‹ La mésentente, roman de moeurs conjugalesChapitre 11 sur 22 · J3URNAL HE CHRISTI ANE : UNE AMBASSADE · texte numérisé non relu

J3URNAL HE CHRISTI ANE : UNE AMBASSADE

« reux, désintéressé, chevaleresque, cela dans un « tel flot de paroles amusantes et pittoresques que « nous riions ensemble, Julien et moi, de bon cœur. « Pour la taquiner, nous mettions en doute telle ou « telle qualité supposée de ce parangon de vertus, « et ce scepticisme sacrilège nous valait un recom- « mencement d'apologie. La totale confiance de ma « petite sœur dans l'avenir a quelque chose d'ef- « frayant. Ce qui ne l'est pas moins, c'est cet « attrait soudain et presque incompréhensible « pour un garçon qu'elle connaît à peine, avec qui « elle n'a pas parlé plus d'une demi-douzaine de fois. « Après deux bonnes heures de cet allègre bavar- « dage, la cloche du dîner sonna. On se mit à table. « Je me croyais guérie. Il y avait en face de moi, « comme chaque soir, un bouquet de fleurs. Leur « parfum me rappela celui de François. Aussitôt, « comme un bûcheron après sa sieste se remet « furieusement à l'ouvrage, le désir à coups préci- « pités se remit à frapper sur mon cœur. De nou- « veau je ne m'appartenais plus. De nouveau ma « vie et mon souffle s'envolaient vers celui que « j'avais laissé là-bas dans son atelier, la tête p^n- « chée, douloureuse, en proie à une si visible « amertume. Le poison de la mémoire amoureuse

« m'apportait cette fois des images précises, des

« inflexions de voix, une nostalgie renseignée et

« savante. Je dus changer de visage : « Qu'as-tu? y>

« me demanda Jeanne. J'alléguai une névralgie

« subite. Julien alla me chercher des cachets de py-

« ramidon. Jelespris sans nécessité, machinalement,

« pour obéir. J'étais absente.

« Aussitôt après le dîner, je montai dans ma « chambre. Cette défaite, d'une folle imprudence, a pouvait éveiller tous les soupçons. Je commençai « à me déshabiller, poursuivie par mille détails « dont chacun me perçait comme une flèche, retrou- « vant sur mes mains, sur mes poignets les lèvres « chaudes de mon François... Car après tant de' « dureté comment me pardonnerait-il? Cet asser- « vissement total, que j'avais cru surmonter pence dant une minute, à nouveau s'emparait de moi « et me pliait. Mon songe d'aftiour prit quelque « chose d'hallucinant. Dans la faible lueur de mon « cabinet de toilette — je n'avais allumé qu'une « petite lampe — il m'apparut que la porte s'entre- « bâillait, que quelqu'un de presque invisible, — « lui sans doute — s'approchait à pas de loup, se « penchait, m'embrassait dans le cou, sur les « lèvres. 0 prodige!... Je sursautai. C'était mon

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