; et dans ce cas^les étoilesseront pour le moins quatre cent mille fois plus loin que le soleil , ou à plus de quatorze millions de millions de lieues. Quand on connaît la distance d'une planète , et l'an gie sous lequel elle nous paraît , il est aisô de savoir de quelle grandeur elle est, ou de connaître son vrai diamètre. Par exemple, si la lune nous paraît d'un demi-degré , c'est la cent quatorzième partie du rayon d'un cercle; il faut qu'elle soit cent quatorze fois plus petite que la distance à laquelle nous la voyons, et comme cotte distance est de quatre-vingt-six
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mille lieues , il s'eusult que le diamètre de la lune est dV-nviron huit cent trente lieues. On verra plus exactement le résultat de ces calculs dans la table que nous dounerons.
Comme les distances des plauèies va-
rient par rapport à nous , j'ai marqué seulement la plus petite distance. J'y ai joint la durée des révolutions seulement en jours et les diamètres de chaque planète en lieues de deux mille deux cent quatrevingts toises. {La suite au prochain Ng.)