‹ La messe (volume 3)Chapitre 206 sur 341 · Aymard, Album photog. du Puy · texte numérisé non relu

Aymard, Album photog. du Puy

Barraud, Bull, mon., 1 865.

Le P. Boyer nous signale dans le trésor de Pontigny une paix du xir siècle.

Dans le trésor de Saint-Sernin, à Toulouse, il existe une paix représentant un crucifiement, que M. Caussé croit antérieure au xiu° siècle.

PAIX

On conserve une paix au musée de Cluny, sous le n°4522 du nouveau catalogue, qui l’attribue au xiie siècle; elle est formée d’une arcade en cuivre doré, incrustée d’émaux et entourant un saint, debout, nimbé et bénissant. L’architecture et la ligure sont en émail sur fond doré. Ce qui fait douter de l’antiquité de son usage, c’est l’anse grossière, en fer-blanc, qui paraît toute moderne. D’ailleurs cet émail n’est peut-être pas antérieur au xme siècle.

Ce ne fut certainement que dans le courant du xme siècle que l’emploi de l’instrument de paix se répandit dans l’Eglise1. Innocent III, en 1216, mentionne encore l’ancien rite du baiser des fidèles.

Au concile d’Exeter (1287), on mentionne (cap. xii) : « Superpellicea duo, unum rochestum... « pyxis argentea, vel saltem eburnea ad Eucha- « ristiam cum serura, chrysmatorium stanneum « cum serura, asser ad pacem. »

Au concile d’Oxford de la même année, il est question de Yasser ad pacem.

Dans un inventaire du vieux Saint-Paul de 1295 sont nommés duo osculatoria comme appartenant à la chapelle de sainte Radegonde.

Au concile de Bayeux, en i3oo (cap. x) : « Inhi- « bemus firmiter et districte ne pace recepta a « Presbytero in altari pluribus, quam duabus « mulieribus marmor tradatur deosculandum. »

Au concile de Merton (i3o5), nous lisons: tabulas pacis ad osculat orium.

La diversité des noms qu’on voit donnés à cet objet et la variété de la matière, depuis le bois jusqu’au marbre, prouvent les hésitations des commencements et l’inexpérience de ceux qui en parlaient.

Le docteur Rock a gravé dans son livre une paix carrée représentant le crucifiement, surmontée d’une petite crête et appuyée sur une anse en forme de serpent.

On peut voir une paix du xme siècle gravée dans l’ Archœologia Britannica (tome XX, p. 536).

Si l’Angleterre fut le point de départ de l’usage des instruments de paix, il n’est pas douteux qu’il

1 . Blanche de Castille est dite avoir encore donné le baiser de paix à la messe. (Littré, Dict., Ceinture.)

se répandit promptement dans toute la chrétienté1. On voit, par une touchante histoire, que saint Louis en possédait dans sa chapelle portative de Palestine : — Un jour que Joinville entendait la messe avec le saint roi, il trouva, au clerc chargé de lui porter la paix, une figure suspecte, et s’empressa de la lui prendre des mains pour la porter lui-même et préserver son maître de tout danger.

En 1861, M. l’abbé Decorde2 présenta au congrès scientifique de France une paix découverte sous le dallage de l’église de Presles (canton de Neuchâtel), et provenant des ateliers de Limoges au xme siècle; elle est en émail champlevé et porte, dans une auréole en amande, un Christ assis, nimbé, bénissant, tenant un livre. La forme de l’auréole est celle même de la paix qu’encadre une large torsade.

Le musée de Tours possède une paix que l’on doit peut-être attribuer aussi au xm° siècle; elle est carrée et ornée d’une ogive avec une croix en relief qui s’y détache sur fond d’émail; elle est garnie d’une bordureémaillée.(Pl.CDLXXXXVL)

Nous avons gravé (même planche) une paix du musée du Louvre, qui me paraît du xive siècle et qui présente Notre-Seigneur en croix; tout autour règne une jolie bordure avec rosaces.

A l’Exposition de Dusseldorf, en 1880, on voyait, sous le n° 1020, une paix en ivoire du xme siècle; elle a on’i6 sur omo8 et représente en bas-relief le Sauveur crucifié, et, au pied de la croix, la sainte Vierge et saint Jean.

Les monuments sont encore rares au xme siècle, ce qui ne peut surprendre, puisque nous savons, d’après G. Durand, qu’à la fin de ce siècle leur usage n’en était pas encore général. — Au xive, ces objets se multiplient, et il nous en reste aujourd’hui un bien plus grand nombre de cette époque. — Les sujets les plus ordinaires sont la Trinité, la nativité, l’adoration des mages, surtout le crucifiement, puis encore la mise au tombeaù, la résurrection, l’assomption, le couronnement de Marie, les patrons de l’Eglise, etc.

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