Scène II
( Un moment de silence. L'horloge sonne huit heures; au dernier coup les lumières s'éteignent; la salle est ébranlée par un \iolent cou[) de vent ; la tempête mugit au dehors , et au milieu d'un bruit extraordinaire paraît riiïeule; son extérieur est celui de ISerlhe; sou costume est le même, à l'exception d'un voile flottant. Elle se lient près du comte endormi dans son fauteuil , et se penche douloureusement vers lui.)
Le Comte (endormi, mais agite). — Loin de moi!.... Retire-toi.... retire-toi. (// se reveille). Ah !.... Berlhe , ma fille , es-tu ici ? Ciel ! le terrible rêve , mon aiue se soulève encore! Berthe, prends ta harpe; j'ai besoin d'entendre de la musique. Le spectre s'est dresse'; il attache sur le comte des yeux ouverts , mais sans mouvement. Le comte est tout effrayé).
Pourquoi fixes-tu sur moi ce regard immobile, épouvantable? ftlon cœur est celui d'un homme , et cependant il frémit, en proie à riiori'eur , à une ciuelle angoisse ; la moelle se fige dans mes os. Détourne ce regard ; détourne ces yeux. La voilà telle que je l'ai vue en songe , et je sens encore bouillonner ma cervelle brûlante. Veux-tu donner la mort à ton père? {Le spectre se détourne et fait quel-> ques pas vers la porte.) Bien.... Maintenant je reviens à moi. Oîi es-tu, mon enfant ?
Le SrrcTRE (.^6' retournant près de la porte, et d'une voix étouffée.) Chez moi. ( // sort. Le comte retombe dans son fauteuil, comme frappé de la foudre , et reste quelcpie temps en silence).
Le Comte. — Qu'ai- je épiouvé... Estce donc un songe? JN'e l'ai-je pas vm; debout devant moi? N'ai-je pas entendu sa
voix éteinte? Est-ce que je ne me sens pas maintenant encoi'e mon sang s'arrêter, glacepar cet horrible aspect.... Quoi! une fille aussi douce... Berthe! Bertlie ! écoute.