Bull, d'arcb., 1870, p
dans un angle du sanctuaire sous l’archevêque Valerius (807-Î-822). (PI. XCVI.) Cet édicule est fort connu, mais ce qu’on semble avoir ignoré jusqu’ici c’est que ses marbres travaillés au ixe siècle, l’avaient déjà été par de plus anciens ouvriers; j’ai pu, en glissant mon bras entre le mur et le tympan qui est contigu, estamper la partie inférieure d’un bas-relief absolument semblable à ceux de Saint-Clément ornés de monogrammes; on y voit le bas de la croix, le ruban déroulé de la même façon et le gland en forme de feuille qui le termine. Voici donc un marbre façonné au ixe siècle sur un de ses côtés, qui l’avait été sur l’autre à une époque fort antérieure. Cette observation fait tomber l’hypothèse de l’époque carlovingienne et l’attribution de nos clôtures à Jean V 1 1 1 ; il prouve davantage encore puisque l’église de Classe construite au vie siècle devait avoir déjà ses chancels, auxquels convient la hauteur du marbre (om 95 ) ; il nous fait remonter à la fondation de cette église ( 5 3 5f5 38), c'est-à-dire, précisément à l’érection du ciborium de Saint-Clément (51 q-f 523). Nous rappelerons encore plusieurs chancels de Saint-Marc de Venise, semblables à ceux-ci, et qui par d’autres traits nous rapprochent des monuments du vie siècle, mais le marbre de Classe nous paraît trancher la question d’une façon décisive; nous avons présenté l’argument à M. de Rossi qui en a été touché.
Église primitive de Saint-Clément. — État actuel. — En 1859, le P. Mullooly commença des fouilles sous l’église actuelle qui lui valurent la découverte de l’antique basilique, celle dont parle saint Jérôme et dont les fondations sont antiques. Cette basilique a le plan primordial, trois nefs séparées par des rangées de colonnes; à droite huit colonnes de divers marbres, dont une de vert antique, une autre de brèche ont servi de fondement au mur extérieur de la basilique supérieure. Nous nous bornerons à décrire la partie du choeur qui seule nous intéresse dans l'étude présente. (PL CCXVIII.)
En prenant pour point de départ du côté de l’Évangile la colonne B aujourd’hui engagée dans le mur, nous mesurons 3“ 95 depuis cette colonne jusqu’à celle marquée A dans notre plan. Au droit de cette dernière, on remarque dans la petite nef un fragment de muraille épaisse de om 60 et qui offre du côté de l’abside un écartement d’une certaine étendue. Ce mur se prolonge jusqu’à un rectangle de im 28 sur 3“ 22 que l’on regarde comme le tom-
CHANCELS.
beau de saint Cyrille (?) Ces constructions de briques ne dépassent pas en hauteur om 50 ou om 60. Au delà du tombeau de saint Cyrille un banc longe le mur extérieur de la basilique.
Revenant dans la nef centrale, nous observons à 2m de la colonne A un mur peu élevé, large de om 45. Sur le devant il est en arrachement et, chose singulière, il coupe une marche qui date peutêtre d'une époque plus ancienne que les divisions du chœur. Enfin à de l’axe des colonnes on remarque une vaste area qui n’a pas moins de 6m de large et qui descend dans la grande nef, à plus de 13“* de la colonne A; nous ne pouvons douter que cet espace ne soit l’antique schola-cantorum, presqu’aussi nettement dessinée qu’on le voit encore à Sainte-Marie-in- Cosmedin, où l’enceinte est dépouillée de ses clôtures.
A i6m des colonnes de gauche, nous trouvons la rangée opposée et la seconde nef latérale. La colonne C du plan correspond à la colonne B et nous servira également de point de départ. A om 90 de son axe deux marches (om 21 de hauteur sur om 39 de giron) montent à un terre-plein où subsistent des débris de constructions. C’est d’abord une cloison de briques de o,n 17 d’épaisseur, d’environ 4™ 50 de long et dont l’extrémité n’est séparée des susdites marches que de om 55. Nous devrons évidemment supposer le chancel dans l’entre-colonnement.
A droite, le long du mur extérieur de la basilique, on observe deux fragments de murs, l’un de om 40, l’autre de om 32. Au delà, le mur de la basilique a gardé quelques traces de peintures.
Au fond de la petite nef est un escalier qui descend aux souterrains, et qui s’échappe sous un édicule dont j’ignore l'ancienne destination ; c’est un réduit garni intérieurement d’un banc de om 33 sur om 55. Peut-être était-ce un tombeau.
Restauration. — Telles sont, pour reconstituer l’ancien chœur, les bases sur lesquelles nous devons essayer maintenant d’élever les marbres que nous avons étudiés dans la basilique supérieure.
Répondons d’abord à l’objection qu’on pourrait nous faire en doutant que les chancels actuels aient servi à l’ancienne église; à priori la chose semble certaine, mais elle ne saurait soulever de discussion puisque parmi les débris que le P. Mullooly a si soigneusement recueillis dans ses fouilles on a retrou" vé un fragment de marbre portant un losange absolument semblable à ceux du haut; cette identité de
forme établit clairement ici l’identité de provenance. Lorsqu’on abandonna la basilique inférieure, on ne voulut pas renoncer entièrement au riche mobilier de marbre dont elle était pourvue et on transporta dans le haut les parties qui s’y adaptaient. (PI. CCXVIII.)
On verra par la concordance suivante des mesures que non-seulement cette translation eut lieu, mais qu’en l’accomplissant, les ouvriers du xiP siècle respectèrent le plus possible dans la nouvelle place le souvenir de l’ancienne.
La schola-cantorum était un peu plus large dans la basilique antique qu’elle n’est aujourd’hui ; cette circonstance ne nous empêche pas de maintenir à leur place les deux panneaux qui accompagnent la belle porte, car en les examinant de près, on s’aperçoit que les marbriers du xme siècle les ont coupés chacun dans leur longueur de ora 20 et, de plus, ils ont probablement réduit aussi la grosseur des pilastres de om 29 à O” 23. En tenant compte de ces réductions on retrouve la même largeur pour la porte et la différence de largeur entre l’ancienne et la nouvelle enceinte. On y trouve de plus un argument en faveur de la similitude de situation des marbres.
A l’autre extrémité où s’ouvre la porte sainte, les constructeurs de la nouvelle basilique ont replacé les • panneaux dans un désordre qui frappe les yeux; ainsi les pilastres de la schola et du second chancel ne se correspondent pas, de sorte que pour fermer les portes latérales on a été obligé d’entailler le milieu d’un panneau ; ce vice de construction n’est pas supposable chez des ouvriers aussi habiles que les auteurs de ces clôtures. Nous avons rétabli le vis-à-vis des pilastres pour la basilique inférieure, ce qui n'a pas empêché nos panneaux de trouver leur place dans cette partie du chancel. De chaque côté de la porte sainte sont érigées deux transennes du meilleur travail, comme on l’a dit plus haut; il était convenable que les plus belles sculptures fussent employées dans l’endroit le plus en vue et le plus vénéré et que leur ajour mît une sorte de communication entre la schola et la confession. Nous avons donc cherché si nous ne retrouverions pas les panneaux qui complétaient cette face de l’enceinte; la seule transenne qui subsiste, sans compter les deux précédentes, se voit aujourd’hui au coude du chancel dans la nef de l’Évangile. Sa largeur convient à la place et nous donne pour la porte sainte la même dimension que pour celle d’entrée. Le panneau qui lui faisait pendant est malheureusement perdu.