‹ La messe (volume 3)Chapitre 102 sur 341 · Plurimos codices. selon l’expression de Bède · texte numérisé non relu

Plurimos codices. selon l’expression de Bède

LIVRES LITURGIQUES

raie qu’il en attendait, mais ils durent aussi servir ! de modèles aux miniaturistes, qui parurent de si bonne heure dans cette église. On a vu les relations artistiques qui s’étaient établies sous le pape Hormisdas entre la Grèce et Rome ; on s’explique donc les analogies remarquables que les manuscrits anglo-saxons laissent paraître avec le style byzantin. Mais Rome ne fut pas le seul intermédiaire qui s’ouvrit à cette influence. Théodore de Tarse (f 690) en créa une plus directe en apportant avec lui, sur son siège de Cantorbéry, une multitude de livres grecs et latins ornés à Byzanceetqui offrirent de nouveaux modèles dans le pays1.

Les imitations furent d’abord grossières, copies d’enfants, dans lesquelles, toutefois, on ne peut méconnaître tout à fait les modèles. Les entrelacements interminables qui font de ces œuvres plutôt des productions de calligraphes que de peintres, sont la principale caractéristique de cet art. Les plus belles miniatures leur semblaient les plus ornées de leurs lacets inextricables, qui font souvent ressembler les figures elles-mêmes aux paraphes modernes des maîtres d’écriture. Ces entrelacs envahissent tout, depuis les nombreuses croix celtiques que conserve l’Angleterre, jusqu’aux miniatures de Kells, et laissent à peine çà et là surgir du labyrinthe quelques tètes d’animaux dont le corps se confond avec les torsades.

Il ne semble pas que ce genre se soit manifesté tout à fait à l’origine; un livre d’Evangile, qu’on fait remonter à saint Augustin lui-même, et qui se trouve aujourd’hui dans la bibliothèque du Corpus Christi , à Cambridge, possède un caractère encore classique.

On lit une anecdote 2 dans la vie de saint Brendan de Clonfert, qui prouve bien l’origine byzantine de la plupart des livres liturgiques en Angleterre. Ce saint fit célébrer une messe par saint Gildas, auquel on reporta la commission en ces termes : « Præcepit tibi sanctus Senex noster, ut « offeras corpus Christi. Ecce altare, hune librum « græcis litteris scriptum , et canta in eo sicut « abbas noster. »

Dans l’affreuse destruction des anciens monuments de l’Irlande aux xvie et xvne siècles, la

Page 1