‹ La messe (volume 2)Chapitre 74 sur 245 · XIII» SIÈCLE. — VOLTERRA. — SAN-BARTOLOMEO DE PISTOJA · texte numérisé non relu

XIII» SIÈCLE. — VOLTERRA. — SAN-BARTOLOMEO DE PISTOJA

ont au-dessus de leur tête, leur nom écrit en caractères demi-gothiques. Sur le flanc de l’ambon tourné vers l’entrée on voit cinq figures : les deux voisines de l’angle, à droite, expriment le mystère de l’Annonciation, l’ange Gabriel et la Vierge Marie ; les trois autres, Marie, Zacharie et Élisabeth ont trait à la Visitation. Chaque personnage est désigné par son nom gravé au-dessus. Sur la partie postérieure de l’ambon le sculpteur a figuré le sacrifice d’ Abraham; le patriarche est accompagné d’Isaac, de l’ange, de quelques serviteurs, d’une jument et du bélier qui se cache derrière les larges feuilles d’un arbuste.

« Les érudits reconnaissent dans le travail de cet ambon le caractère du xme siècle. Ce monument fut restauré en 1^84 par le florentin Francesco Ferrazzi et, à la même époque, on y construisit le petit escalier qu’on voit maintenant. Le sculpteur Jacopo Paolini di Castelfiorentino est l’auteur du crucifix de bois et du bras de saint François qui le soutient.

« Ce pulpito fut rendu célèbre par les prédications qu’y firent, en 1424, saint Bernardin de Sienne et, en 1723, saint Léonard de Port-Maurice. »

Le Dôme de Volterra consacré en 1121 par Calixte 1 1 fut agrandi en 1254 par Nicolas de Pise : l’ambon, selon nous, ne peut se rattacher à ces deux dates ; il nous parait de la fin du xne où du commencement du xiii0 siècle; sa ressemblance avec les sculptures de celui de Modène doivent l’en rapprocher chronologiquement ; si le style des figures, des inscriptions ne nous permet pas de remonter dans le xne, il n’est pas moins éloigné de la manière souple et savante de Nicolas; nous sommes ici encore sous l’influence de l'école primitive des sculpteurs toscans. (PI. CCIX.)

Voici un autre monument antérieur à la fameuse chaire de Pise : le pulpito de San-Bartolomeo de Pistoja en marbre blanc est orné de huit basreliefs, six sur la face principale et deux en retour, nous notons leurs sujets et les inscriptions qu’a relevées Mgr Barbier de Montault: i° la délivrance des âmes que le Sauveur fait sortir des limbes, tenant, selon la tradition iconographique, la croix de la main gauche et tendant la droite aux affligés '; 20 la rencontre des pèlerins d’Emmaüs 2, leur entrée dans

1. Les sujets sont accompagnés de ces légendes, d’après Mgr Barbier de Montault :

Inférai portis stratis cum principe mortis portavit hic quæ ipse Deus creavit.

2. Iste peregrinus peram portât dorso ligatus missus divinus Ihesus est de Virgine natus.

1 hôtellerie avec Jésus-Christ ; 30 l’apparition aux disciples ' ; 40 l’incrédulité de saint Thomas 2 ; 3° la nativité du Christ: la Sainte-Vierge étendue près de la crèche, le lavabo, saint Joseph, dans le haut, au-dessus de la montagne, un ange les ailes étendues; 6° la Présentation : le grand-prêtre recevant l’enfant audessus de l’autel où est placé le calice, saint Joseph avec les tourterelles, Anne avec son rouleau ; 70 sur la face latérale, l’Annonciation; 8° l’Adoration des Mages. Des légendes placées sous les sujets en donnent l’explication.

Nous ferons observer que l’ordre chronologique en est interverti par la restauration moderne et qu’il y aurait lieu de le rétablir dans la distribution des bas-reliefs. Deux pupitres sont placés aux angles, celui de l’Évangile est soutenu par un aigle, et les trois autres symboles évangéliques qui surmontent une tète de Lucifer. Le pupitre de l’Épître est supporté par trois écrivains sacrés qui tiennent leurs livres; on voit encore les traces des arabesques incrustées près des figures. (PI. CCXI.)

Ce coffre de marbre ainsi décoré repose sur trois colonnes. La première à droite se dresse sur le dos d’un lion, lequel tient entre ses pattes un basilic qui cherche à le mordre à la gorge; celle de gauche repose sur le dos d’une lionne qui allaite son petit, image de la parole divine qui châtie les méchants et nourrit les fidèles. La colonne du milieu, en marbre blanc veiné de Sarravezza, est placée sur un homme assis.

Cet ambon, dont les éléments nous ont été tous conservés, n’a pu garder intacte sa disposition primitive; le xvie siècle est venu y apporter des remaniements fâcheux dont le souvenir nous est conservé sur les nouveaux linteaux qu’on y plaça alors : « Venustati Ecclesiœ cantuique organum ac suggestion auxit, decoravil, transtulit numeror. modulationem callenlissimus Alexander a Ripa mediolanus abbas 1591.

Cet abbé Alexandre, s’il faut en croire l’inscription, était versé dans l’art musical, mais la restauration qu’il fit subir à l’ambon nous donne médiocre estime pour son goût en architecture; les pilastres qu’il intercala entre les bas-reliefs, les lourds tailloirs qu’il imposa aux chapiteaux, le désordre jeté dans les sujets sculptés, la négligence presque brutale avec

1 . Pandit hic ante conspectu discipulorum Thoma distante qui nulli crédit eorum.

2. Discipulis edit se XS et omnia crédit Thomas eum tangit quibus os errantibus angit.

laquelle les fragments furent employés nous prouvent manifestement sa médiocrité en fait d’art.

Nous avons cherché sous la barbarie de ces retouches, l’état primitif de l’édicule. Les deux groupes d’angles et la petite tête du lion oubliée au milieu de la moulure d’appui, les quatre rangs de bas-reliefs, enfin les trois colonnes parfaitement homogènes, m’avaient laissé croire d’abord que nous étions devant une chaire pentagonale, dont un des côtés aurait été appuyé au mur, mais en examinant attentivement, je me suis aperçu que l’ancienne architrave sous les bas-reliefs était bien continue et que ses fragments n’avaient jamais été séparés par des angles. La suite des feuilles est sans interruption, excepté dans le tronçon à gauche, ce qui nous donne une longueur minima de 2 m 80 (il faut compter à droite jusqu’au bout du marbre, quoique les feuilles en aient été effacées par le dressement de la moulure). La largeur des bas-reliefs étant de om82, soit 2m 46, il nous reste o ”40 à donner aux champs qui les séparaient. Le mot auxit de l’inscription d’Alexandre n’est pas une difficulté, parce que cet accroissement peut bien avoir trait à l’exhaussement du pulpito sur de nouveaux piédestaux. Les deux bas-reliefs latéraux et l’escalier formaient les deux côtés de retour. On voit donc que l’aspect général de l’ambon n’a pas été sensiblement modifié. Nous nous sommes contenté de diminuer la hauteur des linteaux et de disposer entre les panneaux des champs incrustés de rinceaux.

Ce monument est d’autant plus précieux pour nous qu’il est signé et daté, en effet, on lit sous les basreliefs d’Emmaüs cette inscription en caractères gothiques que Tigri rapporte ainsi :

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