AIX-LA-CHAPELLE
Saint Matthieu :
Mathæe, progeniem Christi numerando priorem Ad Joseph ex Abraham legeris bene tendere normam.
Saint Marc :
Marie , leo fortis, fortem resonare videris,
Cerla resurgendi per quem spes venerat orbi.
Saint Luc :
Mugit adesse sacrum Lucas libaminis œsum Quod confixa cruci frixit resolutio mundi.
Saint Jean :
Mens typici solis radio perfusa Johannis,
Luce prius genitum de virgine nunliat ortum.
La surface cylindrique que nous décrivons porte, entre les panneaux, des champs ornés de forts filigranes et de nielles d’un brun foncé. Cette décoration est ancienne, excepté sur certaines parties, comme autour des évangélistes où les nielles sont imités par de la peinture à l’huile et du vernis en laque brun. Les filigranes sont entremêlés de pierres, les unes brutes, les autres polies.
Entre le demi-cylindre et les deux ailes de l’ambon s’élèvent aussi deux bandes verticales, garnies d’un quadrillé en nielles brun foncé.
La majestas Domini, dont nous avons parlé tout à l’heure, est en émail champ-levé, appliqué sur un ovale creux. A l’époque de Henri II, on ne savait pas exécuter un tel objet ; les gracieuses draperies et l’élégance de la figure trahissent un temps postérieur, peut-être le xn0 siècle. Cette observation nous ferait croire qu’une première restauration de l’ambon eut lieu vers ce temps, restauration heureuse et bien éloignée de celles des xvne et xvm° siècles, auxquelles on appliquerait mieux le nom de mutilations.
Sur les ailes sont appliqués des bas-reliefs d’ivoire qui ont tous à peu près les mêmes dimensions, soit om 30 sur om 12. (PI. CLXXXVIII.)
Comme exception, citons la figure (A) dont la hauteur égale om 26; la figure (C), large de om 14 et la figure (B) qui a om 24 sur om 125. L’égalité des dimensions semblerait faire croire qu’ils ont été façonnés dans une idée d’ensemble et peut-être pour l’ambon. A l’exception des deux sujets empruntés à la mythologie, le style, le faire des draperies reportent ces ouvrages au temps de la décadence romaine. D’après cela, on les croyait antiques et on fondait aussi cette
opinion sur la prédilection connue des artistes d’Aixla-Chapelle pour les travaux de l’art païen romain. M. le Dr Lersch et le professeur Weerth ont réfuté cette idée et prouvé par des comparaisons qu’ils appartenaient au moyen-âge primitif; nous souscrivons tout à fait à leur argumentation.
Voici la description de ces six ivoires en commençant par ceux du haut : Les ivoires A et B représentent saint Georges et saint Christophe, composés en style byzantin archaïque; ils offrent un beau caractère. Saint Georges, à cheval, terrasse avec sa lance une bête féroce que son lévrier vient d’atteindre, pendant qu’il se voit couronné par deux anges. M. Weerth croit que ce cavalier est saint Michel, mais l’archange n’est pas figuré à cheval et il combat un dragon ce qui n’est pas la caractéristique de ce bas-relief. Le bas-relief (B) rappelle la légende de saint Christophe qui traverse les eaux en portant un enfant sur son épaule ; un autre enfant est à ses pieds ; l’enfant pesant, celui qu’il porte, symbolise la divinité; le léger, au-dessous, rappelle l’humanité; on voit encore, représentés dans le bas, un chien et un oiseau, dont j’ignore la signification allégorique. Ces deux ivoires, peu différents de grandeur, offrent dans les côtés des trous, qui prouvent qu’ils étaient fixés par des clous, peut-être antérieurement à la restauration du xne siècle.
Le panneau (C) représente deux figures de femmes enlevées par des tritons-centaures au corps de poissons et aux pieds de chevaux. La figure supérieure plus grande que celle du dessous est évidemment celle à qui revient l’honneur de ce triomphe maritime ; elle porte une écharpe flottante sur sa tête et se trouve environnée de poissons, de dauphins et d'amours1.
Le bas-relief (D) qui fait pendant à celui (C) est également la représentation d’un mythe antique païen ; c’est la déesse Isis, dont le culte envahit l’empire romain vers le temps de sa décadence. Isis est reconnaissable par ses cheveux bouclés et par ses attributs, le navire et la corne d’abondance. Elle tient de la main droite le navire qui fit appeler le 5 mars, jour de sa fête, navigium Isidis. De sa gauche, elle porte une corne d’abondance sur laquelle est assis son fils Horus, qu’elle éleva pour venger son père Osiris tué par Typhon. Elle est vêtue d’une longue tunique ; à ses pieds on voit des serpents, un chien,