‹ La messe (volume 3)Chapitre 156 sur 341 · DECADENCE. — RESUME · texte numérisé non relu

DECADENCE. — RESUME

avoir des livres particuliers, comme l’inscription nous le rappelle : Magister Guillelmus Thebardi luijus ecclesie canonicus dédit istud bréviarium pro usu indigencium. Orate Deum pro en.

On peut donc dire, à cet égard, que l’imprimerie en multipliant les livres de prières fut un bienfait, et on se figurera sans peine la joie que cette invention apporta aux copistes qui se rappelaient leurs pénibles labeurs, mais nous devons ajouter qu’elle porta le dernier coup à l'ornementation des missels.

On continua, il est vrai, à faire quelques efforts. On ne livra pas tout de suite la transcription aux imprimeurs; il y eut une transition qui consista à ménager au milieu du texte des places réservées pour les miniatures, et Albert Durer ne dédaigna pas de s’employer à ces ouvrages; souvent aussi, on coloria les gravures sur bois intercalées dans le texte; mais cette transition fut rapide, l’art déserta bientôt les missels pour aller satisfaire, dans leurs demeures païennes, les goûts sensuels des princes.

RESUME

Il nous reste à résumer en quelques lignes cette étude des livres liturgiques. Nous avons d’abord vu combien était mal justifiée l’opinion des auteurs qui nient leur existence à l’origine. Nous avons vu les premiers chrétiens, fidèles héritiers des traditions juives, recevoir dès les premiers jours les textes sacrés et consigner sur de nouveaux volumes leurs longues prières; nous les avons meme vus emprunter aux livres païens des formes, des usages, qui, à travers tout le moyen âge, sont parvenus jusqu’à nous ; telles sont les rubriques et l’enluminure des manuscrits.

Après les témoignages des auteurs, nous avons recherché ceux des monuments, plus décisifs encore; les peintures cimetériales, les sarcophages, les verres dorés nous ont montré, dans la main |

des saints, des volumes, des livres et même des scrinia pour les renfermer. Les preuves se sont multipliées à l’infini, pour le ive et le ve siècles. Les mosaïques sont intervenues ensuite pour nous offrir à Ravenne, à Rome et ailleurs, les livres sacrés lus, commentés, serrés dans des armoires spéciales. Ce ne sont pas seulement les rou-leaux que ces recherches nous ont dévoilés, mais de véritables livres reliés, tels que la liturgie les a toujours employés, livres d'abord en forme d’album, qui deviennent ensuite carrés, et dont les ivoires de Milan sont le premier et splendide spécimen.

Avec le vie siècle, les exemples se renouvellent ; l'évangéliaire de Théodelinde, à Monza, nous a montré le luxe inouï dont on aimait alors à envelopper l’histoire de notre Rédemption, les camées antiques, encore nombreux sous la main des artistes et servant à rehausser tant d’éclat; à Ravenne, à Paris, l’ivoire prêtant ses fines sculptures à cette pieuse décoration. La Bible syriaque nous I a transporté tout à coup à l'apogée de l’iconographie des manuscrits, avec la science, les dessins, les compositions que plusieurs siècles se plairont à reproduire.

Rome alors envoyait des livres dans toute la chrétienté; saint Grégoire le Grand en donne à saint Augustin et fonde peut-être, par les modèles qu’il fournit ainsi, les futures écoles anglosaxonnes. L’évangéliaire de Cambridge apparaît : ici avec une importance capitale; sa forme antique laisse croire cependant que les miniaturistes puisèrent des inspirations byzantines à une source plus immédiate; en effet, Théodore de Tarse apporte avec lui des livres à Cantorbéry; nous voyons saint Brendan se servir de manuscrits I composés en caractères grecs, et les torsades des nouvelles miniatures semblent indiquer une influence orientale.

L’art liturgique devait dépasser sous Charlemagne l’époque Justinienne et ses splendeurs, et ce fut encore un Anglais, Alcuin, qui eut la gloire d’être un des principaux promoteurs de cette renaissance. On peut appeler ce règne, et celui de ses premiers successeurs, l’àge d’or des manuscrits liturgiques. Jamais on n’avait dépensé plus de temps, d’habileté et de trésors dans leur ornementation. On est étonné du grand nombre de livres qui subsistent comme monuments d’une époque si ancienne; on l’est encore plus de leur beauté et

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