Selte chiese
ICONOSTASES
fois, outre ces chancels, un iconostase; c’est là que s’élevaient les quatre fameuses colonnes de bronze qui furent, dit-on, données à l’église par sainte Hélène et remplies par cette impératrice de terre du Calvaire. D’après le texte si explicite de Panvinio (1555), nous ne pouvons douter qu’elles ne fissent partie de l’iconostase. De son temps, ces bronzes s’élevaient de chaque côté du maître-autel, c’est-àdire au commencement de la nef. Ce fut sans doute Alexandre V I qui les y transporta, lorsqu’il remania la tribune et qu’il fit le grand arc, mais on savait au xvie siècle qu’elles avaient figuré devant la tribune. Voici le passage copié sur le manuscrit de Panvinio : « Hæ columnæ antiquitus non erant ubi nunc sunt « sed paulo ante absidam et ad altare smæ Eucharis- « tiæ. >/ A cette époque le Saint-Sacrement se conservait dans une chapelle du transept au pied du campanile, ce qui est parfaitement conforme aux mots : paulo ante absidam ; ces colonnes s’élevaient un peu en avant de la tribune sur l’alignement de cette chapelle. On remarquera que les colonnes vitinées de Saint-Pierre avaient une position semblable. Le texte de Panvinio dans ses Selle chiese, traduites par Lanfranchi (1570) quelques années après la mort de l’auteur, répète cette description.
Lorsque Panvinio décrivait ces colonnes dans leur nouvelle situation, une seule conservait son chapiteau; plus tard, comme le prouve une ancienne gravure que j’ai copiée dans la sacristie de la basilique, elles en étaient toutes dégarnies. Mais autrefois, toujours selon le même auteur très-fidèle dans ses descriptions, elles supportaient non-seulement des chapiteaux corinthiens, mais au-dessus encore des statues de saints en or et en argent d’un admirable travail : « Capitulis æneis imagines erant aliquot sanctorum « aureæ et argenteæ miri operis. » Prendre des colonnes païennes, les transporter dans une église et là les christianiser avec de nouveaux attributs est une chose tellement familière au iv« siècle, qu’on ne doit pas être étonné de la voir signaler ici. Il est plus difficile de décider quelles étaient ces statues; si les colonnes de Saint-Pierre représentaient les apôtres, ici le nombre quatre fait penser à celui des évangélistes, pourquoi ne supposerait-on pas des figures de saint Jean, saint Marc, saint Luc et saint Matthieu, dominant de là majestueusement la basilique? Les évangélistes étaient représentés avec leurs rouleaux sacrés dès les premiers siècles, nous en trouvons de nombreux exemples sur les sarcophages, et un
exemple tout voisin du monument que nous étudions, celui des mosaïques de l’oratoire de Saint-Jean-Baptiste au baptistère de Latran. J’ajouterai que dans l’antiquité ce genre de colonnes honorifiques où on élevait la statue des héros étaient fort connues 1 . Dans le bas-relief de l'arc de Constantin on voit sculpté un tribunal avec les chancels en avant et dans le fond des colonnes surmontées de statues de héros; c’èst exactement comme au Latran 2.
Vue du chœur de Saint-J ean-de-Latran dans l’antiquité.
Ces colonnes servaient aussi à porter des lampes. La présence des statues sur les chapiteaux exclut l’idée d’architrave, laquelle du reste, à cause de l'élévation du bronze, aurait produit mauvais effet, on ne peut donc les supposer placées sur une trabe mais suspendues et attachées à une tringle passant d’une colonne à l’autre. Ces lampes avaient une notoriété historique ; les jours de fêtes au lieu d’huile ordinaire, on y brûlait des baumes dont la fumée odoriférante se répandait au loin. C'était un tribut que les Orientaux payaient à l’Église romaine et dont le pape Formose (891196) les dispensa.