‹ La Mère-institutriceChapitre 84 sur 224 · CONSEILS A UNE JEUNE FILLE QUI FAIT DES VERS · texte numérisé non relu

CONSEILS A UNE JEUNE FILLE QUI FAIT DES VERS

Ne faites plus de vers; un génie infernal, Un feu dévorateur, à sou repos fatal.

Le démon de la gloire, enflamme le poète; Et moi nui vous chéris , ah! je vous le répète, PJe faites plus de vers!

Quoi? rompre pour toujours Avec le seul objet qui cLarme eucor mes jours ; Avec la poésie et si sainte et si pure Qui rehausse à mes yeux les dons de la nature , Et tne fait adorer avec plus de ferveur Celui qui , d'un regard, en fut le créateur? Mais vous ne pouvez pas exiger qu'en mon âme J'éteigne ce flambeau de !a céleste flanmie , Ce rajon qui m'éclaire , et qui seul , ici-bas, Au sentier du bonheur peut conduire mes pas.

Quand le timide oiseau , caché sous le feuillage, Fait entendre de loin son gracieux ramage , Vous ne lui dites pas de suspendre ses chants ; Votre oreille a\ec joie écoute ses accents; Aux modulations de son gosier flexible Malgré vous , en secret , votre cœui' est sensible. Laissez-moi, couinic lui, chanter le long du jour Le Dieu de l'univers , dans un lijmue d'amour. Laiisez-moi , laiss'jz-moi déployer ma pensée Par de vains préjugés trop longtemps oppressée. « Comprimez votre élan! femmes, n'écrivez pas! « Cette ardeur est souvent compagne du trépas ! •> Voilà ce qu'où nous dit. Eh bien! moi je l'affronle , Le trépas mille fois préférable à la honte De vivre comme vit l'arbie de la forêt, Oui , de la loi < ommune accomplissant l'arrêt , Germe, croit, toiii!)e, meurt, achève sa carrière Sans s'être demandé d'où venait la lumière, Ou quelle main versait en bienfaisants ruisseaux L'onde qui , de ses pieds, remontait aux rameaux ; Soit que, vaporisée, au sein de l'atmosphère Le soleil l'enlevât, soit qu'aux sucs de la terre, i'our composer la sève , elle allât se mêler,

Et que de branche en branche on la vît circuler.

Des merveilles d'en-haut dont l'aspect nous enchante,

Rien ne peut émouvoir ni réjouir la plante:

Toute chose est muette et sourde devant Dieu ;

Mais l'àrae le connaît et le. voit en tout lieu ;

Et l'àme d'une femme , encore plus qu'une autre,

De son culte a besoin de se faire l'apôtre.

Pour combler ses désirs il lui faut un bonheur

Qui parte du ciel même et remplisse sou cœur.

Et qui peut nous donner , au milieu de ce monde ,

( De vice et de remords source toujours féconde )

La joie intérieure et le calme parfait ,

Sinon le souvenir <[ui reste d'un bienfait :

La paix avec son Dieu , la paix avec soi-même ,

Les consolations qu'on reçoit ou qu'on sème ,

La charité , l'amour , douce réunion

Que désigne pour nous le mot religion ?

Et puis, il faut le dire, et puis la poésie;

La poésie , enfant premier-né du génie ,

Qui prit le peuple grec au sortir du berceau

Et doit du genre humain célébrer le tombeau?

La poésie! ô ciel! on voudrait que la femme! Ne s'échauffât jamais à sa riante flamme! Et qui donc, pour nous peindre un enfant nouveauné, De Clotii.de eût saisi l'accent passionné ? Qui donc aurait décrit avec plus d'énergie De l'amour eiliai. ' la puissante magie ? Quelle autre qu'une mère , autour de ses enfants Eût delà pauvre femme exprimé les tourments?

Ah ! (|ue l'homme, paré du tilrc de poète , Des vain<pieur,-. et des rois se fasse l'inleriirète ; Qu'il décrive, s'il veut , la pompe des combats ! Notre vul aussi haut ne s'élèvera pas:

Nous ne disputons point la palme de victoire , La statue érigée au temple de Mémoire ;

( 0 Les Filiales de Mademoiselle Soumet.

L'encens et les parfums qu'on profane souvent, Et les discours flatteurs , nous les jetons au vent.

Pour viser aux grandeurs notre âmen'est point faite; Ce qu'il nous faut à nous , c'est une humble retraite :

La candeur, qui doit seule embellir notre front, Sous le moindre laurier se fane et se corrompt. Vous en qui le génie et fermente et pétille, Femmes , ne sortez pas du cercle de famille ; C'est là que doit pour vous s'arrêter l'horizon ; Aux dépens du repos on achète un grand nom. Assez d'autres déjà , victimes de la gloire. Ont recherché l'honneur de vivre dans l'histoire 5 Ne leur enviez point une place au soleil : Plus l'ombre s'épaissit , plus calme est le sommeil. Foulez aux pieds l'orgueil ; restez , restez obscures, 'El vos heures sans bruit couleront toujours pures.

Mais je ne vous dis pas , Dieu m'en garde jamais , De renoncer au\ arts , d'oublier leurs attraits. Cultivez au contraire, ah! cultivez sans cesse Les beaiix-arls qui de fleurs entourent la jeunesse, Et qui , lorsque le creur s'y livre tout entier, Ouvrent à la pensée un plus vaste sentier. Chérissez, adorez surtout la poésie; Seule elle donne à tout et la grâce et la vie ;

Seule , elle a des trésors qui , pour être ignorés , N'en seront à vos yeux encor que plus sacrés.

Oui , la lyre à la main , pour charmer la veillée ,

"Venez , à vos enfants , chanter sous la feuillée

Les bienfaits du Très-Haut , les astres, l'univers ,

L'Homme-Dieu qui languit sous le poids de ses fers.

Imprimez de bonne heure à leur âme candide

Le respect et l'amour pour ce Dieu qui nous guide ;

Sachez , de la vertu leur montrant les douceurs,

Ennoblir leur esprit et captiver leurs cœurs.

Et quand vous aurez pu donner à la patrie

Ces héros qu'on révère avec idolâtrie.

Ces valeureux guerriers, dont la célébrité

N'égaie pas encor la générosité ;

Quand vous aurez formé ces immortels poètes ,

Des volontés du ciel religieux prophètes;

Alors, nul n'osera diriger contre vous

Le veniu malfaisant de son regard jaloux ,

Nul ne vous blâmera d'avoir, dans le silence.

Travaillé sans relâche au bonheur de la France j

Et, du sein de la paix et de l'obscuiilé ,

Tous jouirez d'avoir à la postérité

Révélé ce grand mot qu'ignore le vulgaire :

« L'avenir des enfanîs est l'œuvre de la mère, n

M"« F. Pavt.

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