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LIVRES LITURGIQUES

de leur richesse. On a vu les modèles que nous avons décrits à cette occasion, dont les plus célèbres sont les évangéliaires de Metz, de Toulouse, de Tours, de Soissons, le sacramentaire de Drogon, d’Autun, du Mans, etc. On a vu l’honneur dont on les entourait, la pompe que les chanoines de Saint-Martin mettaient pour offrir leur Bible à Charles le Chauve, la majesté de l’empereur, assis sur son trône au milieu de sa cour, pour accepter cette offrande solennelle.

L’Orient n’était pas moins respectueux; d’après notre manuscrit 5io, l’empereur aimait descendre de son trône pour y placer le divin Evangile et s’asseoir humblement à ses pieds.

Ces trésors étaient gardés par des imprécations et des anathèmes qui, à travers de si longs siècles et de si terribles révolutions, en ont peut-être prolongé l’existence jusqu’à nous.

Tant de gloire ne devait pas longtemps entourer les livres sacrés ; elle pâlit bientôt et, sous la barbarie qui ressaisit l’empire, les belles enluminures, les reliures luxueuses d’ivoire, d’or et de pierreries, disparaissent peu à peu.

L’impuissance de l’art fait rechercher des éléments anciens; les camées antiques ont déjà servi; les relieurs s’emparent alors des dyptiques d’ivoire, qui donnent une forme allongée aux livres.

L’école anglaise, avec ses trois manuscrits de Rouen et du duc de Devonshire, conserve quelque chose de l’ancienne splendeur par l’éclat des couleurs et l’abondance de l’imagination; mais, en France, en Allemagne surtout, les miniatures deviennent ternes, incorrectes, indignes du sanctuaire.

Alors, pour la seconde fois, la lumière revient de l’Orient dans les arts latins, les artistes byzantins font la conquête de l’Allemagne pendant qu’ils envahissent les républiques italiennes. La France reste plus longtemps- soustraite à cette sorte d'invasion. L’Orient méritait ce triomphe par le génie de ses peintres, encore tout imprégnés des traditions antiques et nous léguant d’admirables chefs-d’œuvre.

Avec le xie siècle, avec saint Henri, saint Bernward, avec l’abbé Didier se lève un nouveau jour pour les manuscrits liturgiques, les vrais artistes se multiplient, et leurs œuvres reprennent la dignité qu’elles avaient perdue, L'évangéliaire de

Luxeuil, sous des formes peut-être trop raides, accuse cet heureux retour; la correction du dessin, la noblesse des compositions, la fraîcheur des couleurs reparaissent. Nous avons salué en Allemagne les monuments de cette renaissance à Munich, à Bamberg, à Wurzbourg, à Cologne et ailleurs.

Pendant que l'Occident se réveille, l’art byzantin, qui lui a rendu la lumière, s’éteint à son tour et s’ensevelit pour toujours dans des formes étroites.

Nous avons rassemblé à cette époque, comme un curieux épisode de l’histoire des livres liturgiques, les rouleaux romans qui contiennent le chant de l’exultet et qui conservent au moyen âge la tradition des volumes antiques.

L’art se maintient, prospère en France, en Allemagne; on a pu citer une multitude de livres richement enluminés et reliés; cependant, les pierreries et les ivoires deviennent de plus en plus rares, les reliefs si pompeux, les énormes cabochons qui ondulaient sur les reliures carlovingiennes s’évanouissent, ils font place aux émaux que les écoles rhénane et limousine mettent en grande vogue et dont les produits sont ternes et plats. Comment comparer ces rangées de pierres versicolores qui lançaient de vrais rayons, ces limpides bas-reliefs d’ivoire, sur lesquels les regards se reposaient, aux plaques émaillées de Limoges? Que celles-ci paraissent, dans ce parallèle, pauvres, maigres et sans éclat !

Et cependant leur apparition sur les missels ne signale que la première phase de la décadence; après le xme siècle, le déclin s’accélère, la pauvreté augmente, l’émail lui-même disparaît, et, si les miniaturistes mercenaires consentent encore à se distraire des peintures profanes qu’on leur paie fort cher, pour orner l’intérieur des missels, les belles reliures ont disparu pour laisser les textes sacrés recouverts de rudes peaux et de grossiers clous de cuivre. Tel est le résultat de l’art devenu laïque ; en sortant des monastères, il tombe dans une décadence voisine de la barbarie dont nous ne sommes pas encore relevés.

N’est-ce pas l’occasion d’émettre ici un vœu ? Ne peut-on, sans refuser les services que l’imprimerie a certainement rendus à la liturgie, en multipliant les livres, en assurant à jamais la conservation dés

RÉSUMÉ

textes sacrés, ne peut-on désirer que l'honneur extérieur des livres saints soit mieux respecté? Ne peut-on, à l’aide des découvertes de l'industrie moderne, demander qu'on les environne, à défaut d’ornements intérieurs, au moins de plus riches couvertures ? Si les formes soumises aux

péripéties de l’art et du goût des peuples sont souvent changées, comme on l'a vu, le texte de la messe est toujours le meme; l’Evangile d'aujourd’hui est l'Évangile antique. Pourquoi donc ne s'efforcerait-on pas de le recouvrir encore de la meme magnificence que nos pères ?

Bibliothèque de Toulouse. — Serviette de missel.

LECTORIA [PORTATIFS

ORIGINES

Il est intéressant, après avoir constaté la grande importance des livres dans la liturgie chrétienne, de chercher les meubles sur lesquels on les portait dans l’Eglise, et cette recherche, qui complétera leur étude, occupera les quelques pages suivantes.

Voici les principaux noms sous lesquels les auteurs ont désigné ces meubles, que nous appelons aujourd’hui pupitre ou lutrin: P lut eus, lectorium, lectrum , lectrinum, lectreolum, legium , pulpitum , analogium, graditale.

Dans l’antiquité, Juvénal et Ulpien entendent par pluteus une tablette, une étagère pour mettre les livres; les auteurs classiques prennent le mot pulpitum dans le sens que conservent encore les Italiens, celui de tribune, d’estrade élevée audessus de la foule, pour la haranguer; Suétone, Horace nous l’offrent dans cette acception; pour Vitruve, c’était l’avant-scène dans le théâtre; les Pères de l’Eglise sont réellement les premiers à comprendre ce mot sous l’acception de pupitre, saint Isidore de Séville, par exemple.

Quand on connaît les usages des anciens, qui se servaient surtout de rouleaux pour leurs manuscrits, on ne peut s’étonner de ne pas rencontrer souvent chez eux cet ustensile. Cependant, comme ils avaient aussi des livres reliés, on ne peut rien affirmer, et même, dans le bas-reliet du Louvre

qui représente un sacrifice antique, au-dessus d’un voile, on aperçoit un livre ouvert, qui semble posé sur un lectrum 1 (vol. I, p. a3).

Nous avons vu que, dès l’origine de l’Eglise, il y avait eu des livres et des lecteurs, mais cela n’implique pas la présence d’un lectorium; je suis persuadé que l’usage d’ouvrir le missel sous les yeux du prêtre et de le faire tenir ainsi par le diacre, est une tradition antique. On considérait les mains ou la tête humaines comme les meilleurs dépositaires des textes sacrés, suivant la pensée du martyr Lucien, célébrant dans sa prison et prenant sa poitrine même pour pierre d’autel. Il serait facile de suivre, à travers le moyen âge, la permanence de cette tradition qui n’est pas encore effacée; sur la couverture d’ivoire, si souvent citée, du sacramentaire de Drogon, nous voyons un des servants, à gauche du prêtre, lui tendre les pages ouvertes du missel ; au sacramentaire d’Autun, pendant la bénédiction de l’abbé, un religieux ouvre devant lui le livre qu’il tient sur ses épaules (PL CLIX) ; il ne le conservait pas ainsi tout le temps de l’office, ce qui eût occasionné une fatigue excessive, il le laissait à d’autres moments posé sur l’autel où le prêtre le baisait. Pour l’Orient, à la même époque, le manuscrit 5 to du ixe siècle de la Bibliothèque nationale nous montre, à propos de l’ordination de saint Grégoire, le cou de l’évêque transformé en

i. Barbault, Recueil de div. mon. anc., in-f°, 1770, donne un bas-relief qui représente un pupitre soutenu par un balustre.

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LECTORIA (PORTATIFS).

une sorte de pupitre vivant. — Plus tard, dans la mosaïque de Saint-Marc de Venise, le diacre se retrouve encore près de l’autel ouvrant le saint livre devant le prêtre. Au joli bas-relief du Latran, le livre est posé sur la tête d’un enfant de choeur.

Sur un pontifical du xve siècle, à la Bibliothèque nationale, on voit encore un clerc agenouillé devant l’évêque et lui présentant le livre ouvert.

Il n’est pas question jusqu’au xive ou xve siècle de pupitres placés sur l’autel; sur les mosaïques du baptistère de Ravenne, l’évangéliaire y paraît posé à plat ; mais on peut croire que, dès le xve siècle, on avait dans le sanctuaire des lectoria pédiculés sur lesquels on mettait l’évangéliaire; c’est sans doute un tel meuble que saint Isidore appelle lectrum , pulpitum , analogium. Nous avons à cet égard le témoignage d’un monument fort curieux, la cuiller d’argent découverte à San-Canciano l, sur laquelle est gravée un véritable lectorium élevé d’environ im25, terminé par une plateforme inclinée, sur laquelle repose le livre.

L’analogius dont parle saint Grégoire de Tours, à propos de l’ambon de saint Cyprien (analogius in quo, libro supraposito, cantatur aut legitur P2, devait être un pupitre placé sur le parapet de l’ambon.

On conserve à Poitiers, dans le couvent de Sainte- Croix, le plus ancien lectorium que nous puissions citer, et qui servit à sainte Radegonde, comme l’in¬

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