Liv. XV des Ètymol., c. îv, nos 16 et
Bull, mon., 1870, (10e art. de l’abbé Barraud.)
2. Voyez au sujet de ce monument la savante étude de M. Bortolotti : Di in ambone Modenese e di qualche altro patrio avanzo architettonico cristiano, ragguaglio di Pielro Bortolotti, Modena, 1882.
encadré d’une torsade qui ressemble beaucoup à celle de l’ambon d’Ancône ; une grande croix le partage en compartiments égaux, elle est ornée d’enroulements vigoureux et qui la remplissent entièrement. Dans les compartiments supérieurs, au-dessus desbras de la croix, la décoration se compose de rosaces, ou, pour mieux dire, de tiges s’épanouissant en feuilles aiguës vers les angles du panneau. Dans les. compartiments inférieurs, ce ne sont plus des rosaces, mais les tiges verticales qui surgissent entre deux volutes. La face postérieure est lisse, et le savant M. Bortolotti ', auteur d’une dissertation sur ce monument, nous en a procuré la copie et l'histoire avec une libéralité dont nous ne saurions le remercier trop vivement. (PI. CLXXXI.)
Ce marbre est la partie centrale de l’ambon, mais il n’en est toutefois qu’un fragment; des entailles, qu’on observe sur les tranches latérales prouvent qu’il était joint à d’autres dalles. En reportant notre souvenir sur les ambons de Ravenne, nous voyons, en effet, qu’il devait avoir des ailes surmontant les colonnes d'appui.
Chaire à prêcher du Dôme de Modène, construite avec plusieurs fragments de l’ancien ambon (d’après un dessin de M. Messori).
Dans la chaire à prêcher du Dôme, on retrouve des pilastres tout à fait étrangers au xive siècle, et
qui portent dans les enroulements dont ils sont ornés un style identique à notre ambon : « A propos des pilastres de la chaire de notre Dôme, nous écrit M. Messori, qui a bien voulu aussi s’intéresser à notre relevé, je vous félicite de l’observation que vous avez faite. En effet, le travail ressemble absolument au marbre de l’archevêché. Ils ont même caractère, même matière et même grosseur, et on ne saurait douter qu’ils n’aient appartenu au même ambon. Je suis persuadé qu’il faut y voir les deux ailes latérales du pluteus ou les pilastres de départ des escaliers. On y voit aussi une bande de torsades qui a dû faire partie du même ensemble. »
La manière des feuilles sculptées qu’on observe sur cet ambon, le reporterait à une haute époque, mais le style des entrelacs tendrait à le faire descendre plus bas. Ces torsades, les volutes au-dessous des tiges, le rapprochent tout à fait de l’ambon d’Ancône qui est de la fin du vii° siècle. M. de Rossi, consulté par M. Bortolotti à cet égard, ne croit pas pouvoir descendre au-dessous de la première moitié du vme siècle.
M. Bortolotti nous signale un fragment de pluie us que le musée civique de Modène a cédé à la cathédrale et qu’on n’avait pas observé jusqu’ici. La partie de panneau intacte nous laisse supposer un dessin analogue au précédent, et les champs rappellent assez les entrelacs du ciborium de Porto. Nous datons ce marbre de la première moitié du vme siècle. (PL CLXXXIII.)
Remondini, dans son ouvrage sur saint Paulin, dit avoir vu à Noie un ambon qui portait le nom de l’évêque Lupenus, mort en 786.
HOC OPVS LVPENUS RENOVABIT
Ce pulpito se composait au xvm' siècle de morceaux disparates et de marbres antiques ; il s’élevait sur quatre colonnes d’un travail varié, deux pour chacun des côtés d’orient et d'occident et s’appuyait au mur. Il formait deux petits arcs de chaque côté et ne présentait qu’un arc sur la face principale tournée au nord. Les marbres composant ces arcs étaient pour la plupart profanes ; tel était l’état où Remondini vit cet ambon en 1747, mais il ajoute que quelques années auparavant, sa forme offrait la plus grande irrégularité, de sorte que sa description nous instruit fort peu, sur le monument primitif; il vaut
mieux chercher parmi les débris de l’ancienne basilique, où nous retrouvons quatre fragments de style identique qui peuvent en provenir. Le premier est un arc en marbre blanc de imj5 sur om 88. Dans les tympans on y voit un lion qui s’élance sur un bœuf, sculpture plate, archaïque, sans modelé, et qui nous parait bien se rapporter à l’époque carlovingienne. Sur le champ supérieur on lit : vam acciperk, dernier mot de la sentence qu’on lit aux Actes des
apôtres (20- 3 5) : Beatius est mctgis dctre quamaccipere
une torsade au bord, à gauche, semble indiquer l’angle du monument. (PL CLXXXIV.) Le second est aussi un arc à peu près semblable comme dimensions et qui paraît avoir eu une position plus en vue à cause de l’agneau qui se trouve au milieu sur un médaillon. Dans les tympans on remarque un aigle et un lion tenant des livres, symboles des évangélistes Jean et Marc. Une différence que nous devons noter est l’ornementation en raies de cœur de l’archivolte, qu’on ne retrouve pas au premier. Le troisième, déposé près de là, est un grand panneau de marbre de 2mjo de long et 1 moj de hauteur, composé de trois parties ; il présente au centre deux oiseaux affrontés sous un fronton et de côté, sous deux arcades avec coquilles, des dessins géométriques. (PL CCXXXI.) Le quatrième est scellé entre deux colonnes de cipolin et représente deux griffons buvant dans un calice au milieu des feuillages, il n’a que 1 ni95 *.
Ces quatre marbres se ressemblent pour les feuilles, le dessin accusé par de simples traits, par la platitude du relief, l’absence de modelé. (PL CCXXXI.)
A quelle destination autre qu’un ambon les arcs peuvent-ils avoir servi ? Trop étroits pour un ciborium, trop bas et surmontés d’une trop grande hauteur pour une confession, ils nous obligent de revenir à cette pensée.
Les panneaux eux-mêmes n’ont probablement pas servi de clôture de chœur, comme on peut le voir sur celui qui est debout et dont la partie postérieure est brute et destinée à être cachée. Nous sommes amené à leur donner le même emploi et à les faire entrer dans la composition de l’ambon que Remondini nous dit construit au vme siècle.
Nous pouvons, en cherchant à les réunir, supposer que les deux arcs qui nous restent formaient les pe-
1. Ces deux derniers ont été gravés dans notre collection de chancels.
VIIIe SIÈCLE. — VOGHENZA.
tits côtés de l’ambon et que les plus grands étaient composés de deux arcs pareils. En effet, si nous attribuons à ces derniers les mêmes dimensions qu’aux premiers, c’est-à-dire om8o pour la largeur des arcs et om2<) pour les naissances, nous égalons la largeur des grandes plaques de marbre précédemment décrites.
Le calcul relatif à l’inscription et au nombre de lettres, nous fournit le même résultat. La première partie de l’inscription Beatius est magis dare, donne vingt lettres et la seconde qui nous reste onze seulement ; on verra que le rapport entre 20 et 1 1 égale à peu près celui entre 2m^o et 1 m 3 5 . Nous supposerons l’ambon ouvert au-dessus de cet arc pour le passage de l’orateur qui accédait sans doute par un escalier mobile.
Chrodegand, neveu de Pépin et évêque de Metz en 742, fit ériger un ambon dans l’église de Saint- Pierre-le-Vieil ou de Haut-Moutier, orné d’or et d’argent. Ce travail doit peut-être se reporter à 75 5, époque où il introduisit quelques changements dans le chapitre de la cathédrale 1 : « Construxit etiam ambonem auro argentoque decoratam et arcus per gyrum throni ante ipsum altare. »
Saint Germain patriarche de Constantinople (-{-730) nous fournit au viiic siècle, pour l'Orient, une mention d’ambon. Après avoir dit que l’ambon représente la pierre qui était devant la porte du Saint-Sépulcre il ajoute : « Levez l’étendard sur une montagne ; mon- <( tez, vous qui annoncez l’Évangile à Sion et élevez « votre voix. »
Le réveil de l’art que l'époque carlovingienne détermine partout se manifeste dans la construction des ambons comme ailleurs.
L’église San-Martino de Rome possédait un ambon qui remontait au temps de Sergius (844) et à la restauration que fit ce pontife. Il se trouvait dans là grande nef le long des colonnes du côté de l’Évangile. On y lisait la mention du pape Sergius et du même côté ces deux vers :
SCANDITE CANTANTES DOMINO, DOMINOQUE LEGENTES, EX ALTO POPULIS VERVA SUPERNA SONENT