‹ La messe (volume 3)Chapitre 100 sur 341 · P. Lambilotte, Antiph. de saint Grégoire. Bruxelles · texte numérisé non relu

P. Lambilotte, Antiph. de saint Grégoire. Bruxelles

MESSE

LIVRES LITURGIQUES

conserve à Monza, et qui porte le nom de Théodelinde ', est un des ouvrages les plus merveilleux du vi° siècle et le monument le plus insigne qu’on puisse enregistrer dans l’histoire des livres. (PL CDLXII.) L’inscription qu’on y lit nous apprend qu’il fut offert par cette reine pour la basilique de Saint-Jean, qu’elle venait de fonder à Monza, auprès de son palais.

DE DONIS DI OFFERIT THODELENDA REG . . . GLORIOSISSEMA SCO IOHANNI BAPTÆ IN BASELICA QUAM IPSA FUNDA IN MODICIA PROPE PALACIUM

Cette inscription est bien du temps, gravée sur des bandes d’or qui sont au repoussé et paraissent homogènes avec le fond. Le style n’offre pas une authenticité chronologique moins formelle. — La proportion est à peu près celle d’un carré; le plat, comme nous l’avons vu sur divers monuments contemporains, est partagé par une grande croix pattée et gemmée. Dans les compartiments, sont les gammadiœ , emblèmes des Evangélistes, que les chancels du vie siècle nous ont montrés en si grand nombre, et, dans leurs angles, des camées ou intailles antiques de la plus merveilleuse beauté. Les gammadiæ et la bordure qui encadre tout le plat sont ornés d’une suite de cercles entrelacés dont les remplissages paraissent formés de verre rouge, tout semblables au plateau de Gordon.

Aucune ville ne peut rivaliser avec Ravenne pour les richesses qu’elle nous présente au vie siècle en fait de livres liturgiques. Saint Maximien avait fait écrire soixante-douze livres de chœur avec le plus grand soin ; il les révisa pour n’y pas laisser la moindre faute, et on s’en servait encore du temps d’Agnellus, son historien, c’est-à-dire au ixe siècle. Il suffit de jeter un coup d’œil sur les monuments, sur les mosaïques du siècle, pour comprendre que ces livres si parfaits de rédaction n’étaient pas moins remarquables pour la magnificence de leur décoration. On trouve encore des rouleaux, mais de plus en plus rarement ; les artistes s’attachent aux livres qu’ils pouvaient plus aisément charger de pieuses richesses.

A Saint-Vital est représenté un livre de forme

i. Labarte, I, 3 io, belle lithochromie.

Bock, Joyaux du Saint-Empire, PI. xxxv.

Les dimensions sont: om3i sur ora26.

presque carrée, épais, orné au milieu de son plat d’une grosse pierre entourée de perles, aux angles de pierres triangulaires.

A Saint-Michel (545), le Sauveur, dans la mosaïque aujourd’hui détruite, portait un livre ouvert, et sur ce livre ce verset de l’évangile : Qui vidit me vidit et Patrem — Ego et Pater unum sumus.

A Classe, dans les trumeaux de l’abside, les saints, dans les plis relevés de leurs chasubles, portent des livres; sur l’un de ceux-ci une large croix occupe le plat tout entier, avec une grosse pierre entourée de perles au croisement des branches, et des perles aux extrémités. Sur un autre, un simple cabochon brille au centre avec auréole de perles.

A Saint-Apollinaire, les mosaïques nous offrent une riche collection de reliures. (PL CDLXII.) Dans les mains du Sauveur, au bout de la grande procession des martyrs, on voit un livre dont le plat est partagé par les branches d’une croix ayant — au centre un gros cabochon entouré de perles, et sur les bras d’autres cabochons entremêlés de perles, — dans les compartiments formés par les branches de la croix, des améthystes taillées en carré et accompagnées de perles; le fond sur lequel s’applique la croix est rouge. Les saints portent des reliures variées : ici, un grand losange au milieu cantonné de perles, là, une bande longitudinale à laquelle s’attachent les fermoirs et qu’ornent deux ourlets de perles et un médaillon au milieu. — Plus loin, une bande semblable avec semis de perles dans le fond.

J’ai noté dans les trumeaux de la nef, décorés aussi de mosaïques, des plats de livres qui figurent avec un grand luxe; sur l’un, neuf gros cabochons distribués par rangées, ceux du milieu, ronds, entremêlés de perles. Sur un autre, neut cabochons aussi, mais plus petits, alternés de perles; celui du milieu avec couronne de perles.

Un manuscrit de la Bibliothèque Laurentienne1, qui provient de Montamiata et qu’on attribue au vie siècle, offre l’image d’une armoire à livres du même genre que celle du tombeau de Galla Placidia ; les manuscrits sont étendus à plat sur des rayons; un fronton avec sujets symboliques domineles deux vantaux* sur l’un desquels unpilastre,

i. Garrucci, PI. cxxvi.

VIe SIÈCLE.

sans doute mobile, devait servir à les fixer dans une gâche.

Les livres antiques que nous avons étudiés sur les sarcophages ont fort souvent une forme d’album, s’ouvrant sur le petit côté. Les proportions au vie siècle rendent ordinairement les livres presque carrés; on a pu s’en convaincre sur les précédents spécimens, on en trouvera la confirmation sur les évangéliaires figurés aux bas-reliefs d’ivoire de la chaire de Saint-Maximien. (PI. CLIV.)

Sur un sarcophage de Classe, la proportion est plus longue; le livre que tient le Sauveur porte au milieu l’indication des coutures. Je ne crois pas que les points de surjets fussent aussi multipliés qu’au) ourd’hui ; on ne voit que deux attaches que fixaient solidement des nœuds. Dans le bas-relief qui représente peut-être la scène d’Emmaüs, les disciples ne tiennent que des rouleaux qui semblent ainsi n’avoir occupé qu’un rang secondaire pour les écrits liturgiques.

La proportion de la couverture d’évangéliaire qu’on conserve à la Bibliothèque municipale de Ravenne offre le rapport de om3o sur om36, c’està-dire, comme nous l’avons observé, une sorte de carré. Cet ivoire vient de Saint-Michel de Murano1. Il n’est pas douteux qu’il n’ait servi à orner un plat de livre, car on y voit encore les trous des clous qui servaient à le fixer, traces significatives qu’on signale sur le beau bas-relief de la collection Riccardi, à Florence, qui représente les quarante martyrs de Sébaste2. Au centre, Notre-Seigneur est assis sur un trône, et les pieds posés sur un escabeau; à droite et à gauche, saint Pierre et saint Paul tiennent des livres de leurs mains voilées; derrière, des personnages, peut-être des anges, tiennent des couronnes.

Un réveil liturgique considérable se manifesta au vie siècle dans les Gaules, et dut accroître le nombre, la beauté et la vogue des livres saints. — Saint Ferréol (f 58 1) écrivait ces mots dans sa règle pour les communautés du midi de la France: « Paginant pingat digito qui terram non proscindit aratro. »

1. Dissert, epist. in antiq. sacr. eburnea tabula. Collection Calogera, t. XX.

COSTADONI.

Gori, Thés. vet. diptych., III, 45, 48-

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