‹ La messe (volume 2)Chapitre 150 sur 245 · IX' SIÈCLE. — ORIENT · texte numérisé non relu

IX' SIÈCLE. — ORIENT

La Géorgie devint chrétienne officiellement dans la première moitié du ive siècle; sur l’emplacement de l’idole d’Armaz renversée en 318, le roi Miriam éleva une chapelle, pour perpétuer le souvenir de cet événement; cette chapelle nous présente un iconostase avec plusieurs arcades. Les archivoltes, les bandeaux de haut, les cadres des chancels sont garnis de torsades, qui forment le seul ornement du monument ; les colonnes au lieu de bases et de chapiteaux sont terminées par de simples cubes ; je dis colonnes, quoique par le fait ce soient de véritables piliers cantonnés de colonnettes. (PI. CCXLIV.) Sans pouvoir préciser de date, je serais porté à classer ce portique parmi les oeuvres du ixe siècle. Sur la montagne d’Armaz, on voit un autre iconostase, mais qui paraît plus moderne ; il est partagé en cinq arcades ogivales, dont celle du milieu s’ouvre pour l’accès du chœur; dans le haut, un reste de frise laisse apercevoir quelques rinceaux.

A Ghélati, près de Koutaïs, l’église nous offre un iconostase en pierre, tout resplendissant de saintes images recouvertes d’or et de pierreries ; la plupart de ces images sont fort anciennes et ont été apportées par les patriarches d’Abkhazie, lorsqu’ils transportèrent leur siège de Pitzounda à Koutaïs où ils cherchèrent un abri contre les déprédations des montagnards

Dans la vallée d’Aténi, en Géorgie, l’église de Sion possède un iconostase remarquable dont le prince Gagarine a eu la bonté de nous communiquer une copie. Il se compose de cinq arcades supportées par des colonnes sans chapiteaux; l’arcade centrale est plus large que les voisines et ouvre passage au chœur. Deux plaques très-ornementées se voient aux extrémités; les torsades et les entrelacs dont elles sont couvertes semblent indiquer qu’elles étaient placées autrefois dans le soubassement en guise de chancels. L’église commencée par l’arménien Thodosa, en 727, fut achevée par Achot-Couropalate de Géorgie (786-826) 1 2. Le style de l’église rappelle, il est vrai, celui de la croix adorable près Mtskhèta, cependant le prince Gagarine y a découvert des peintures qui lui paraissent du ix° siècle.

Le genre de clôture que nous étudions en ce moment sous le nom d’iconostase était répandu dans

toute l’Europe chrétienne ; on peut en voir un exemple même en Espagne, à l’ermitage de Santa-Cristina, où le chœur relevé est dominé à l’entrée par trois arcades et accessible par deux perrons latéraux; l’arcade centrale est fermée de chancels couverts de dessins. On attribue cet ouvrage à Ramire Ier (843-850) ou à Alphonse III (866-910) ’.

On signale l’église de Makalakew (Mingrélie), comme possédant un iconostase ancien; il est construit en briques 2.

Nous avons parlé, à propos des confessions, delà crypte de l’église de Saint-Sergius au Caire; nous pouvons y puiser aussi d'intéressants renseignements. L’iconostase est en bois et richement décoré avec de l’ivoire, des perles et de la marqueterie. Sur une des portes on lit une inscription copte incrustée sur de l’ivoire : Salue \ l’église des Pères. Il a trois portes, et de chaque côté des portes une croisée carrée avec un volet. La porte centrale n Mij

est fermée par un rideau de soie avec broderie de larges croix, inscription copte et autres ornements ; chaque copte, en entrant dans l’église, s’agenouille et baise ce voile. Il y a la prière « du voile » que prononce le prêtre.

On y voit de curieux panneaux avec bas-reliefs sur bois, d’une teinte très-foncée, où sont représentés la N ativité, la Cène et trois saints à cheval parmi lesquels saint Marc et saint Georges. Ces bas-reliefs doivent être des fragments de l’ancien iconostase, sans doute du vme ou ix' siècle, ce qui nous le fait classer dans cette période de l’histoire. (Middleton, The Academy, 1882, p. 267.)

M. de Rossi 3 estime que ce fut surtout à partir du ixe siècle que les Orientaux couvrirent d’images leurs clôtures comme une protestation contre les sacrilèges iconoclastes.

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