‹ La messe (volume 3)Chapitre 104 sur 341 · P. Cahier · texte numérisé non relu

P. Cahier

VIIe SIECLE.

est un grand témoignage du respect dont les livres liturgiques étaient entourés. Le roi, dit la chronique du monastère de Landaff, parcourut tout le territoire ayant l’évangéliaire sur les épaules, et accompagné de clercs avec des croix, qui répandaient de l’eau bénite et de la poussière du tombeau de saint Cinwanch L

L’Orient, qui nous envoyait alors tant de modèles et qui commençait à saisir l’empire universel de l’art que tant de siècles lui ont laissé, façonnait pour lui-même des livres d’une grande beauté. De ce nombre est l’évangéliaire syriaque écrit par le moine Zabula en 586 dans le monastère de Saint- Jean de Zagba.

Nous observerons d’abord, nous dit D. Guéranger, qu’il a été écrit pour être employé dans le service divin. C’est ce qu’attestent les notes ou rubriques qu’il contient pour l’indication des passages de l’Evangile destinés à être lus à l’église, selon les fêtes de l’année écclésiastique. Les annotations sont du même temps et de la même main que le reste du manuscrit, et ont par conséquent une haute importance pour fixer les usages liturgiques de l’Eglise syrienne au vie siècle.

Ce manuscrit méritait par sa beauté d’être défendu par de sévères excommunications contre les spoliateurs ; non seulement son texte est formé de beaux caractères, mais il est rehaussé par de nombreuses miniatures2, dont quelques-unes forment de véritables tableaux. On y voit d’abord les apôtres réunis pour remplacer Judas, puis une madone debout sous un portique3. S’ouvrent ensuite les portiques qui ornent les canons d’Eusèbe, en marge desquels sont figurées de jolies et expressives miniatures représentant des scènes bibliques et toute la suite de l’Evangile.

Les pieux copistes, au vie siècle, étaient trop pénétrés de leur tâche pour employer dans les transcriptions liturgiques des caractères ordinaires. Leur écriture fut toujours la plus noble, la plus

1. Tabularium eccl. Landavensis. — Monast. anglic., t. III, p. 192.

2. Nous avons calqué plusieurs des miniatures sur l’original pour les ouvrages sur l’Évangile et sur la sainte Vierge.

3. La Bibliothèque nationale possède depuis quelques années (fonds syriaque, 33) un manuscrit du même temps et du même style.

imposante. Telle écriture a fait place à une autre sur les manuscrits ordinaires, mais elle règne encore longtemps dans les livres du service divin, parce qu’elle a des allures plus antiques et plus vénérables. Il y en avait qui étaient complètement écrits en capitales, tel que l’évangéliaire de Saint- Germain des Prés, que les auteurs du nouveau traité de diplomatique reportent au temps de Clovis1.

VIIe SIÈCLE.

Les peintures romaines nous instruisent de ce qu’étaient alors les reliures dans la capitale chrétienne. Au cimetière Saint-Valentin, une figure de saint Laurent est représentée tenant sur sa main gauche, voilée par les plis de son manteau, une croix gemmée et un livre. Ce livre a une bordure de perles2. Au cimetière Saint-Sébastien, saint Laurent est représenté de la même façon; à celui de Sainte-Generosa, une fresque qu’on a montée sur toile nous offre l’image d’un livre gemmé.

Sous le pontificat de saint Vitalien (657-672), l’empereur Constant avait offert à l’église Saint- Pierre un évangéliaire d’or, orné de diamants d’une grosseur prodigieuse. (Evangelia aurea cum gemmis albis rniræ magnitudinis in circuitu ornata.)

Rome ne fournissait pas seulement, comme on l’a vu pour saint Augustin, des livres à la Grande- Bretagne. La tendance de la liturgie gallicane semblait être déjà de se confondre avec celle de Rome, de sorte que nous voyons les évêques demander les textes liturgiques au pape. Saint Vandrille envoie à Rome son neveu pour y recevoir du pape Vitalien des livres qu’il destinait à la Bibliothèque de l’abbaye de Fontenelle3. Sainte Gertrude de Nivelle faisait venir de Rome des livres et des reliques. Vers la même époque,

Page 1