‹ La merveilleuse doxologie du lapidaireChapitre 6 sur 8 · LE JASPE SANGUIN · texte numérisé non relu

LE JASPE SANGUIN

Ce n'est pas à proprement parler une gemme, mais plutôt une pierre opaque et vulgaire, une matière l'épandue dans la nature abondamment. Par ce premier caractère, le Jaspe se déclare apte à exprimer l'idée de multiplication. Précisons : La pierre est d'un vert lucide strié de vermisseaux sanguinolents, et le sens exact qu'elle présente serait : Espérance de postérité née du sang.

Il est écrit en notre méditation de la Topaze : Le mélange de la Charité avec les concupiscences de la chair provoque cette redoutable passion qui bouleverse le cœur et lui cause de cuisantes brûlures, sans toutefois le consumer jamais. C'est cet étrange et puissant attrait des sexes qui est figuré par le Jaspe, pour ce que son but et sa raison d'être est génération et multiplication, ainsi qu'il est ordonné en l'Ecriture : « Croisse^ et miil-

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tiplie:^ ». Donc, bien qu'altéré et corrompu, comme on Ta remarqué, cet amour ne laisse pas d'être une émanation de l'Esprit-Saint, ou autrement une des formes de la Charité, tellement que des anges de Dieu y furent trompés, dit-on, autrefois et qu'ils s'unirent aux filles des hommes.

Le nom de la femme est un archet; le cœur de l'homme est une lyre. Les nerfs de l'homme sont une harpe éolienne ; la voix de la femme est une brise chaude qui a traversé les bois d'orangers, les champs de roses et les buissons de lilas en fleurs.

« // ncst pas bon que Vhommc soit seul m et que le désir s'exaspère et fermente dans le vide. Les larves vésicantes et les lémures vampires qui se repaissent de la substance humaine s'empressent à la curée de ces tristes amours. C'est pourquoi il fut jadis allégué que le jaspe, symbole de l'union conjugale, met en fuite les esprits malfaisants et les fantômes nocturnes, c'est-à-dire que l'homme qui a pris une épouse et la femme qui est en puissance de mari se trouvent par le seul fait de leur mutuelle présence, protégés contre les hideuses insinuations des démons incubes et succubes.

A tous les degrés, jusqu'aux plus infimes de l'échelle des êtres, les créatures sont, en vue de la

conservation des espèces, soumises à de périodiques eflfervescences amoureuses produites par un excès de vitalité qui tend à se répandre au dehors. Mais c'est le seul instinct qui détermine et règle les manifestations de la vie organique. Si Dieu n'avait pas enfermé dans de justes bornes l'activité génitrice des animaux, la terre bientôt n'aurait plus suffi à nourrir l'effrayante multitude de ses habitants, croyez-vous? Non pas, mais la lutte pour la possession des femelles aurait en peu d'années transformé le monde en un désert. Ne voyons-nous pas, en effet, à la saison d'amour, les hôtes paisibles des forêts et des plaines mués en bétes furieuses, se livrer entre eux de sanglantes batailles, à cause du rut qui les affole et qu'ils n'Ont pas de cesse que les rivaux ne soient allés chercher bien loin de leurs gaignages un refuge à leur jalouse haine, à moins que trop faibles ils n'aient été frappés de déchéance et parfois de mort. Mais la Prudence divine a voulu qu'une fois passé le temps réservé aux accouplements, et apaisées les passions nécessaires, ils retournassent aussitôt à leur foncière douceur et à leurs goûts de sociabilité ou d'isolement, indifférents à leur sexe comme les faons qui bientôt naîtront d'eux.

Il n'en va pas ainsi de l'homme, parce qu'étant libre il a le choix de son heure.

Les animaux n'ont que des besoins auxquels ils obéissent dans la mesure prescrite. L'homme a la concupiscence : L'infatigable aiguillon des dé-

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sirs imaginatifs jette la chair en proie à des besoins factices et violents qu'elle s'épuise à satisfaire, en dépit des maux qui en résultent. Or le désir relève de l'intelligence, et pourquoi criezvous anathème à la chair ? Elle n'est qu'un instrument et incapable par elle-même de péché. L'esprit seul qui se connaît aura à répondre de la luxure et de la débauche.

Si nous explorions avec impartialité les profondeurs de l'amour, nous n'y trouverions que la conscience orgueilleuse delà forceet de la beauté avides de se produire et de s'extérioriser. La beauté de la femme soumet et entraine à sa suite la force de l'homme ; mais elle se ment à elle même dans sa vanité ne comprenant point que la soumission conditionnelle de l'homme n'est que le gage de l'essentielle servitude de la femme. D'autre part la force de l'homme s'abuse si elle ne voit pas que sa victoire n'est que le couronnement de son humiliation.

Ce n'est point assez de l'orgueil. La colère assassine et l'avarice qui possède sont avec lui les satellites maudits du sexe. Les païens adoraient Priape et confiaient leurs champs à la garde des Termes, dieux phallomorphes : c'est une indication qui a son prix et qui pourrait bien jeter quelque lumière sur l'origine de la propriété.

Mais le lieu n'est pas d'en discuter, et il est temps d'ajouter un nouveau terme au parallélisme analogique du Jaspe et du mariage.

Les différentes formes que. présente l'association passionnelle de l'homme et de la femme, ou mariage, peuvent être ramenés à deux types principaux : C'est oul'embrassement profond etspasmodique de deux âmes en une seule chair, ou, à un degré d'intellectualité plus haute et comportant une volupté plus douce et plus prolongée, la fusion intime de deux chairs en une seule âme. Toutefois dans l'un et l'autre cas un prodigieux effort vers l'Unité se trouve démenti par sa conséquence naturelle qui est, par la procréation des enfants, un retour à la variété et à la division.

Or, parmi les propriétés thérapeutiques du Jaspe, nous trouvons cette singulière vertu de faciliter la délivrance des femmes en couches par sa seule juxtaposition sur leur ventre. En outre le Jaspe n'acquiert toute sa puissance que lorsqu'il est enchâssé dans l'argent.

Pénétrons l'arcane, et considérons que pour tel qui fonde une famille la lutte du bien-être s'érige à la hauteur d'une obligation morale exclusive et que renonçant à la pauvreté contemplative et aux spéculationsdésintéressées, il se condamne à la recherche médiocre et laborieuse de l'aisance et du confortable. Car la maternité est douloureusement compromise si l'homme se dérobe au

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devoir qui lui incombe de veiller à la sécurité de l'épouse affaiblie par la gestation et Tallaitement, et le mariage remplit plus parfaitement sa mission qui est de développer en ses fruits les germes latents des vertus physiques et spirituelles jusqu'à Tétat de maturité, lorsqu'il se consomme et s'exerce dans les conditions favorables d'une vie matérielle paisible et assurée.

Telle est la naïve légende de saint François, une nuit dhiver que sa chair était en révolte ; qui sortit nu de sa cellule sur la colline mordue par les bises; et là ramassant à pleines mains la neige qui tombait à gros flocons il en fit plusieurs statues, une grande et d'autres plus petites, puis s'interpelant : « Voici ta femme, dit-il, et voici tes enfants. Ils n'ont point mangé, ils ont froid et ils ont faim. Que tardes-tu? Ne sont-ils pas en droit d'attendre de toi les vêtements et la nourriture ? » Alors reconnaissant humblement combien il était impropre aux dur^ labeurs de la paternité : « Quel est ce fou qui désire une femme et n'est pas capable de la vêtir et de lui procurer les aliments du corps? Et que serait-ce quand naîtraient les enfants qu'elle ne manquerait pas de lui donner? >/ Sur quoi il s'en alla tout apaisé terminer son austère sommeil.

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