XII* SIÈCLE. — MILAN. — SAINT-AMBROISE
descendre jusqu’au xm' siècle, il y a trop loin de cette manière, lourde, empâtée, procédant par plans et sans modelé, au ciseau savant de Nicolas de Pise ; les quatre clous sont aussi une caractéristique du xne. D’autre part, on ne saurait remonter beaucoup au delà, car je ne pense pas que les vers léonins qu'on y lit aient été fort en usage avant ce temps. Le mélange des E droits et des E lunaires se rencontre souvent dans les inscriptions toscanes de cette époque.
A mesure que nous remontons vers le nord, nous voyons les formes de nos ambons devenir plus rudes, non moins à cause des matériaux employés que par suite du génie moins délicat de leurs metteurs en oeuvre. L’ambon de l’église Saint- Ambroise, à Milan, en est un des exemples le plus frappant. Il occupe une place dans la nef du côté de l’Évangile. Sa tribune est élevée sur un portique qui compte trois arcades sur la face et deux en retour. Les arcades sont portées par des colonnes variées de hauteur, de bases et de chapiteaux ; les unes sont octogonales, les autres cylindriques. On voit dans les chapiteaux des dauphins, des aigles, des lions. A l’angle, un personnage en forme d’Atlas porte sur ses épaules la corniche, composée de rinceaux et d’animaux fantastiques. Les archivoltes sont variées, les tympans n’offrent pas moins de variété. De chaque côté de l’arcade centrale, on voit le pélican entre deux griffons et la fuite en Égypte, ailleurs un ange, les ailes déployées, des animaux rampants, etc. Les arcades forment d’un côté deux petites voûtes d’arète, de l’autre elles sont fermées au fond par des panneaux demi circulaires, où sont sculptées différentes scènes bibliques ou symboliques. L’arbre du bien et du mal entre Adam et Éve, Adam condamné au travail, Ève sollicitée et vaincue par le serpent et deux figures volantes, deux paons buvant au même calice. (PI. CXCII.)
Ces marbres dominent un grand sarcophage chrétien du iv® siècle, qui sert de massif à tout l’ambon ; il représente sur ses deux côtés, le Seigneur enseignant les apôtres; assis sur la face principale, il est debout sur la face opposée et tient un rouleau déployé. Sur le retour, vers le chœur, on voit la tentation de nos premiers parents, Élie ravi au Ciel laissant son manteau à Élisée, Noé dans l’arche tendant la main à la colombe. Les deux frontons sont fort intéressants, l'un est orné d’une crèche, qui porte l'enfant Jésus
entre le bœuf et l’âne, l’autre du chrisme entre deux dragons. La hauteur du sarcophage n’égale pas l’imposte des arcades ; on a racheté cette différence en intercalant du côté de la nef un marbre antique qui représente l’histoire des Mages, de l’autre côté, un repas et divers enroulements.
La partie supérieure a perdu la plupart des ornements qu’elle devait avoir anciennement ; on ne voit plus au milieu qu’un personnage assis, en bronze, et audessus de sa tête, l’aigle destiné à soutenir le livre d’Évangile.
Sur la face qui regarde l’entrée, on lit cette inscription sur trois lignes :
4- GULL1ELMUS DE POMO SUPERSTES HUJUS ECCLESIE HOC OPUS MULTAQUE ALIA FIERI FEC1T
Il est bien certain que, dès l’antiquité, Saint-Ambroise dut avoir son ambon, mais celui-ci, d’après son style, ne paraît pas antérieur au xie ou xne siècle, peut-être même ne remonte-t-il pas au delà de 1 169, époque où l’archevêque Galdino reconstruisit une partie de l’église.
La coupole en s'écroulant avait causé la ruine du pulpito ; sous l’archevêque Filippo da Lampugnano (1 196-1206) on rechercha les marbres sous les décombres et on les déposa par mesure de sûreté dans la petite église de Saint-Satyre, où ils restèrent jusqu’à ce que les travaux de restauration eussent été achevés. Les témoins d’un procès cité par Giulini certifièrent leur identité; il est à croire que les bas-reliefs du haut manquaient et que l’on fut obligé de les remplacer par les simples dalles de marbre, sur l’une desquelles nous lisons l’inscription de Guglielmo da Pomo, surintendant de la basilique. Nous n’y trouvons pas il est vrai de date, mais nous savons par celle du procès de 1201 qu’il était déjà rétabli ; de plus Giulini a découvert dans une charte du xm° siècle que Guglielmo était encore surintendant en 1210.
M. de Dartein croit remarquer dans ce monument des parties plus anciennes que le xnc siècle, comme seraient le bas-relief représentant un festin, et les petits tympans circulaires au-dessus du sarcophage, il attribue même la construction, à l’aide de ces fragments, au xie siècle.
L’ambon figuré dans la mosaïque de la tribune qu’il est impossible de faire remonter au delà du xne siècle, rappelle peu fidèlement ce monument, quoi-
AMBONS
qu’on y voie encore trois arcades. Nous l’avons néanmoins dessiné comme un monument curieux de l’usage qu’on faisait alors de ces tribunes (PI. CLXXXXI.)
M. l’abbé Balestra, archéologue distingué de Côme, nous a signalé un ambon du xi* ou xiic siècle peu connu, quoiqu’il mérite de l’être; il se trouve dans une petite ville des environs de Bergame, à Santa-Maria-di-Villa. Soutenu pardeux colonnes, il est orné comme la plupart des ambons de cette époque des symboles évangéliques ; on voit à gauche le lion, à droite le bœuf et au centre l’ange de saint Matthieu et l’aigle de saint Jean. A droite, près de l’escalier qui mène à cette tribune, un pupitre est disposé pour placer l’évangéliaire.
Nous avons dessiné à Milan, à Sainte-Marie-de- Beltrade, un bas-relief ayant une certaine analogie avec l’ambon précédent ; il est maintenant scellé dans le mur de l’église. Si ce n’était son peu de hauteur, je ne douterais pas qu’il n’eût servi au même usage.
Nous croyons pouvoir classer ici l’ambon 1 2 de Madonna-del-Castello ; c’est un des spécimens le mieux conservés et le plus curieux de ce genre de monument ; sa situation dans un bas-côté, contre le mur d’enceinte, serait extraordinaire dans une église de plus grandes dimensions. Deux tablettes de marbre appuyées sur le parapet servent aux lectures de l’Épitre et de l’Évangile. Les symboles des évangélistes ornent le devant de l’ambon. Ils sont disposés dans l’ordre habituel : au milieu, l’aigle avec l’ange (ce dernier en dessous) et des deux côtés le bœuf et