Garrucci, Pl. ccxxvi
VIe SIECLE.
qu’on peut considérer comme la plus ancienne ! reliure d’évangéliaire de la chrétienté ; on les attribue au ve siècle. — La première est ornée au centre d’un agneau d’argent avec incrustations d’émail et couronne circulaire. — Tout autour règne une bordure où sont représentées en basrelief d’ivoire des scènes de l’Évangile, et, dans les angles, des médaillons qui renferment les portraits de saint Mathieu, de saint Luc, l’ange et le bœuf. Dans les intervalles de ces médaillons, sont : en haut, la nativité ; en bas, le massacre des innocents ; à gauche, l’annonciation, les mages regardant l’étoile, le baptême; à droite, Marie au temple, Jésus sur un trône au milieu des docteurs, l’entrée à Jérusalem.
La seconde plaque d’ivoire porte au milieu la croix entre deux pilastres, sous une sorte d’édicule et sous des rideaux relevés. Même décoration au pourtour; dans les angles, médaillons de saint Marc, de saint Jean, du lion et de l’aigle; dans les intervalles, en haut, l’adoration des mages ; en bas, les noces de Cana; à gauche, l’aveugle guéri dans le temple, le paralytique, la résurrection de I^azare; à droite, saints Gervais et Protais, la cène, l’obole de la veuve. Le P. Garrucci croit que la première face concerne l’humanité de Jésus-Christ, à cause des Évangélistes Mathieu et Luc qui, seuls, ont décrit sa naissance; la seconde, sa divinité, dont saint Marc et saint Jean ont le plus parlé. — Il ne suppose pas, comme Bugati, l’agneau et la croix rapportés à une époque plus tardive.
M. Carrand possède dans sa collection un ivoire du v° siècle qui nous offre un de ces plats d’évangéliaire souvent reproduits par la suite; un gros cabochon au centre, quatre autres pierres en forme de poires sur les angles, une rivière de perles en bordure.
Au musée chrétien du Louvre, nous voyons aussi des personnages avec des rouleaux ou des livres figurés sur des sarcophages; le plus intéressant est celui qui provient de Rignieux-le-Franc (Ain), sur lequel on remarque des livres en forme d’album allongé, avec des cadres sur les marges des feuilles1. (PI. GDLXI.)
L’évangéliaire dit d’Uphilas, conservé à Upsal,
i. Garrucci, PI. cccxliii.
fut ensuite transporté à Werden. — Bianchini a publié, d'après un manuscrit de Vérone, le sacramentaire appelé Léonien L
VIe SIÈCLE.
Le vie siècle, celui de Grégoire le Grand (5qo- 604), celui de l’établissement du rite qui a porté son nom, dut donner un grand développement aux livres liturgiques; saint Grégoire envoie des livres à saint Augustin, pour la conversion des Anglais; il admire et encourage les travaux naissants des bénédictins qui se mettent non seulement aux travaux des champs, mais à la copie silencieuse des chartes. Les monuments gardent le témoignage de ces progrès.
A Saints Côme et Damien, de Rome (5 26-5 3o), la mosaïque présente de riches reliures. Sur l’une, une croix pattéeoccupant tout le plat, des gemmes, des pierrereries aux angles. Sur l’autre, un gros cabochon au centre, avec des rayons autour terminés par des perles.
Il dut venir à Rome, au vie siècle, de nombreux modèles d’Orient; le pape Hormisdas (5 14), nous dit le Livre pontifical, reçut de l’empereur Justin une foule d’objets sacrés, entre autres: « Evangelia cum tabulis aureis, cum gemmis pretiosis quæ pens. lib. i5. (P. 92.)
A cette époque, Cassiodore dessinait lui-même des couvertures de livres, qu’on devait sans doute exécuter en ivoire 2 (480-575).
Le moine Romanus, qui apporta à Saint-Gall l’antiphonairede saint Grégoire, le déposa d’abord sur l’autel de Saint-Pierre, et on l’enferma dans une boîte digne d’un tel livre 3. — Quelquefois, pour former les thecœ, on se servait d’antiques diptyques d’ivoire.
La splendide couverture d’évangéliaire que l’on