‹ La messe (volume 3)Chapitre 214 sur 341 · BASSINS LITURGIQUES · texte numérisé non relu

BASSINS LITURGIQUES

manche, dans une des miniatures de la Bible de Charles le Chauve.

Brunehaut offrit par l’intermédiaire de ce même Didier, à l’église de Saint-Germain, un bassin qui avait servi à des usages païens et qui portait encore, au milieu, la figure de Neptune avec son trident : « Aquamanilium pensans ni et « uncias ix; habet in medio Neptunum cum « tridente1. » Ce détail me paraît frappant. Il s’agit évidemment ici d’un de ces vases que les princes mérovingiens arrachèrent aux temples païens, ou de quelque ustensile domestique de leurs riches vaincus, dépouilles qu’ils offraient aux églises pour se faire pardonner leurs crimes ; la reine d’Australie était supérieure à beaucoup de ses contemporains par la délicatesse de son esprit, et ses choix devaient être dictés avec goût. L’Eglise, dans la largeur de vue que nous avons signalée plusieurs fois, notamment pour les autels, acceptait ces objets encore empreints de paganisme, toutes les fois qu’ils ne blessaient pas la chasteté; elle les purifiait par la sainteté de leur nouvel emploi, parle changement de signification prêté aux attributs. Il est possible que les fidèles aient vu ici dans ce Neptune christianisé une allégorie de la mer et des flots.

Grégoire III (714) donne un aquamanile d’argent 2.

Les aquamanilia réservaient aux papes un riche moyen de satisfaire leur munificence envers les églises; le pape Pascal (817) en donne un en argent3. Léon IV en offre un aussi d’argent qui portait, au milieu de divers sujets, une tête d’homme avec des pampres : « Aquæmanile de argento per « unum, habens in se scalptum similitudinem ca- « pitis hominis cum vite et alia historia, pens. « lib. 3. » Ne faut-il pas reconnaître encore ici un des nombreux plats que l’antiquité nous a laissés et qui portaient si souvent au centre une figure humaine et des pampres? S’il s’agissait d’une fabrication chrétienne, on aurait spécifié la figure du Christ ou du saint représenté, au lieu que le vague delà description prouve chez son auteur l’incertitude de la pensée. Lorsque l’on se mêlait, au moyen

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