Cicognara, Stor. delta scult., III, 381, pl. X
ICONOSTASES
engagées ou de simples pilastres appliqués la divisent en compartiments égaux ; dans les églises plus riches des panneaux en argent repoussé forment l'ornementation. Ordinairement la partie supérieure, une sorte d’attique, est composée d’une suite non interrompue de petits tableaux délicats représentant les douze apôtres (tradition antique pour les iconostases), et les principaux faits de la vie de Jésus-Christ. Une découpure en bois doré, formée de palmettes et de rinceaux, occupe le sommet de la clôture. Au centre est une croix très-riche, souvent le flabellum orné de tètes d’anges est planté sur la clôture ; on en voit ainsi à Patras et dans la plupart des églises de la Grèce. Les moindres chapelles, les plus petits temples élevés dans les monastères ou dans les villages offrent des clôtures de cette sorte. La décoration est plus ou moins riche, mais ordinairement les peintures sont sur fond d’or. Des lampes brûlent devant ces tableaux. Dans les églises qui en ont le moyen, on voit aussi en avant de nombreux et grands candélabres qui portent des cierges immenses. Les lampes sont fréquemment surmontées d’œufs d’autruche, comme celles que les Turcs placent dans leurs mosquées ; on en voit à l’église de Saint-Spiridion de Corfou qui représentent des navires.
Parmi les plus beaux iconostases de cette espèce, nous citerons ceux de l’église de Saint-Théodore à Pergame, de la cathédrale de Smyrne, de l’église grecque de Livourne, dans laquelle sont des représentations du Christ et delà Sainte-Vierge, en argent, plus grandes que nature. A l’église métropolitaine de Magnésie, dans l’Asie-Mineure, la partie supérieure porte trois petites tribunes saillantes surmontées de dômes et soutenant chacune une croix accompagnée de statues d’apôtres.
L'église du monastère, à Samari (Morée), offre dans un iconostase cinq arcades couvertes de peintures et une série d’arconcelles dans l’attique '.
Le monastère de Choua-Mtha, à quinze verstes de Gombor, a été bâti dans les vingt-cinq premières années du xvi° siècle par la reine Thinathin femme du roi Cakheth-Lèwan II. On y voit un iconostase, tout brillant de dorure et réparé dans ces derniers temps, en partie aux frais du tsarévitch Ilia; à droite est une grande image en or, avec les reliques d’une
i. Blouet, Morée, p. xxiv.
multitude de saints, tout autour une belle inscription en caractère khoutzouri, commençant par une invocation à la Sainte-Vierge. Sur le voile couvrant l’image on a brodé ce qui suit : Mère de Dieu, Vierge Marie, j'ai offert ce voile de ta face à ton église, moi princesse Mariam Erislhoivna pour mon père, nous te prions d’accorder la paix à mes trois fils et d’intercéder pour leurs âmes '.
Ce genre de clôtures légères remplaça l’antique et monumental iconostase dans beaucoup d’églises de fondation primitive. Ainsi la basilique de Saint-Démétrius sur le mont Ossa (Thessalie) dont M. Normand m’a montré les relevés, remonte au moins à Justinien; cependant son iconostase est une simple cloison analogue à celles qu’on a décrites précédemment. Cette clôture se compose de cinq arcades, celle du milieu ouverte pour l’accès du chœur, les autres fermées et ornées de peintures; au-dessus s’élèvent un attique de petites arcatures, et, comme couronnement, une croix grecque immense avec les statues de la Sainte-Vierge et de saint Jean aux côtés8.
Les églises grecques nous offrent une espèce de clôture construite légèrement et qui monte jusqu’au sommet de l’édifice, masquant entièrement le sanctuaire dans toute sa hauteur. Le plus bel exemple que nous ayons à citer est celui de l’église de Saint-Spiridion à Corfou : la partie inférieure est décorée de tableaux peints sur fond d’or et d’ornements en argent repoussé ; le haut formé d’une grande peinture, représente des légions d’anges faisant un concert céleste autour d’un crucifix en relief qui s’élève jusqu’au plafond. La première ligne d’attique contient entre les pilastres douze portraits en pied des apôtres sur fond d’or; un pareil nombre de sujets relatifs à l’Évangile occupe la ligne immédiatement au-dessous; dans la partie inférieure de la clôture sont pratiquées trois portes fermées par des panneaux peints 3.
Le cardinal Mai a publié dans sa nova patrum bibliolheca un manuscrit trouvé dans le monastère de Sainte-Marie de Gethsémanie à Jérusalem. Il l’intitule : « Missa picta græcorum ». Nous en avons déjà fait mention dans notre iconographie de la messe, mais nous devons le rappeler ici parce qu’il nous offre
i Brosset, Voyage en Géorgie, II, p. 57.