‹ La messe (volume 2)Chapitre 73 sur 245 · XIII* SIÈCLE. — DOME DE MODÈNE · texte numérisé non relu

XIII* SIÈCLE. — DOME DE MODÈNE

ainsi : « Fu pure affidato al medesimo M° Angelo il « ripulimento del tabernacolo del corpo de Cristo in « coro che era tutto afumato.... del cielo delà trofîna « (ciborium) del altare grando (sic) depinto all’antiga « (sic) acio ch’el se veda queli santi antiqui.... et « etiam del e figure di marmore del pontile che sarà « bêla cosa da vedere. »

Ailleurs Lancelloto à propos de l’entrée du cardinal Morone, nommé évêque de Modène, nous explique ce mot ponlile : « Vene in el loco dove li cantori in suxo « il pontillo dove se canta l’Evangelio '. »

Ces textes, indépendamment d’une tradition encore vivante à Modène, établissent bien clairement que nos bas-reliefs faisaient partie de l’ambon.

Essayons, ces éléments en main, d’opérer leur reconstitution. Prenons d'abord le marbre le plus important, celui de la Cène, lequel par sa composition devait fournir un motif central, et comme il est taillé dans le même morceau que celui du baiser de Judas, il suppose à gauche le lavement des pieds inséparable de la Cène. Voici donc une étendue de 5 m 3 8 de basreliefs qui nous donne le minimum de la longueur de l’ambon. J’ai d’abord tenté de le mettre dans l’axe de l’église et dans le sens de la largeur, mais il aurait fallu supposer un bas-relief en retour que nous n’avons pas. L’entrée à Jérusalem aurait eu ainsi une place indigne d’un triomphe ; je ne crois pas d’ailleurs qu’on trouve facilement dans l’histoire liturgique l’exemple d’un ambon avançant ainsi dans la nef, nous en sommes donc revenu aux avis de M. Messori qui le place, comme on le verra sur notre gravure, (pl. CCVI) à droite du chœur. Son aspect satisfait parfaitement l’idée exprimée par le Pontillo de Lancellotto et la suite des bas-reliefs satisfait à la fois la symétrie et l’ordre chronologique des images. D’après ces diverses exigences nous devons supposer une sorte de caisse carrée, dont la longueur de 5 m 3 8 est déterminée, ainsi qu’il a été dit, et la largeur par celle du marbre de la Flagellation. Cette caisse était portée à une extrémité par le sol du chœur, à l’autre par les colonnettes sus-mentionnées.

Surle retour de l’ambon, le bas-relief du Portement de croix continuait la série des sujets ; il s’accorde pour la hauteur avec les précédents, mais il s’arrondit au bout, ce qui fait croire, s’il lui appartenait, que la troisième face du monument avait une partie circulaire à l’usage du lecteur. Ne nous étonnons pas de

1. Caltedrale di Modem, sui restauri da G. Messori Roncaglia, Modène, 1878, p. 14.

la grande dimension de l’édicule; à cette époque le diacre y était suivi de plusieurs clercs et de plus c’était une chantrerie.

Un autre ambon se trouvait du côté opposé, mais d’une forme différente circulaire 1 et plus restreinte. Il portait plusieurs bas-reliefs, l’un représentant le Sauveur avec l’Évangileà la main, deux autres, quatre évangélistes, comme ceux de Grado, de Bologne, etc., un autre les disciples dormant dans le Jardin des Oliviers a.

Il est possible que le fragment représentant le Portement de croix fasse plutôt partie de cet ambon que du premier ; sa partie courbe en rendrait l’hypothèse plus probable.

Dôme de Modène. — Main-courante de l’escalier qui conduit au chœur.

Nous avons rétabli entre les deux ambons l’escalier avec la main-courante ancienne qu’on voit dans la neflatérale. Vedriani raconte que, vers 1600, l’évêque Silingardi supprima l’escalier du milieu de la grande nef et y substitua une balustrade transversale en marbre ; il ne peut donc y avoir doute à cet égard.

Il est fort probable que le Dôme de Modène subit de grandes modifications pendant le xm' siècle ; selon Silingardi, Arrigo de Campione travaillait au vestibule en 1 209 ; j’attribuerais d'après leur style nos basreliefs à la même époque qui est celle de l’ambon de

1. Le diamètre du cercle auquel il aurait appartenu égalerait environ 2m 30.

2. Il faut tenir compte de quatre autres pierres scellées dans la muraille du Dôme, qui faisaient certainement partie de l’ambon comme le prouve la conformité de leurs dimensions.

AMBONS

Volterra où nous trouvons une cuve semblable à celle que nous avons décrite tout à l’heure. Je ne sais sur la foi de quel document Hemans attribue ces bas-reliefs à Anselmo de Campione (1244), mais je crois pouvoir affirmer qu’ils remontent au moins à la première moitié du xm° siècle.

La chaire de Arrigo de Campione construite au milieu de la nef, en 1322, était sans doute destinée seulement à la prédication. Elle offre dans son escalier des fragments de marbre beaucoup plus anciens qui se rattachaient, comme on l’a dit, à l’ambon du vu' siècle.

M. Messori me fait observer qu’il ne faut pas confondre le premier Arrigo qui sculpta en 1209 les ambons, le maître-autel et le portail avec le second qui construisit, en 1 322, la chaire de la nef; cinq générations de Campione ont travaillé au Dôme *.

Au-dessous d’une petite porte du Dôme de Vérone on voit encore un cylindre sculpté qui a dû appartenir à l’ancien ambon de l’église ; il est d’un genre différent des ambons romains par les détails et son bas-relief appartient plutôt au style toscan. Il représente l’Annonciation de la Sainte-Vierge. Le Dôme de Vérone fut fondé à la fin du xne siècle, mais je crois cet ouvrage notablement plus moderne. (PI. CCVII.) — Nous en avons pris nous-mème un premier dessin qui a été depuis complété par celui que Mgr Giuliari a eu la bonté de nous envoyer.

En entrant en Toscane, disons tout de suite quelques mots de l’ ambon de San-Miniato, qui présente un style particulier et différent de ceux que nous décrirons ensuite. Le chœur de l’église est élevé audessus d’une crypte et comprend la tribune et la première travée de la nef. Au-dessus de la colonne demi engagée qui supporte l'arc-doubleau de cette travée, s’étend un chancel interrompu par deux escaliers latéraux, mais qui traverse entièrement l’église. Audessus de ce chancel richement orné de marqueterie de marbre et de sculpture s’élève l’ambon construit dans le même style. Appuyé d’un côté sur ce mur du chancel et de l’autre sur deux colonnettes de marbre, cet ambon domine tout le chœur. Les champs qui l’encadrent sont en marbre de couleur, les fonds des panneaux tapissés d’une gracieuse marqueterie de marbre, s’harmonisent heureusement avec les mou-

1. Messori, Cattedrale di Modem, sui restauri brobosti. Modène, 1878.

lures ornées de cadres ou de rosaces qui soulèvent délicatement leurs feuilles au centre. La richesse égale la variété du travail. L’aigle qui soutient l’évangéliaire est monté sur une figure humaine portée elle-même par un lion '. (PI. CCXII.)

Il est impossible d’attribuer cette élégante clôture et son ambon à l’origine de l’église qui conserve le rude et mâle caractère du xie siècle, je n’oserais même le reporter jusqu’aux travaux du commencement du xiii0 ; je pense qu’il faut descendre à la fin de ce siècle, époque où les mosaïques de la tribune furent refaites. Le style de ce monument rappelle singulièrement celui de la cuve baptismale de Pise exécutée par Lino. Nous insistons sur son importance, parce qu’il doit reproduire la forme d’ambons plus anciens; une vieille miniature de Pise nous présente un ambon disposé de la même manière (p. 37) ; une fresque d’Assise (pl. XX) nous montre à cette époque un ambon élevé ainsi au-dessus des chancels et accessible seulement du côté du chœur.

L’auteur du pulpito de Volterra nous semble compter aussi parmi les prédécesseurs de Nicolas. Voici la description qu’en a faite l’archiprêtre G. Leoncini, dans son Illustra^ione délia cattedrale :

« Cet ambon de forme rectangulaire et tout en marbre est soutenu par quatre colonnettes, deux en granit vert et une en granit rouge de l’Elbe ; les colonnes de la partie antérieure reposent sur des lions ; l’un de ces lions terrasse un bélier, l’autre une figure humaine. Les colonnes de derrière, elles aussi, s’élèvent sur des animaux, sur un veau et sur une bête fantastique qui a des membres humains. Les chapiteaux de la partie antérieure présentent des têtes sculptées dans les angles, ceux par derrière ont seulement des feuillages. Le parapet de l’ambon est orné d’une belle corniche et de marqueterie de marbres blancs et noirs ; il porte en avant un bas-relief représentant le Sauveur à la table du pharisien et consolant la pécheresse ; près de cette femme agenouillée, on aperçoit le tentateur sous la forme d un reptile. Derrière la table sont assis les apôtres qui

1. Nous donnons notre dessin d’après le relevé que nous avons trouvé dans l'album de mon grand-père.

Gaillabaud, Mon. anciens et modernes.

M. A. Lenormand en a fait un relevé très-complet et trèssoigné.

M. Garnier l’a restauré aussi en 1850, nous avons des calques de son dessin à la bibliothèque de 1 école des Beaux- Arts.

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