‹ La messe (volume 2)Chapitre 230 sur 245 · UNANIMES TRINO SUSCIPIT INTROITU · texte numérisé non relu

UNANIMES TRINO SUSCIPIT INTROITU

(Lettre xxxii, p. 338.)

Lorsque les fidèles s’étaient pour ainsi dire préparés à remplir leur pèlerinage dignement, par la lecture de ces légendes, ils y avaient entendu la pensée du saint fondateur, ils comprenaient que le sanctuaire de Saint-Félix représentait l’Ancien-Tesment, celui en face, la loi nouvelle, et que l’atrium lui-même avec sa fontaine et ses ondes purificatrices symbolisait le Christ qui les unit.

Pleins de ces idées mystiques, que l’Église depuis Paulin jusqu’à Durand de Mende n’a cessé d’inspirer à ses enfants, ils inclinaient vers la gauche et pénétraient enfin dans l’enceinte gardienne du saint tombeau.

« Cette enceinte, nous dit saint Paulin, était « abritée jadis par un toit obscur, maintenant son toit « a été relevé et elle s’est embellie de couleurs nou- « velles. L’amour nous poussa à édifier cet ouvrage « en ce lieu, comme le culte de saint Félix semblait « l’exiger, afin qu’un honneur plus éclatant entourât « sa demeure vénérable. Afin que sa façade ouverte « par des arcades à deux vantaux (arcus bifores) « éclairât largement l’intérieur, cette façade tournée « vers l’illustre sépulcre où repose le corps du martyr « Félix, qui triomphant regarde ses atria éclairés par

« ces doubles portes ouvertes ; il se réjouit que ses « murailles soient envahies par les foules pieuses .

« L’enceinte elle-même où se trouve le tombeau « du saint martyr a revêtu des habits nouveaux; une « triple main l’a parée de divers ornements. »

La vieille voûte en bois fut conservée avec ses sculptures, mais on lui donna tout l’éclat de l’ivoire.

D’après les colonnades intérieures qui subsistent encore, nous pouvons nous rendre compte de la splendeur de ce sanctuaire et comprendre que saint Paulin put avec raison se montrer satisfait d’un pareil ouvrage. Les colonnes de cipolin déchirées par leurs longues veines vertes et blanches et couronnées de chapiteaux variés, quelques-uns empruntés aux édifices grecs de l’antique Campanie, les transennes de marbre qui les reliaient, les mosaïques brillantes se déroulant sur des fonds d’or, de longues et pompeuses inscriptions, le plafond imitant l’ivoire et laissant tomber par des chaînes de bronze des lampes agitées par la brise, enfin derrière ce quinconce de colonnes et les voiles suspendus aux arcades, un vaste presbyterium avec sa tribune, tout cet ensemble devait à première vue imposer aux pèlerins une émotion profonde. (PL CCLIII.)

Des flots de lumière environnaient le tombeau de saint Félix à demi voilé sous de blanches draperies où les lychni versaient jour et nuit leur éclat et leurs parfums. Ils étaient si serrés, qu’on aurait pris leurs feux pour les fleurs d’éblouissantes couronnes.

Te prius aima pio celebrans altaria cullu Presbyter instituit, placido et moderamine rexit.

Aurea nunc niveis ornantur limina velis,

Clara corcnantur densis altaria lychnis.

Lumina ceratis adolentur odora papyris,

Nocte dieque micanl, si nox splendore diei Fulget ; et ipsa dies cœlesti illustris honore,

Plus micat innumeris lucem geminata lucernis.

(Carm. ni, pœma xv, p. 467.)

Au milieu, une grille fermait le sépulcre et on y voyait une dalle de marbre revêtue d’argent qui laissait une double ouverture, et par laquelle on pouvait introduire les objets qu'on sanctifie par le contact des reliques.

. Claudente sepulcri

Cancello latus in medio, sit pagina quædam ( plaque )

ÉGLISES

Marmoris, adfixo argenti vestita métallo.

Ista superficies tabulæ gemino patel ore (Carm., xm, p. 594.)

Il ne s’agit pas ici de portes, mais de simples ouvertures par lesquelles les bras seuls pouvaient s’introduire ; en effet quand on voulut reconnaître les reliques pour voir si elles étaient intactes, on fut obligé d’enlever les chancels et les dalles de marbre fixées par des clous de bronze.

Cancellos removere loco, curaque sequenti Hœrentes tabulas resolutis tollere clavis.

Verum ubi depressam sub tegmine marmoris arcam Vidimus . (P- 59^-)

Nous supposons ici des dalles pleines et non ajourées comme à l’autel de Saint-Alexandre, lesquelles auraient permis de voir le corps sans démonter tout l'édifice.

Nous possédons encore des restes des anciennes transennes, sur les champs desquelles on lit des sentences de l'Écriture-Sainte. Beaucoup de fragments de transennes sont notoirement plus modernes. Leur style me rappelle celui des pilastres d’entrée de la basilique des Martyrs et les rangerait parmi les monuments du vne ou viii° siècle. Du reste cette question chronologique n’intéresse notre thèse qu’accessoirement parce que les chancels primitifs si fragiles durent être remplacés alors sans que l’ancienne distribution fut modifiée. (Voyez l’article Chancels.)

Un banc pourtournait l’abside ne s’arrêtant au milieu qu’au trône de marbre de l’évêque. Au-dessus s’élevait jusqu’à l’imposte un revêtement de marbre; je ne doute pas que la calotte hémisphérique ne fut, suivant un usage constant, revêtue de mosaïques.

Cette tribune n’est éclairée que par une fenêtre centrale, encore fermée d’une grille de marbre. Ce peu de jour admis dans l'enceinte ne doit pas nous surprendre si nous nous souvenons de la merveilleuse illumination qui enveloppait la confession comme d’une auréole permanente. Des portes mettaient en communication ce presbyterium avec le secretarium et les prisons de sainte Archelaa. Ces bâtiments formaient des ailes carrées de chaque côté de l’abside, disposition commune dans les anciennes églises, qu’on voit par exemple à Saint-Jean de Ravenne, fondé par Galla Placidia.

Avant de commencer la description de la nouvelle

basilique nous devons faire une observation sur le plan qui la figure dans nos planches gravées. Ce plan avait été tracé après notre retour de Noie comme l’indiquent Canina et surtout Remondini. D’après ce tracé nous avions supposé la basilique Paulinienne en prolongement de l’ancienne et lui servant pour ainsi dire d’agrandissement. Les constructions qu’on trouve encore dans les soubassements, l’agencement convenable des édifices entre eux, non moins que les autorités précitées, nous paraissaient satisfaire ainsi le programme. Nous devons dire qu’une objection considérable a été faite à cette restauration, objection qui réside dans ce texte de la xxxn' lettre de Paulin à Sévère : « Quia novum a « veleri paries apside cujusdam monumenti interposita « obslructus excluderet, tolidem januis patefactus a « latere Confessoris quot a fronte ingressus sui foribus « nova reserebatur. De la nouvelle à l’ancienne basi- « lique la muraille d’un certain monument obstruait « la vue par l’abside qu’il y interposait; on ouvrit « donc autant de portes sur le côté du Confesseur « qu’il y en a sur la façade de la nouvelle basilique. »

L’antithèse à latere, à fronte est évidente ; nous avons donc essayé le tracé de cette disposition différente dont nous donnons un croquis, p. 183, afin de nous rapprocher le plus possible de l’antique réalité que nous cherchons. Dans cette manière la basilique nouvelle est rejetée au nord; les colonnes enfoncées dans le sol de ce côté peuvent être considérées comme faisant partie des colonnades de la nef, le tombeau de saint Félix qui était visible dans le nouveau sanctuaire peut rester à peu près à la place actuelle. — Ce tracé présente, il faut le reconnaître, des défauts qu’on observera tout de suite. Le vestibule d’entrée construit en carré, quadrato tegmine circa veslibulum, ne devait pas avoir l’allongement excessif que nous sommes obligé de lui donner ici pour qu’il rejoigne l’atrium intermédiaire entre les deux églises. Les deux atria ont ainsi une disproportion fâcheuse dans leurs dimensions respectives. Nous devons supprimer la colonne que nous avions signalée devant le quinconce et qui gênerait le portique, enfin l’entrée de la prison de saint Janvier sur le vestibule n’est pas plausible et les bâtiments antiques qu’on a retrouvés en cet endroit sont un obstacle pour la liberté de notre tracé. Nous exposons simplement ces difficultés, appelant de tous nos vœux l’exécution de fouilles qui donneraient sans

NOLE (RESTAURATION)

Restauration des sanctuaires de Noie avec la Nouvelle Basilique placée au nord.

(La teinte noire indique les parties antiques encore existantes.)

ÉGLISES

doute, exécutées au nord de Saint-Félix, les plus intéressants résultats.

Nous avons d’après notre première pensée restauré le quinconce de colonnes. On verra au milieu de l’abside le ciborium que nous y avons réintégré. — En supposant même que le tombeau ne fut pas à l’endroit de la confession ordinaire, il est difficile, comme nous l'avons vu à Classe, de ne pas supposer un autel au milieu du chœur. (PI. CCLIV.)

Les pèlerins après avoir vénéré le sanctuaire dépositaire des reliques de saint Félix pouvaient, en traversant l’atrium, aller contempler cette basilique dans laquelle le génie poétique de saint Paulin s’était donné essor. La forme était celle que nous voyons encore à Rome, une large nef centrale, avec un plafond lambrissé : « Spatium alto et lacunato culmine gcminis utriusque porticibus dilatatur. » (Let. xxxn), et flanquée de deux nefs latérales, dont elle était séparée par des rangées de colonnes « quibus duplex per singulos arcus columnarum or do dirigitur ». Remondini et à sa suite Canina ont cru devoir accoupler ces colonnes, mais je ne puis croire cette restauration exacte, car dans l’antiquité, on cite difficilement des exemples de telles colonnes. On pourrait trouver quelques exceptions en orient, mais je n’en connais pas dans le style latin 1 .

Aux collatéraux se rattachaient quatre petites chapelles, dans le genre des oratoires que saint Hilaire fit construire autour du baptistère de Constantin « Cubicula intra porticus quaterna longis basilicæ lateribus inserta » où les fidèles pouvaient se retirer pour prier dans le calme et pour méditer les mémoires des saints. Chaque oratoire avait deux vers inscrits sur le fronton de sa porte, ce qui rappelle le portail de la chapelle de Saint-Jean-Baptiste au Latran.

On a dernièrement découvert à Cantorbéry, sous les restes de la petite église Saint- Pancrace, desconstructions chrétiennes remontant à l’époque romaine comme le prouvent les matériaux; on distingue dans ces ruines un petit oratoire garni d’un autel rattaché au côté méridional de l’église, ce qui doit assez bien fournir l’idée des annexes de la basilique de Noie. Nous donnons un croquis de l’état actuel, grâce aux informations de Mlle Lambert et d’après une photo-

1 . A Sainte-Constance elles sont accouplées dans le sens transversal.

graphie que nous devons à l’obligeance de M. le chanoine Routledge ’ .

Saint-Pancrace à Cantorbéry. (Fouilles.)

Des lustres descendaient du toit, suspendus à de longues chaînes de bronze.

EL medio in spatio fixi laquearibus allis Pendebant per ahena cavi retinacula lychni. (P. 535.)

Paulin en compare les branches aux rameaux d’un arbre qui s’épanouissait et leurs lumières contenues dans des calices de verre aux fruits brillants pendant de leurs rameaux.

« On voit, dit le saint écrivain, à chaque colonne « symétriquement rangés, des candélabres, dont la « pointe porte des cierges peints ; le papyrus qu’ils a enveloppent, répand, quand ils brûlent, une lu- « mière odorante ; au milieu de la basilique, des hau- « teurs de la voûte, pendent par des chaînes de « bronze des lustres qui, comme des arbres, étendent « en tous sens leurs branches flexibles ; à l’extrémité « de ces branches s’épanouissent, comme des fruits, « leurs calices de cristal : quand la lumière y brille, « on dirait des fleurs du printemps; leurs flammes, « aux reflets variés, paraissent des astres qui scintil- « lent; ces nombreuses lueurs éclairent les profondes « ténèbres et répandent dans l’air autour d’elles de « mouvantes clartés2. »

x. Roman foundations at S. -Paneras Canterbury by the Rev. Canon. C. F. Routledge. ( Extrait de VArcbaologia cantiana , London, 1881.)

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