‹ La messe (volume 2)Chapitre 129 sur 245 · I. Hist. de Saint- Denys · texte numérisé non relu

I. Hist. de Saint- Denys

croix latérales. Cet ornement que nous voyons en orient, en Grèce, jusque dans l’Asie-Mineure, se répand tout le long des côtes occidentales de l’Adriatique et à Rome où Saint-Clément nous en offre l’exemple le plus remarquable.

Bientôt cette décoration parait trop simple poulies ressources des églises et le zèle des fidèles. Dans la seconde moitié du vu" siècle les chancels se couvrent de riches sculptures ; nous y voyons des lions, des paons, des cerfs buvant en commun au calice de vie qui jette autour d’eux avec une sève luxuriante des rinceaux et des fleurs. Venise et Torcello nous ont donné des exemples de ce genre.

Ces derniers chancels portent quelquefois un ornement qui apparaît à la fin du vne siècle et qui doit caractériser en Italie toutes les œuvres carlovingiennes, je veux dire les bandes d’entrelacs. Dans plusieurs chancels de Venise ce ne sont encore que des cadres, mais le goût s’en développe et devient de plus en plus en vogue. Ces entrelacs se répandent partout ; les divisions des panneaux, les rosaces, les tympans n’offrent plus jamais autre chose ; leurs rubans noués, dénoués dans les détours infinis d’une sorte de labyrinthe déroutent l’œil qui ne peut suivre ces fils d’Ariane. Les sculpteurs semblent se croire d’autant plus de talent que leurs dessins sont plus inextricables; en dehors de ces jeux bizarres, ne leur demandons pas une œuvre sérieuse d’art; lorsqu'un oiseau s’est échappé des mailles de ce filet, lorsqu’ils jettent une feuille, une rose au milieu de leur composition, leur génie échoue comme sur une tâche audessus de leurs forces ; ils ne connaissent aucune correction, aucun modelé, mais des formes barbares, une silhouette découpée et gravée de traits sans relief.

Sous cet ornement des entrelacs apparaît un type de chancels très-caractéristique aussi de l’époque carlovingienne et que j’appellerai si l’on veut, les arcades crucifères. Ce sont des panneaux où se voient sculptées l’une auprès de l’autre des arcades qui abritent une croix, des rosaces au-dessus des bras, des palmes au-dessous. Nous avons cité un assez grand nombre de monuments de ce genre à Rome, à Venise et jusque dans le nord de l’Italie.

Les fondeurs travaillent mieux que les marbriers, et les clôtures d’Aix-la-Chapelle nous ont révélé chez les premiers plus de sentiment des traditions antiques.

En orient on a montré que la richesse des mar-

RÉSUMÉ

bres, la splendeur de leurs veines de feu exemptaient les sculpteurs des compositions plus ou moins malheureuses auxquelles ils se livraient dans les pays latins ; les manuscrits et Venise nous ont offert à cette occasion de beaux et curieux témoignages.

L’art ne tarde pas à subir une nouvelle révolution, nous l’avons montré foulant aux pieds les modes carlovingiennes pour se couvrir d’une nouvelle parure. Personne n’a mieux rendu que Dante dans ces deux tercets la mobilité de popularité qui l’élève et l’abaisse successivement :

Credette Cimabue nella pintura Tener lo campo ; ed ora à Giotto il grido Si, che la fama di colui oscura.

Cosi à tolto l’uno all’altro Guido La gloria délia lingua ; e forse è nato Chi l’uno e l’altro caccerà di nido. ( Purg xi, 95.)

Au milieu des caprices de l’humanité qui s’attaquent même au sanctuaire et aux meubles liturgiques, on est frappé de l’immobilité de l’Église qui demeure inviolable au milieu des ruines qui se font et se relèvent à ses pieds. Cependant quelle ardeur de destruction à chaque révolution, quel mépris pour les oeuvres des devanciers ! on ne se contente pas de changer de style pour des constructions nouvelles, on brise les marbres anciens et sans se donner la peine d’effacer les sculptures qui les couvrent, on les jette violemment dans les édifices neufs. On ferait un livre avec l’histoire des palimpsestes de marbre et on y trouverait des renseignements curieux pour les chan-

cels. Nous avons relevé à Rimini un chancel du vi' siècle taillé dans le marbre d’une inscription antique dont les caractères apparaissent encore ; à Ravenne, dans l’église de Classe, nous avons découvert derrière des sculptures datées du ixe siècle les ornements d’un chancel du vi'; enfin, comme témoignage de la troisième révolution et des représailles des siècles les uns sur les autres, j’ai trouvé à l’Ara-Cœli, dans un ambon du xn' siècle, des entrelacs comme ceux des chancels du ixe. Cette dernière révolution s’accomplit par les mains des Cosmati et porte comme caractéristique principale les rubans de mosaïque attachés sur le champ des panneaux ou les spirales de colonnettes ; l’enthousiasme qu’avaient excité jadis les torsades carlovingiennes s’appliqua de même à ces ornements polychromes qui frappaient les yeux de leurs paillettes brillantes et les églises italiennes, au xiii* siècle, renouvelèrent tous leurs chancels.

En Allemagne et en France, lorsque le chœur n’était pas fermé par de simples grilles, les architectes du xiii* siècle les entourèrent de hautes clôtures.

Les monuments que nous avons rapportés, quoique loin d’offrir une collection complète, ont suffi, j’espère, à montrer les différentes phases qu’ont suivies leurs transformations et qu’on peut résumer par quatre caractéristiques principales :

Les imbrications pour les chancels antiques.

Les monogrammes et croix pour l’époque de Justinien.

Les entrelacs pour celle carlovingienne. — Enfin les mosaïques pour le xiii* siècle.

ICONOSTASES

ORIGINES

La clôture fermant tout à fait le chœur, non par un simple chancel à hauteur d’appui mais par une cloison ou un portique s’appelle inconostase, des mots grecs «xcov à cause des images que les Grecs ont coutume d’y peindre et o-rdccrt; lieu d’assemblée. Je sais que le mot s’applique peu aux édifices d’occident; nous avons cru devoir cependant l’adopter parce qu’il rend exactement le sens de ces monuments presque partout et toujours décorés d’images.

Un fragment de marbre conservé au musée de Latran et qui provient des catacombes, nous prouve que les iconostases étaient connus de l’antiquité chré¬

tienne. L’indication ne saurait être plus précise; on y trouve deux colonnes ioniques et trois entre-colonnements: celui du centre plus large et les deux autres formés de rideaux et de chancels; des marches précèdent l’entrée; une orante sur le devant étend les bras et semble symboliser l’assemblée des fidèles1.

Dans la chapelle Saint-Sixte (cimetière de Calixte), il existe au milieu du sanctuaire deux colonnes cannelées en spirale, qui supportent deux consoles et une architrave; cette architrave isolée ressemble aux trabes que nous verrons dans la suite placées à travers des églises et accuse peut-être déjà en germe l’usage liturgique qui se développera plus tard.

A Orléansville, une des absides de la basilique de Saint-Reparatus conserve les piédestaux de colonnes à l’entrée du sanctuaire qui prouvent la présence d’un ancien iconostase et, cela avec d’autant plus d’évidence, qu’elles portent encore latéralement une échancrure de chancel2.

Nous avons relevé à Naples, dans la catacombe de saint Janvier, une basilique primitive, dite des martyrs,

1 . De Rossi, Il museo epigrafico cristiano Pio Lateranense, pl. XIV.

Id., Roma sol!., II, 235.

Garrucci, Stor. dell'arte, VI, 143, pl. CCCCLXXXV, n° 8.

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