VENISE
XIV' SIÈCLE
et peut-être comme souvenir des anciens inconostases.
Nous avons vu, dans le premier volume, que cette église avait son presbyterium entouré d’un simple chancel, tel que le reproduit lamosaïque du transept; au xiv' siècle, les Vénitiens voulurent profiter du marbre et des modèles que leur offrait l’orient, pour donner une nouvelle splendeur au Dôme; ils songèrent à remplacer les clôtures élevées seulement à hauteur d’appui par un véritable inconostase et ils confièrent ce travail à deux sculpteurs, Jacobello et Pietro Paolo, filsd’Antonio dalle Masegne, de l’école pisane. On ne conserva de l’ancienne clôture que les petites arcatures romanes du soubassement ; on remplaça le chancel du xne siècle par des panneaux de marbre d’une richesse merveilleuse ; sur des piédestaux octogones et ornés de losanges, on érigea huit colonnes trapues surmontées de chapiteaux capricieusement refouillés et d’une trabe. Cette trabe de I2m 70 de longueur, ressaute au droit des colonnes et au milieu des entre-colonnements, pour former les socles des statues des apôtres, de la Sainte-Vierge, de saint Marc et de la grande croix d’argent. On lit cette inscription sur l’architrave :
MCCCXCIII hoc opus erectum fuit
tempore excelsi Domini Antonii Venerio Dei gralia Ducis V enetiarum ac nobiliumvîr . Domîn. PelriCornario Et Michælis Sténo
Honorabilium procuralorum præfaclæ Ecclesiæ Benedictæ beatissimi Marci Evangelislæ Jacobellus et Petrus Paulus fratres de Veneliis fecerunt hoc opus.
Le crucifix d’argent, un des travaux les plus considérables de l’orféverie de cette époque, est aussi de 1394 et l’œuvre de Jacobo, comme on le voit sur l’inscription gravée sur le pied de la croix : MCCCLXXXXIIII facta fuit ab nobilibus procuratoribus Petro Cornario et Michæli Sténo, Jacobus magistri Marci Bcnato de Veneliis fecit L
A une époque où la critique historique des monuments était peu avancée on croyait que les statues de' cet iconostase provenaient de la coupole du tombeau de Théodoric. On sait que sur ce monolithe, il y a douze anses qui portent en inscriptions des noms d’apôtres et d’évangélistes, ce qui les fit regarder
i. Cicognara, 5/or. delta scult., III, 374, pl.X.
comme les socles des statues; cette fable ne vaut pas la peine d’être réfutée, les anses du tombeau sont taillées à pans pour l’écoulement de l’eau et elles n’ont jamais dû supporter aucun objet; de plus les statues dont nous parlons appartiennent essentiellement au style pisan du moyen-âge. Cicognara les trouve d’un bon dessin ; sans une certaine exagération d’attitude, et l’ampleur de leurs plis on les prendrait pour une œuvre de la renaissance.
On remarquera que cet iconostase est placé au même endroit de l’église qu’à Sainte-Sophie, au delà de la coupole, qu'il rappelle aussi le Collège apostolique, constitué pour ainsi dire gardien du sanctuaire ; on y retrouve la trabe, le crucifix, les colonnes des monuments que nous avons précédemment étudiés.
On voulut compléter cette somptueuse clôture en fermant aussi le chœur du côté des chapelles San- Pietro et San-Clemente ; on y continua la riiême ordonnance, pour les colonnes, socles et architraves. Les trabes latérales sont surmontées de statues: à gauche, celles des saintes Madeleine, Cécile, Hélène et Marguerite, accompagnent la Madone qui est au centre. A droite, saintes Catherine, Claire et Agnès font de même escorte à la Reine des vierges. Ces sculptures exécutées trois ans après celles de la face principale, comme nous l’apprend l’inscription qu’on y lit, se rattachent tout à fait pour le style aux précédentes L
L’orient qui avaitd’aborddonnéàl'occidentrexemplederichesses verséesàprofusion dans les sanctuaires, s’appauvrissait de plus en plus, pendant que les Latins profitaient de ses leçons et lui dérobaient ses derniers trésors. M. Paul Durand médisait qu’aujourd’hui la présence du marbre dans un monument y formait la caractéristique certaine d’une grande ancienneté.
Aussi à l’époque où les Vénitiens enveloppaient le chœur de leur cathédrale des marbres splendides que nous venons de voir, les chrétiens d’orient en étaient réduits à construire des clôtures en planches dont ils masquaient la pauvreté en les couvrant de leurs faciles peintures. M. Albert Lenoirqui a visité beaucoup de sanctuaires dans le Levant, nous donne une intéressante description des clôtures qu’il y a vues le plus souvent : a Ces clôtures sont formées d’une cloison en bois ou en construction légère, peu élevée et percée d’une ou de trois portes; de petites colonnes