EPOQUE ROMANE
Pour le xe siècle, c’est surtout du côté de l'Orient que nous trouvons les instruments du culte dignes par leur beauté de la sainte liturgie. A cette époque, les artistes byzantins avaient l’habituded’illustrer les évangéliaires avec les figures des quatre écrivains inspirés, et ils plaçaient devant eux un pupitre qui peut bien, quoique la destination ne soit pas directement liturgique, donner idée des lectoria du sanctuaire. Nous citerons, dans cette catégorie, quelques manuscrits grecs de la Bibliothèque nationale, notamment celui 224, composé sous les empereurs Basile et Constantin. Au f° 26 verso, nous y voyons, au-dessus d’une petite armoire, un pupitre fixé sur une tige verticale; la plate-forme inclinée, garnie tout autour d’un rebord, retient exactement le livre dans cet encastrement. ( PI. CDLXXIX.) Au f° 27 verso, devant saint Luc assis et écrivant, on voit un lectorium avec armoire dans le bas surmontée d’un dauphin renversé qui soutient le pupitre de l’extrémité de sa queue. [PI. CDLXXIX.)
Ce genre de support se retrouve fréquemment à cette époque chez les artistes byzantins, comme on le verra sur la même planche, où nous en avons recueilli quelques exemples. Quelquefois, le dauphin est isolé comme précédemment; ailleurs, il s’enroule autour de la tige verticale du pupitre, comme au manuscrit 195 (f° 349 verso). Ce dauphin tournait sur un pivot à la volonté du lecteur, qui pouvait ainsi orienter le livre à sa guise. Je vois dans cet ornement plus qu’une simple idée de décoration, mais aussi une pensée symbolique descendue des premiers temps du christianisme, et nous montrant, sous les traits du dauphin, le divin ami de l'homme, Jésus-Christ, qui lui offre l’Evangile salutaire.
Du reste, il y a pour les pupitres une grande variété dans les types byzantins, et cela, dans le même manuscrit, à quelques pages d’intervalle; dans ce manuscrit 195 (f° 240 verso), le pupitre est soutenu derrière la table par un gros cylindre; en dessous, une traverse servant, sans doute, à faire tourner le meuble.
Dans le manuscrit grec 68 ( f® 83), la tige est faite d’une série de boules; dans le 64 (f° 10 1 verso), d’une colonnette en spirale formant vis et permettant de monter et de descendre à volonté le livre, un bouton attaché par une feuille servait à ce maniement; en face, une broche attendait probable¬
ment un cierge. Le livre est garni d’un fermoir formé de deux chaînes munies d’une boule s’agrafant dans des fourches. (PL CDLXXIX.) Nous citerons encore pour les pupitres qu’on y voit représentés, le manuscrit grec 923, l’échelle de Jean Climaque 1 f° 1 ), etc.
Dans un des sanctuaires du mont Athos, M . Didron vit deux petits pupitres, nommés analogio par M. Durand b
Nous n’hésitons pas, comme nous l’avons déjà dit, à rapporter pour l’Orient des objets relativement modernes dans un classement beaucoup plus élevé; le curieux pupitre copte, dont M. Middleton a bien voulu me communiquer le dessin2, n’est sans doute pas fort ancien. Il se compose d’une boite qui s’ouvre comme un livre et reçoit l’évangéliaire; ses bords sont garnis d’une série de pointes où on fiche des cierges, qui rayonnent autour du livre saint pendant qu’on en fait la lecture. ( PI. CDL.) M. Butler rapporte deux meubles du même genre, mais qui sont de vraies tables posant à terre.
Aujourd'hui, les Russes, dans leurs églises, se servent de lutrins carrés, vêtus de grandes housses en stauracin.
Les religieux du mont Cassin conservent, dans un manuscrit encyclopédique du xte siècle, une miniature qui donne l’image d’un lectorium de cette époque. Ce lectorium s’élève en avant de l’autel où le prêtre dit la messe, et sous les yeux du diacre qui va réciter l’évangile. Sa tige rappelle celle des lutrins carlovingiens et se compose de boules alternant avec des fuseaux. (PI. CDLXXXII.)
Le manuscrit latin 278, de la Bibliothèque nationale, nous offre une image de lectorium.
Dans le manuscrit 20 (f° 32), de la bibliothèque de Boulogne-sur-Mer, une miniature, ou plutôt un dessin tracé au vermillon, représente une Annonciation, et, derrière la sainte Vierge, un large lectorium, montant de fond, carré, élevé sur une base ornée, et garni, dans le bas, d’une armoire. (PI. CDLXXXII.)