‹ La messe (volume 2)Chapitre 70 sur 245 · Migne, t. CLXXXVI, p · texte numérisé non relu

Migne, t. CLXXXVI, p

XII' SIÈCLE. — SAINT-DENIS. — WECHSELBOU RG.

grande justesse de son appréciation : « nostris temporibus irreparabili sculptura. » On ne se faisait pas faute d’insérer dans des meubles chrétiens, des sujets païens, la chaire de Saint-Pierre et au moyen-âge les bas-reliefs d’Aix-la-Chapelle, nous le montrent assez; il est donc possible que les histoires dont parle l’illustre abbé fussent des images païennes; en tout cas, elles ne devaient pas être beaucoup postérieures à saint Éloi. Nous avons à Ravenne une chaire épiscopale du vie siècle, toute composée de panneaux d’ivoire de cette sorte. Disloqués parle temps, les ivoires avaient été recueillis et ensevelis dans les armoires abbatiales, où ils pourrissaient et où l’œil du vigilant administrateur vint les découvrir pour les en arracher. Les nouveaux ouvriers refirent les champs, les encadrèrent sans doute dans des frises de cabochons à la mode du temps, et dans la partie de droite, placèrent le groupe des animaux évangéliques en cuivre, audessus desquels on avait alors coutume de placer le pupitre : « Dextraque parte restilutis animalibus cupreis. » Ce groupe ne faisait pas partie de la restauration de l’antique ambon, car je ne me souviens pas sur nos plus vieux monuments d’en avoir vu aucune trace, tandis que ceux du xii° siècle en étaient généralement pourvus. C’est dans cet ambon que l’on faisait, comme à Constantinople, l’ostension des grandes reliques.

D. Doublet a eu le bonheur de voir ce monument qui existait encore mais ruiné par les protestants : « A l’entrée du choeur, dit-il, est le jubé, où les festes solennelles et autres on chante le sainct Évangile, lequel estoit anciennement tout couvert et revêtu de tables d’yvoire à personnages entremêlés d’animaux de cuivre que l’abbé Suggéré avait fait approprier et accommoder, que lesdits Huguenots ruinèrent1. >.

Autrefois, à Saint-Denis, en France, l’abbé faisait un sermon au peuple, dans le jubé, le Jeudi-Saint avant l’absoute. Cela est positivement marqué dans l’ordinaire de cette célèbre abbaye : « Abbas debet se <i preparare et socii sui et absolutionem facere populo « in lectorio, et deferantur ibi clavus et corona Dom- « mini et brachium S. Symeonis et crux et thuribulum « ac candelabra. Ante absolutionem faciat Dominus « abbas sermonem ad populum. »

On prêchait du haut du jubé de la cathédrale de Rouen, le jour de la fête de saint Sever.

i. D. Doublet, Hist. de l’abbaye de Saint-Denys, 1625, p. 286.

Saint-Étienne de Toulouse conservait la vieille chaire dans laquelle, selon une tradition, auraient prêché saint Bernard et saint Dominique ; elle était en bois, de forme octogone, et chacun de ses panneaux se terminait par une ogive dont l’intérieur était quadrillé. Sans doute, les panneaux avaient été décorés jadis de figures de saints ; cependant à l’époque de la Révolution elles n’existaient plus. Le garde-main, orné d’un dessin quadrillé, reposait sur la pointe de ces ogives. Depuis longtemps on avait proposé de remplacer ce précieux débris de l’antiquité dont la simplicité contrastait avec la richesse des ornements qui l’environnaient. Mais le chapitre avait rejeté cette idée par respect pour les souvenirs qu’il rappelait ; seulement, aux jours de cérémonies, il le faisait envelopper de magnifiques tapis '.

En dehors de l’Italie, nous retrouvons peu d’ambons encore debout ; celui du couvent de Zschillen à Wechselbourg est un des rares exemples que nous puissions citer. Le plan en est carré, mais les angles sont coupés dans la partie supérieure. Les parapets sont ornés de bas-reliefs; au milieu, le Sauveur est dans sa gloire entre Marie et saint Jean figurés sur les pans coupés ; à droite, le sacrifice d’ Abraham; à gauche, le serpent d’airain ; deux colonnes en avant servent de soubassement ; on parvient à la tribune par un escalier disposé par derrière. Dans le tympan des arcades du bas, on voit Abel offrant son agneau, et Caïn sa gerbe qui est repoussée. M. Forster, en publiant ce monument, y constate beaucoup d’intelligence dans les mouvements, d’originalité dans les têtes, de variété dans les plis et d’entente dans le jet des draperies. Cet ambon a 3m45 de hauteur sur 3m2i de large. L’église du couvent de Zschillen fut fondée en 1 1 8 1 , par le comte Dedon IV, de la maison de Wettin et inaugurée par le prieur Everard. La composition de l’ambon, sa liaison avec les piliers et son style autorisent à le reporter à 1 origine de 1 église. C’est un monument d’Allemagne, unique dans son genre 2.

Rupert, abbé de Tuitz, près Cologne, signale l’existence d’un ambon. Hugues de Saint-Victor (1142) écrit dans le Miroir de l'Église : « On monte

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