XII' SIÈCLE. — TORCELLO. — VENISE, ETC
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des rampants sont tout à fait changés de leur place primitive. On voit au milieu de l’échiffre un bas-relief qui figure une colonne portée sur quatre degrés et entourée de rinceaux; les moulures qui l’encadrent sont multipliées et chargées d’ornements, torsades, entrelacs, perles, lauriers. Rattachée à ce marbre et comprise dans le même bloc, une colonnette d’angle, décorée de chapiteaux et de base, supporte la cuve de l’ambon.
On ne voit plus le marbre d’échiffre que d’un côté du monument, mais de l’autre, les traces d’agrafes de bronze ne laissent pas douter qu’il ne fut symétriquement répété. Il est remplacé là par deux colonnes qui ne paraissent pas fort anciennes. Sous la cuve on remarque une sorte de coupole aplatie, comme à Saint-Apollinaire de Ravenne; une marche de marbre dont il existe encore un fragment, s’étendait sous tout l’édicule.
On verra sur la pl. CLXXIX, la restauration que nous essayons d’une moitié de l’ambon. Nous avons supprimé les deux colonnes de gauche laissant celle du milieu seulement, et écarté le lectorium intermédiaire qui entaille grossièrement les moulures. Au point de départ nous avons élevé un fort pilastre mouluré que M. Benouville, auteur d’une charmante restauration de Torcello, a retrouvé dans les ruines et dont il a eu la bonté de nous communiquer la découverte. Enfin, nous avons repoussé vers une position plus centrale de la nef, tout le monument, qui, dans sa situation actuelle, masque une partie des chancels identiques comme style et dont les constructeurs n’auraient pas destiné leurs sculptures à être cachées. Si nous supposions cette chaire dans le chœur, nous serions obligé d’encombrer les abords de l’autel ; de placer son dossier comme à Saint-Clément dans les chancels ce qui s’arrangerait mal avec les colonnes.
La ressemblance du style avec celui des chancels, que plusieurs motifs nous engagent à classer au vu' siècle, nous ont déterminé au même ordre chronologique. (Voyez Chancels.)
Les anciens ambons nous ont laissé beaucoup plus souvent le’ur cuve de marbre que les escaliers par lesquels on y montait, c’est donc une bonne fortune de retrouver ces fragments à Saint-Marc de Venise; leur emplacement actuel nous les a conservés. Le plus intéressant (pl. CXCIII, fig. i et 2) par sa richesse a été employé dans la construction de l’esca¬
lier qui conduit à l’ambon de l’Évangile. Il est coupé par la moitié, mais il peut être facilement restauré au moyen des parties encore visibles. Dans un cadre de moulures multipliées et monotones, on voit une croix ornée de rinceaux, haute de om 84, à droite et à gauche deux arbres inclinent leur sommet vers elle, figurant sans doute la Sainte-Vierge et saint Jean au pied de la croix L La rosace du dessus, dans ce langage symbolique, ne signifierait-elle pas aussi le soleil qu’on représente souvent dans le crucifiement ?
Les deux autres fragments sont (fig. 3 et 4), encastrés dans les tympans des grands arcs de la façade septentrionale de Saint-Marc. On peut être surpris de voir des dalles d’échiffre scellées dans une situation si singulière, mais on doit se rappeler que cette église est composée tout entière des dépouilles d’orient qui formaient moins pour ses constructeurs, de brillants matériaux que des trophées patriotiques. Leurs dimensions, leur inclinaison ne peuvent laisser de doute sur leur ancien usage. Nous avons dessiné dans l’église un autre marbre un peu différent qui sert à monter dans l’ambon de l’Épître. Il porte au centre une croix, au lieu de la branche de feuillage. Nous trouvons donc à Saint- Marc les fragments de deux escaliers sur la façade( un à l’ambon de l’Évangile et un quatrième à celui de l’Épître.
On sait la difficulté de classer des monuments byzantins, où les mêmes caractéristiques se représentent quelquefois à de si grandes distances chronologiques. On ne saurait nier cependant ici qu’il existe de frappantes analogies entre ces moulures, celles de Sainte-Sophie de Constantinople ou celles des ambons Saint-Apollinaire et Saint-Esprit à Ravenne ; c’est la même alternative de tores et de cavets, la même monotonie de profilage. Ce rapprochement nous fait reporter ces marbres jusqu’au vie ou vu' siècle. Le siège épiscopal de Torcello nous offre une croix fort semblable à celle de la fig. 1, deux arbres placés sur les degrés et inclinant leur sommet vers la croix, deux rosaces au-dessus de ses bras. Cette observation confirme notre attribution au vu0 siècle,
1 . L’Évangile compare souvent l’arbre aux hommes et aux saints : « Ornnis ergo arbor non faciens fructum. » (Luc., m, 9.)
« Non est enim arbor bona quæ facit fructos malos : neque arbor mala faciens fructum malum.» ( Id ., vi, 43.)
A propos des arbres, voir ce qui a été dit pour l’ambon de Salonique.
car c’est la date, comme on a pu le voir, que nous lui avons assignée.
L’église de la Miséricorde, à Ancône, de modeste apparence, entièrement modernée, conserve cependant un monument très-intéressant, un ambon du temps du pape Sergius. Ce marbre, d’un seul bloc, se compose de quatre compartiments encadrés dans des torsades et ornés d’une sorte de portique sous lequel on remarque des tiges et des feuillages sortant de calices ; quatre colonnettes engagées et cannelées en spirale soutiennent au milieu un fronton triangulaire et deux arcades de chaque côté. Au-dessus de ces compartiments, un champ porte cette inscription que de nombreuses abréviations rendent un peu difficile à lire et que nous traduisons ainsi : Temporibus papce Scrgii, Christi famulus Andréas fecit. Fuerat ex vetustu 1 lapis set 2 mine rutilât splendens (?)
Cet ambon est mutilé, l’ordre inférieur manque aux deux tiers des colonnettes ; il repose sur une plateforme moulurée de om 1 5 d’épaisseur, qui doit être plus moderne que le cylindre de marbre. Sur la section du cylindre apparaissent des traces de scellement qui rappellent sans aucun doute l’existence d’un escalier montant à la tribune. Je n’ai vu ces vestiges que d’un côté, l’autre est scellé dans le mur ; il est fort probable qu’un double escalier montait à droite et à gauche comme aux ambons de Ravenne. Toutefois nous observerons que celui-ci n’a pu être pris dans une colonne monolithe, ainsi que nous le voyons à Santa-Agata de Ravenne, parce que le demi-cylindre est complet et qu’il n’y aurait plus de place pour les escaliers. Le segment postérieur devait donç être disposé sur un autre centre. (PI. CLXXX.)
L’inscription par sa teneur semble complète et, par conséquent, laisse supposer que le marbre est complet aussi dans sa largeur.
La ressemblance de cet ambon avec ceux de Ravenne établit à première vue une identité chronologique avec eux. Celui de l’église San-Spirito, sous une meilleure exécution, présente tout à fait le même style ; le fronton central, les deux arcades laté-
1 . J’avais supposé, ex vetusto situ, mais sur le conseil de M. Le Blant qui a bien voulu examiner mon estampage, j’ai simplement mis ex vetustu pour vetusto.
2. Le mot set mis pour sed se rencontre dans les inscriptions antiques. Sous l’empereur Maurice (582-6o2)on trouve: Set conjurovos. (Marini, Pap. dipl., 286, A, et 293.) Voyez aussi Mommsen, Insc. du royaume de Naples, p. 4320, et
Gruter, 669, 4.
raies, les colonnettes en spirale, les calices, leurs feuillages donnent des points de rapprochement décisifs. Si les torsades des cadres pouvaient être une objection, nous montrerions l'autel de Cividale qui possède cet ornement et que les plus sérieux archéologues attribuent à la première moitié du vine siècle, nous pourrions citer la même caractéristique sur les bijoux mérovingiens et jusque sur des monuments wisigoths.
Les Papes qui ont porté au moyen-âge le nom de Sergius sont les suivants :
Sergius Ier — 687 f 701.
Sergius II — 844 -j- 847.
Sergius III — 904 f 911.
Sergius IV — 1009 f 1012.
Pour les motifs que nous avons indiqués nous n’hésiterons pas à choisir parmi ces dates la plus ancienne, et à attribuer notre ambon au vif siècle.
Je n’ai pu trouver d’anciens documents sur l’histoire de l’église délia Misericordia. De deux inscriptions en caractères gothiques scellées sur un pilastre, l’une nous apprend qu’elle fut bâtie au xiv0 siècle comme une invocation à Dieu pour qu’il fasse cesser la peste:
-(- SUB MCCCLXXXVIIII DIE PROPRIO XXIII MENSIS OCTOBRIS OB DEI REVERENTIAM FABRICATA EST ECCLESIA UT REMICTAT PESTILENTIAM
Nous sommes dcnc obligé de supposer que l’ambon y fut transporté d’ailleurs. L'inscription qu’on y lit paraît indiquer qu’il fut construit avec un marbre antique, ex vetustu, peut-être avec un tronçon de colonne coupé en deux et creusé l.
On lit dans les actes de Dagobert que ce roi faisait décorer l’abbatiale de Saint-Denis. Saint Éloi qu’il avait chargé de ce soin construisit un ambon pour la lecture : a Operuit quoque Eligius lecto- « rium s. »
Dans V Histoire des évêques d’Auxerre, nous lisons au chapitre xlv : « Ambonem ibi vilem aspiciens cryptis honestissimè compositis desuper honorificè constructum locavit 3. »