II
recherclies, n'est pas encore parvenu à la connaissance des f.iits que nous allons c;ter.
On a beaucoup parle' il y a quelque temps des macliines à v.ipeiir. Voici pourquoi : une prétendue lettre de Marion de Lorme, insérée dans presque tous les journaux de Paris , supposait que la découverte appartenait à un fou nommé Saloinon de Cause (Français), renfermé à Bicêtre à cause de ses importunités envers le cardin.il de Richelieu; et beaucoup de Français ont cru à lu vérité de cette prétendue histoire, d. ns laquelle on paraît croire que le marquis de Worcesîer, que les Anglais reconnaissent comme linventeur des machines à vapeur, se serait emparé des découvertes de ce fou. Il paraît constant que I4 puissance de la ■vapeur était connue des prêtres païens, qui l'employaient à faire mouvoir leurs idoles.
Un journal a dit, il y a quelques années, qaun officypr de Charles-Quint avait fait construire un bateau à vapeur dont on n'avait pu faire usape.
On a soutenu encore que cette découverte datait du temps de Charleniagne.
Le marquis de Worcester publia, en i663, un livre, le Siècle dts inventions , contenant la découverte de la machine à vapeur. Le docteur Papin, membre de la Société Royale, en publia uii autre eîi 1707, à l'effet de retirer l'eau des mines à l'aide des machines à vapeur, mais son entreprise n'obtint pas de succès.
En 1696 le caj)ilaine Savary en avait aussi public un, intitulé : L'ami du Mineur, dans le même but.
Eulia 31. Picliot, dans l'Echo Briiannique, assure que le véritable inventeur des mxichines à vapeur est Sylvestre II.
D'abord, je ferai remarquer que la multiplicité de ces premiers inventeurs démontre le peu d'importance qu'on doit attacher 9. de pareilles assertions.
Mais, en supposant la vérité de tous ces
faits , le mérite de ces inventeurs serait bien illusoire, puisque l'exécution n'a pu s'en suivre.
En dépit de tout ce qu'on a dit, le résultat de toute investigation impartiale est que l'invention de la vapeur et de son i^le emploi appartient à l'Angleterre. -Te ne doute nullement que sa puissance ne fût connue quand les ancêtres des Français et des Anglais couraient encore sauvages dans les bois; mais où sont les documents qui prouvent l'existence des machines à vapeur antérieures à celles de Worcester ?
Pendant bien des années, il régna aussi beaucoup d'incertitudes sur l'origine de la navigation : mais une narration publiée à Edimbourg en i834 par M.Robert Charabers ue laisse plus de doute à cet égard. Cette narration est accompagnée d'un grand nombre de lettres dont vingtdeux ont été imprimées.
Comme ce récit est inconnu en France, nous présumons qu'il sera lu avec quelque intérêt.
«La première application de la vapeur à la navigation est généralement attribuée, dans la Grande-Bretagne, à M. Henry Bell, et dans les Etats-Unis, à M. Fulton. Ces deux hommes furent certainement les premiers qui firent connaître d'une manière générale le moyen de naviguer par la vapeur. M. Fulton construisit en 1807 un vaisseau dans la baie d'Hudson, et M. Henry Bell en construisit un semblable en 1812 sur la Clyde. Mais tous deux conçurent l'idée de leur entreprise après avoir vu un bâtiment à vapeur construit par feu M. Patrick Miller et feu M. James Taylor de Cumnock. C'est à ces deux individus, en effet, et en particulier à ce dernier, qu'appartient le mérite de cette importante invention.
M. MUler, d'abord banquier à Edimbourg et ensuite retiré à Dalswinton près de Dumfries, était un homme d'un esprit peu commun, et qui avait consacré la plus
grande partie de ses travaux aux expériences mécaniques. Vers l'an 1745 il s'engagea dans une entreprise ayant pour but l'a])plication des roues aux vaisseaux.
Dans cette même année, M. Miller demanda pour ses deux fils un précepteur qui, aux connaissances littéraires, joignit celles de la mécanique ; on lui recommanda M. James Taylor comme un homme avec lequel il pourrait discuter sur toute espèce de sujet. M. James Taylor avait fait ses études en médecine ; il avait un goût passionne pour la géologie, la minéralogie, la chimie et la mécanique. Il entra avec empressement dans les vues de M. Miller, et i'aida dans la construction d'un double vr.isseau ayant des roues intermédiaires mises en mouvement par un cabestan tourné par des bommes. On fit marcher ensemble ce bateau et un autre mis en raouvemcut par des rames. Bientôt le bateau à roues laissa derrière lui le bateau à rames; M. Taylor fut convaincu de l'utilité des roues; mais ayant otservé que les ouvriers étaient presque épuisés par le mouvement continu qu'ils avaient dû imprimer aux roues, il pensa qu'il fallait employer un pouvoir bien supérieur à la force humaine. Dans une conférence qu'il eut à ce sujet avec M. Miller , celui-ci fit cette réponse : «Je pense comme vous ; en ce moment je m'occupe de trouver le pouvoir que vous désirez. Mon but est de combiner la force naturelle du vent et de la mécanique; maintenant que vous comprenez bien le sujet, voyons si en joignant nos idées nous pourrons parvenir à notre but. >•
Après celte conversation, M. Taylor examina tous les pouvoirs mécaniques em- ])loyés jusqu'alors; mais il ne trouva pas moyen de les appliquer. Enfin la vapeur se }>réscala à son esprit. D'abord étonné luiiQème de la hardiesse d'une telle pensée, eo y réfléchissant bien mûrement, il eut la conviction que la chose était possible.
En communiquant son idée à M. Miller, il trouTA daa6 celui-ci plu3 d'étonnenteat
I pour la nouveanté de la conception que de confiance dans la possibilité de l'exécution. Cependant, après plusieurs conversations, M. Miller céda à son opinion et le pria de faire le dessin du mécanisme pour appliquer son svstème aux roues du bateau.
M. Taylor ayant fait le pian de sa machine, M. Miller s'engagea à subvenir aux frais, pourvu qu'ils ne s'élevassent pas à une somme trop considérable.
Quand tout fut prêt , M. Tavlor , accompagné du mécanicien Symington, se rendit, en octobre 1788, à Dalswinton, et l'expérience eut lieu en présence de M. Miller et d'un grand nombre de spectateurs. Le bâtiment était double, et la machine, qui avait un cylindre de quatre pouces, était placé sur le pont. L'expérience commença, le bateau fut poussé par un mouvement rapide, et le succès surpassa l'espérance i le bâtiment parcourut un espace de cinq milles en une heure, et toute crainte sur les dangers et la fragilité des machines s'évanouit. Au nombre des spectateurs était M. Monteath de Closburn, dont le suffrage se prononça avec beaucoup d'enthousiasme. L'expérience fut répétée le jour suivant , et toujours avec le même succès. Le Dumfries- Journal en publia tous les détails ; mais comme M. Miller était plus en évidence par l'application primitive de l'invention des roues et par les avances de fonds qu'il fit à lui seul, ils lui attribuèrent naturellement le mérite de l'invention. Or, M. Taylor, qui avait fait exécuter la machine sous ses yeux et avec sa direc tiou, était connu dans tout le pays comme le véritable inventeur.
En 1 790 , une autre expérience fut tentée avec une machine de calibre ordinaire ^ construite par le mécanicien Symington^ ayant un cylindre de dix-huit pouces; mais, la faiblesse des roues n'était pas en harmonie avec la puissance de la machine; elles ne résistèrent que peu de temps. D'autres roues ayant été faites sur un plus fort modèle, une nouvelle expérience eut lieu la même année j le bateau fit sept milles ^
l'heure. Les détails de toutes ces expériences , détails rédigés par lord Cullen , furent publiés dans les journaux d'Edimbourg, en février 1790. Quelques différences d'opinions sur les machines de Symington , quelques reproches faits par M. Miller à M. Taylor sur la quantité de frais, suspendirent pendant deux ans des travaux si bien combinés. En 1790, M. Tavlor chercha à livrer son invention au continent. Des efforts impuissants furent faits par M. Ferguson pour attirer sur elle l'attention de la cour de Vienne.
Après plusieurs années d'indifférence de la part de M. Miller et de découragement de la part de M. Taylor, le courage de Symington se réveilla, et avec les secours de lord Dumbar il construisit un vaisseau sur le canal de Forth et Clyde; mais il en fut empêché par la compagnie propriétaire du canal , par le motif que le bateau eu dégradait les bords. Peu après il proposa au duc de lîridewater d'introduire la navigation a la vapeur dans le canal du noble duc. Taylor et 3Iiller allaient prendre des mesures pour empêcher cel étranger de s'approprier leur invention commune, quand la mort du duc et l'abandon de l'entreprise leur évitèrent cette peine.
Quelque temps après, M. Fulion , des Etals-Unis, accompagné de M. Henry Bell, visita le bâtiment construit par Symington sur le canal Forth et Clyde. J-a conséquence fut que M. Fulton construisit, en 1S07, un bâtiment sur l'Hudson , et que iM. lîell en construisit un semblable sur la r.Ivde, en 1812. Ce furent bien ceriainemeut les deux premiers bâtiments de ce genre livrés au service public dans les deux parties du monde. Ainsi, quand toutes les difficultés primitives sont surmontées, quand la barque est prête, c'est alors que deux individus également étrangers au projet viennent s'en approprier la gloire. Certes, le service qu'ils ont rendu est grand ; ils ont surmonté grand nombre de difficultés ; mais il est incontestable qu'ils doivent à M. Taylor l'idée primitive de l'exécution et de l'invention.
Eu effet, M. Taylor est maintenant tellement connu comme l'auteur véritable par la notoriété publique et parles nombreuses lettres des personnages eiuinenis qui demeuraient sur les lieux, que le gouvernement a accordé uue pension à sa veuve.
iVlCHOLSON-BRO-WN.