‹ La mère rivale: comédie en trois actes et en versChapitre 33 sur 44 · BELCOUR, GERMON · texte numérisé non relu

BELCOUR, GERMON

GERMON

Oui, j apprends à Tinstant cette affreuse nouvelle,

Et j'en ressens, Belcour, une peine mortelle.

Par Lisette, elle vient de me faire savoir

Qu'il faut nous oublier et ne plus nous revoir.

Mon amour pour la fille ^ est connu de la mère :

Jlgnore depuis quand , et de quelle manière;

Mais notre intelligence , et mes desseins secrets,

Elle sait tout.

BELCOUR , gras^ment.

Gela rentre dans mes projets.

GERMON, surpris,

Belcour, laisse donc là ton sang-froid, je te prie.

Songe que la comtesse , apprenant que Sophie

Ose inspirer lamour, ose le ressentir.

Pour sa terre aujourdliui veut la faire partir. '

Ma Sophie , en ces lieux , ne doit plus reparaître.

Dès ce soir, mon ami , dans une heure peut-être.

Nous serons séparés, sans doute pour jamais.

Tout est perdu !

BELCOUR

Cela rentre dans mes projets..

GERMON

Parlons raison , Belcour. Tiens, tu me désespères. Tu comptes, pour changer la face des af£ûres.

User de ton crédit sur madame Dorval ?

Eh bien! cest une erreur : vous' êtes au plus mal. Soit quelle ait découvert tes desseins, ou peut-être Par un autre motif, que je ne puis connaître. Elle a juré, dit-on, de ne te voir jamais.

BELCOUR

Bien! fort bien! tout cela rentre dans mes projets.

GERMON , avec cotere.

Ah ! cesse d'insulter à ma douleur extrême.

Est-il dans tes projets de m oter ce que j'aime? De nie désespérer ? Si tel est ton désir.

Je conçois qu'en effet tu doives t'applaudir. Oui, perfide î je vois quel est ton but coupable. Tu jouis en secret du malheur qui m'accable, Et ta feinte amitié n'a paru me servir, Qu afip de mieux me perdre et de mieux me trahir. Lorsqu'à ta loyauté mon amour se confie , Quand je me livre à toi , tu m*enlèves Sophie!

BELCOUR , avec dignité. Tu peux douter de moi? j'excuse ton erreur*.

Et ne veux me venger qu'en faisant ton bonheiur.

GERMON, confus.

Ah ! pardon , mon ami ! le désespoir m'égare ; Ne crois pas que j'adopte un soupçon si bizarre. Mais aussi, quand tu vois que je suis attristé. Pourquoi cette froideur , cette légèreté ?

BELCOUR

Faut-il que le chagrin m'assiège, me dévore?

S'effrayer d'un péril , c'est l'augmenter encore. Moi, j'oppose un front calme à tout événement,

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