‹ La messe (volume 2)Chapitre 140 sur 245 · SAINTE-SOPHIE DE CONSTANTINOPLE · texte numérisé non relu

SAINTE-SOPHIE DE CONSTANTINOPLE

Il5

« Du côté du nord, on voit représenté Pierre,

« l'ancien archevêque de Ravenne, avec les insignes « d’évêque et chantant la messe. Là tout autour on lit <( au-dessus de la tête des Augustes : Confirma hoc « Deus, quod operatus es in nobis a templo sancto tuo « quod est in Jérusalem. Tibi offerunl reges munera.

« Au-dessous, s’étend un magnifique revêtement de « porphyre poli et de diverses pierres. Le dallage « disposé en compartiments carrés ou circulaires « ressemble aux flots d’une fontaine.

« L’ambon et le chœur sont ornés de travaux de sculpture.

« A l’entrée du chœur et devant l’autel, brillent « des colonnes d’argent très-pur. L’espace autour de « l’autel est fermé par des clôtures de marbre avec « des pommes d’argent.

« L’autel non moins magnifique est orné de portes « d’argent, de gemmes et de diverses pierreries, en « bas on voit écrit : sancte johannes arca christi,

« accepta tibi sit oratio servi tui. » (Voyez à l’article des Autels.)

« Au-dessus s’élève un ciborium de marbre sou- « tenu par quatre colonnes d’argent ; on y voit sus- « pendus des vases d’or et d’argent, la colombe de a même métal, et au sommet une croix qui resplendit « entre les lys et les fruits. Placidie fit encore dis- < poser des tables avec deux croix semblables. »

Nous devons ajouter à cette description quelques mots, pour expliquer la manière dont nous l’avons interprétée sur notre dessin. (PL CCXL.) La crypte actuelle à laquelle on parvient des nefs en descendant seulement neuf marches, n’est assurément pas l’ancienne, car le sol des nefs est relevé d’au moins 2m, mais elle en est sans doute une réminiscence. Nous n’avons pas cependant hésité à supposer une crypte dans notre restauration ; selon l’usage des anciennes basiliques de Ravenne, comme on peut le voir au Dôme, à San-Francesco, etc. D’ailleurs nous l’avons vu tout à l’heure, quoiqu’en termes obscurs, mentionné par l’Anonyme.

On remarquera sur notre perspective la hauteur que nous lui avons supposée au-dessus des nefs et la disposition des escaliers qui conduisaient au chœur ainsi relevé. Lescolonnespoursupporterlatrabeont leurplace nécessaire au-dessus de ces degrés, ainsi que les colonnes d’argent qui la soutenaient. Ante altare denique quatuor splendent columneœ argenteœ.

Il est question à trois reprises, dans le texte, de colonnes d’argent dans le chœur :

i° In introitu est columnarum coopertarum argenta purissimo rutilatio.

2° Ante altare denique 4 columnœ argenteœ.

30 Super altare tugurium quod a 4 argenteis columnis ostentatur.

Ne peut-on supposer qu’il s’agit des deux colonnes dont il a été question, des quatre de l'iconostase, et enfin des quatre qui soutenaient au-dessus de l’autel le ciborium ? On verra sur le plan ci-joint et sur notre perpective (pl. CCXL) la disposition que ce tracé nous en présente.

Nous n’avons élevé notre trabe que sur quatre colonnes pour suivre le texte et d’ailleurs nous aurions été sans cela obligé d’en placer six, ce qui aurait diminué excessivement les entre-colonnements.

Les hautes architraves de l’époque carlovingienne ne conviennent pas encore au ve siècle, l’épistyle et les vases qui le couronnent ont dû être traités dans une forme plus classique.

Pour le vie siècle il nous faut, avant tout, citer Sainte-Sophie de Constantinople. Lorsqu’on y avait dépassé le narthex et ce splendide naos que Justinien le jour de la dédicace traversait en s’écriant : «Je t’ai vaincu Salomon », on arrivait devant l’ambon que nous avons décrit et à la soléa séparée du béma par un iconostase dont il nous est resté des descriptions détaillées.

Voici ce que nous en dit Paul le Silentiaire (vi« siècle) : « Ce ne fut pas seulement sur les murs « qui séparent les prêtres delà schola-cantorum, qu’il « (Justinien) posa des dalles d’argent, mais il revêtit « aussi entièrement de ce métal les douze colonnes « géminées elles-mêmes qui jettent au loin d’éclatants « rayons1. Sur ces colonnes une main patiente et ha-

1 . Ce passage est trop important pour ne pas citer le texte :

Olce /xsv O'j [xgü'joiç ém rei/Uatv9 ânnôuct /-tvarvjv A vùpcc 7 ioX\jy),Ci)<jooio hixxpivouziv ô/j.i),ov

ICONOSTASES

« bile cisela des médaillons circulaires (arcutiores « circuli orbes). On y voyait gravée au milieu l’image « du Dieu immaculé qui revêtit d’une vierge la figure « humaine ; ailleurs l’armée des anges rapides incli- « nant leur tête, car ils ne peuvent contempler la « gloire de Dieu. Ailleurs le ciseau d’acier imprima « sur le métal les figures des hérauts de Dieu, ces « hommes anciens de la bouche desquels, avant que « Dieu ne prit une chair, est sorti l’oracle de la venue « du Christ. On n’oublia pas l’effigie de ces pêcheurs « dont l’art était de jeter des filets et qui laissant les « soins communs de la vie ou les emplois coupables « suivirent les ordres du Roi du ciel: abandonnant « leur métier de pêcheurs, ils déployèrent l’insigne « filet de l’immortalité. Ailleurs l’artiste avait re- « présenté la Mère du Christ, vase de splendeur « éternelle, etc...

« Au milieu des panneaux du septum sacré qui « entoure les prêtres et les séparent de l’assemblée,

« on voit inscrite une lettre unique qui en embrasse « plusieurs dans elle-même ; elle comprend en « effet les noms de l’Empereur et de l’Impératrice.

« Dans le milieu on a aussi figuré une croix sur un « bouclier circulaire d’égale grandeur. Trois portes « s’ouvrent aux prêtres dans tout le septum, celles de « côté plus petites que celle du milieu. »

Constantin Porphyrogénète 959) ajoute ces détails intéressants à la description du Silentiaire 1 :

« Le sanctuaire est séparé de la partie extérieure du « temple par des chancels et par des colonnes cou- « ronnées d’architraves. »

Ces richesses existaient encore à l'époque du voyage de Benjamin de Tulède comme il le rapporte (-j-1173): «In medio autem templo columnæ sunt « aureæ et argenteæ, candelabra maxima et laternæ,

« lampades, et alia ex auro et argento plura quam « dinumerare quispiam possits. » (PI. CCXLI.)

Avec ces données il n’est pas très-difficile de res- j

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Édit, de Bonn., Silent., part. II, v. 269.

On remarquera que nous avons jumelé les colonnes, et en effet les mots Zoiouc ne signifient pas seulement

deux fois six, mais le mot loioi implique une idée de jumeaux. Nous avons consulté à cet effet notre savant helléniste, M. le comte Riant, et c’est sur son avis que nous n’avons pas hésité à le traduire ainsi. Du Cange indique le même sens : ita dispositif eranl ut bina simul cohererent.

( Consi . christ ., p. 62.) t . In Basilio, c. lv.

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