‹ La merveilleuse doxologie du lapidaireChapitre 3 sur 8 · L OPALE · texte numérisé non relu

L OPALE

Lorsque nous quittons la voie du désordre et de la misère pour pénétrer dans le monde de l'harmonie et du repos, la première manifestation de notre métamorphose est de pleurer.

Parfois aux déserts du Septentrion la terre secouée de mystérieux frémissements s'entr'ouvre et laisse échapper une gerbe d'eau bouillante qui soudainement jaillit vers le ciel, entraînant dans la violence deses vapeurs des fragments de rochers arrachés aux entrailles maternelles. Mais, parmi les pierres amorphes et viles que le geyser a vomies, l'œil avide de l'homme sait distinguer les discrètes splendeurs de l'Opale.

Ainsi lorsqu'une crise douloureuse ébranle l'âme jusque dans ses intimes profondeurs, parfois nous sentons sourdre, dans l'écume des sanglots haineux, des malédictions et des blasphèmes, une douce larme irisée dont la saveur mue en un miel de consolation l'amertume du désespoir. Car en cette larme vient de se révéler, encore que confusément, le caractère non définitif de la souffrance.

L'ancestrale naïveté croyait voir l'Opale distiller des pleurs perpétuels ; et il apparaît ici tout d'abord que fable n"est pas 'mensonge, mais expression parabolique et détournée de Vérité. Si donc la belle pleureuse n'est en réalité qu'un simple éclat de silice traversé en tous sens par des fissures délicates en lesquelles de minces lames d'air et d'humidité produisent par leurs déplacements les changeantes colorations qui se jouent à la surface de la gemme, il subsiste que le phénomène de Tirisation, en l'espèce seul digne d'intérêt, est causé par la présence de l'eau — des larmes.

C'est sur un fond bleu de lait d'une infinie pâleur, incessamment modifié par la subtile influence de la lumière, l'éclat royal du Rubis, de TEmeraude, de la Topaze et du Saphir, mais un éclat ineflfablementatténué, fugitif et comme noyé dans une lymphe trèslimpide, saisissable à peine. Il semble que l'impondérable arc-en-ciel se soit matérialisé en la pierre-qui-pleure. Et voici qu'un merveilleux enseignement surgit en l'intelligence.

Car lorsqu'aprèsla colère de l'orage larc-en-ciel s'éploie dans l'infini du ciel pacifié, à travers les nuages en déroute et les couches humides de l'éther, comme s'il voulait étreindre le globe de tourments en la joie de sa ceinture adorable, de nouveau la voix du Seigneur qui aimait l'oreille des patriarches s'inscrit pour nous dans l'azur :

<(.Ccci est le signe du pacte que f ai établi entre Moi et tonte chair qui est sur la terre ». C'est-à-dire que de même qu'en la gemme Opale et dans le firmament, l'arc-en-ciel, ou irisation, est produit par la rencontre des rayons du soleil avec une nappe d'eau, ainsi l'âme humaine devient par les larmes apte à concevoir le rayonnement de la Miséricorde.

r^L'Opale correspond donc, dans le monde terstre, à l'arc-en-ciel dans le monde céleste, lequel signifie dans l'ordre humain la Prière qui est le mystique reflet de l'immarcescible Joie, primordiale et dernière, sur les Larmes. Car de même encore que sous l'action de la lumière la pierre se pare des feux de toutes les autres gemmes, sans toutefois les égaler, ainsi, sous les regards de Dieu, la Prière s'illumine de la splendeur encore que voilée de toutes les vertus qu'elle contient en puissance.

Toute larme qui ne procède que du regret est une bulle de savon qui ne sait où elle va et n'a qu'un instant pour briller, La Larme efficace est une aspiration — déjà une Prière.

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