V SIÈCLE. — SALONIQUE
croix et dont les quatre branches sont groupées autour 1 .
M. de Vogué nous signale aussi dans une des cours adjacentes, un bloc de rocher taillé, avec une plate-forme et un petit escalier, qui servit de chaire pour haranguer les foules.
Nous arrivons enfin devant des monuments existant qui nous fourniront de meilleurs témoignages pour notre histoire que les textes que nous avons présentés jusqu’ici. Grâce à l’amitié toujours si libérale de M. Paul Durand et aux dessins qu’il nous a communiqués, nous pouvons offrir les gravures de deux ambons antiques de Salonique. Le premier se trouve dans l’église Saint-Pandéleimon ; les Turcs en réduisant cette église en mosquée, le rejetèrent dans la cour, où on le voit encore. (PI. CLXX.)
Ce monument se compose d’une étroite plate-forme à laquelle le lecteur parvenait par un escalier tournant. Le front nous montre sous une arcade la Sainte- Vierge assise sur une cathedra avec l’Enfant dans les bras. Elle pose la main droite sur son épaule et la main gauche sur le genou gauche. Jésus est vêtu d’une petite tunique et d’un manteau qui laisse le bras droit libre, peut-être bénissait-il ?La tète est entourée d’un nimbe crucifère, dont on distingue encore assez bien une des branches. Au-dessus de sa tête est une conque, une archivolte avec des oves, des ailes d’aigle dans les tympans, une frise de pampres, un gros tore feuillagé et une haute doucine garnie d’acanthes. Trois arcades sur le retour abritent les trois Mages qui s’avancent vers le groupe divin. Ils ont le bonnet phrygien, la tunique avec la ceinture, le manteau flottant, qu’ils ramènent de la main sur la poitrine; les arcades dessinent des niches fort aplaties, décorées de rideaux relevés et de coquilles au-dessus de l’imposte. Comme on le verra sur notre gravure où nous avons signalé la mutilation du marbre par une ligne AB, nous n’avons plus qu’une médiocre portion du couronnement. Il nous reste toutefois quelques perles de l’encadrement qui rendent certaine la restauration que nous avons essayée du triangle orné de pampres et d’un calice. Au-dessus des deux dernières arcades nous avons répété le tore et la frise qui sub¬
i. De Vogué, Syrie centrale, pl. CXXXIX-CL, p. 14 1.
sistent sur la face principale, au-dessus de la Sainte- Vierge.
M. Texier avait mentionné dans la cour de l’église Saint-Georges un ambon, presqu’identique à celui que nous venons de décrire, et dont il donne un croquis', on y voit les trois Mages et un berger. M. Bayet, dans son savant mémoire sur ce monument, a eu l’idée de le rapprocher du précédent et, les considérant l’un et l’autre comme les deux fragments d’un même ensemble d’en former un ambon unique. La solution du problème ne nous paraît pas exempte de difficultés. En réunissant les deux marbres, ce que j’ai essayé sur un tracé, nous ne pouvons leur laisser un espacement de plus de om 60, et lorsque l’orateur aurait eu franchi cet étroit défilé, il n’aurait plus trouvé qu’un espace de o™20 entre les départs des deux perrons. J’ajoute que les premières arcades en retour sont sur un plan droit, ce qui est contraire à l’hypothèse de l’hémicycle et de la jonction.
La rareté de bas-reliefs en Orient est telle, que nous avons bien peu de points de repère, pour établir l’âge de cet ambon ; cependant d’après son style, je ne crois pas qu’on puisse le classer au delà du ve siècle. M. Bayet constate que cet ambon nous montre un art plus dégénéré que celui de l’arc de Constantin encore debout dans la même ville, et laisse supposer une époque postérieure. Les mutilations violentes dont ce monument fut probablement victime sous Léon l’Isaurien (717 f 741) écartent aussi une attribution plus moderne. Placés entre ces limites, si nous rapprochons notre marbre des monuments de Ravenne, nous trouverons des analogies qui nous semblent décisives. Nous en rappellerons quelques-unes. Dans le chœur de Saint-Apollinaire-in-Classe, on voit des mosaïques qui figurent des saints dans des niches, coquilles au-dessus de l’imposte et rideaux glissant sur des tringles, relevés à droite et à gauche, au baptistère des frises de pampres, et des chapiteaux tout à fait semblables. Un fragment de ciborium dans l’archivolte est orné d’oves et de feuilles comme celles-ci. La manière des feuilles extrêmement aiguës, les coups multipliés de trépan permettent encore des rapprochements et offrent des indices certains de l’époque des Goths. Le gros tore se retrouve dans quelques églises de Constantinople du vi° siècle.
Ces observations nous conduiraient au vie siècle, une dernière nous porterait peut-être au delà. La