‹ La messe (volume 2)Chapitre 78 sur 245 · XIII' SIÈCLE. — DOME DE SIENNE. — PISTOJA · texte numérisé non relu

XIII' SIÈCLE. — DOME DE SIENNE. — PISTOJA

5° Puis s’ouvre la cinquième scène, celle où les ennemis du Sauveur assouvissent enfin leur haine en le faisant crucifier. Le thème n’offre rien de nouveau dans son expression. Le divin Crucifié la partage en deux, à sa droite l’artiste a rangé les amis de Jésus : saint Jean qui pleure, la Sainte-Vierge qui s’évanouit, la Madeleine offrant la cassolette de ses parfums; à sa gauche : les bourreaux et les soldats; au pied de la croix les rochers du Calvaire et le crâne d’Adam sur lequel coule le sang du Rédempteur.

6°-7° Nous avons dit que cette suite de bas-reliefs formait comme les pages d’un poème; l’histoire de notre rédemption est achevée sur la terre, en voici la conclusion et la sanction de la loi dans le sixième et le septième bas-reliefs qui représentent le Jugement dernier. Le Sauveur figuré sur l’angle avec les bons à droite, les méchants à gauche, est assis sur un trône au-dessus de deux anges qui tiennent les instruments de la Passion comme les pièces de conviction de ce procès suprême. Un ordre parfait règne dans les rangs des élus, ordre matériel qui retrace fort justement la paix dont ils jouissent et que l’éternité leur promet. Les visages sont presque tous d'une grande beauté; des moines, des évêques, des rois s’y pressent en regardant le Christ dont la vue forme leur félicité. De l’autre côté, le trouble moral est rendu par le mouvement désordonné des personnages. Cicognara s’étend longuement et avec admiration sur ce tableau qui renferme, il est vrai, de notables beautés, mais on y voit semés des traits bizarres qui déshonorent trop souvent les œuvres du moyen-âge. La figure de Satan est indigne de Nicolas et de l’admirable monument que nous décrivons.

Nous n’avons pas à rechercher l’âge de cette chaire; l’acte entre Melano operajo du Dôme et l’illustre sculpteur, pour sa construction, fut passé le 5 octobre 1 266, et commence en ces termes : « Au « nom du Seigneur, ainsi soit-il. Que tous ceux qui « liront cet acte sachent clairement que Niccolô, « maître de pierre, habitant la paroisse de San- « Blasio-de-Ponte à Pise, fils de Pietro, s’est en- « gagé par promesse avec Melano, frère convers du « monastère de San-Galgano de l’ordre cistercien, « operajo de Sainte-Marie-Majeure-de-Sienne, agis- « sant au nom de l’œuvre par procuration, à son lieu « et place, d’ici aux kalendes de novembre pro- « chaînes, à livrer au frère Melano pour la susdite « œuvre, à son successeur ou délégué dans Pise,

« aux frais de maître Niccolô lui-même, les pierres « de marbre de Carrare ci-dessous désignées. »

On a longtemps cru sans conteste que Nicolas de Pise appartenait à la ville que la postérité a si intimement unie à son nom; certains documents découverts récemment ont porté quelques doutes sur la question, on a retrouvé dans les archives de Saint- Jacques de Pistoja un Nicolas désigné en 1273 : Mag. Nichole quondam Pétri de Senis, sci Blasii Pisanis, et ailleurs : Nicolaus quondam Pétri de Apulià. M. Salazaro a saisi ce dernier texte pour revendiquer l’illustre sculpteur comme un enfant du royaume de Naples; on peut lui répondre qu’il n’était pas ordinaire au moyen-âge de désigner les artistes par les noms de provinces, mais plutôt par des noms de villes, et que pour chercher un pays nommé Apulia, nous ne sommes pas obligé de sortir de Toscane : deux villes nommées Apulia ou Puglia sont situées l’une dans les environs de Lucques, l’autre près d’Arezzo *.

L’ordre chronologique nous conduit devant un ambon de Pistoja, construit dans l’église San-Giovanni-Fuorcivitas. (PL CCX.)Cettechaire est carrée, elle s’appuie contre la muraille et repose sur deux consoles appliquées au mur et sur deux colonnes isolées.

Voici les dimensions que nous avons prises nousmême :

Hauteur du parapet jusqu’au chapiteau, 11» 32; hauteur du chapiteau au sol, 2m 70, de laquelle on doit déduire le piédestal moderne des lions de o® 50 ; diamètre des colonnes, om 22; distance des colonnes d’axe en axe, 2m ; distance de l'axe des colonnes à la muraille, im 70. Les colonnes sont en marbre rouge, les sculptures en marbre blanc; les colonnes reposent sur le dos de lions dévorants. L’un des chapiteaux porte seize petits oiseaux becquetant les feuilles des volutes; l’autre ne présente que des feuilles d’acanthe. Sur l’une des consoles, un homme barbu, accroupi, tient un livre ouvert, sur 1 autre un homme tient simplement les mains sur les genoux. On remarquera que la chaire a été exhaussée de om ;o à om 60.

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