‹ La messe (volume 3)Chapitre 23 sur 341 · De gestis Langob., lib. II, cap. xm · texte numérisé non relu

De gestis Langob., lib. II, cap. xm

On peut voir l’éloquente description des luminaires antiques dans M. Le Blant, Sarcoph. de la Gaule, introd.

LAMPES

A cette même époque, sous Théodoric, un évêque de Salone est accusé de n’avoir pas payé à son église soixante jarres d’huile livrées à son église h

Le luminaire ecclésiastique de Constantinople devait dépasser celui de Rome en magnificence au vie siècle. Les descriptions du Silentiaire sont merveilleuses, et, lors même qu’on ferait une large part à l’imagination du poète, on ne peut se refuser de croire à une réalité fort extraordinaire. En voici une analyse : « Aucun discours ne saurait atteindre la description des lumières que le soir allume dans Sainte-Sophie; du haut des coupoles descendent de tous côtés des disquesd’argentquel’orfèvre a su découper pour y placer des lampes de cristal qui se balancent sur la tête des fidèles; ces lustres, dans leurs oscillations, paraissent obéir à la cadence d’une sorte de chœur, — ici ce ne sont pas des vases, mais une croix tout imprégnée de lumière. — On croirait voir les constellations de l’Ours et du Dragon dans les cercles superposés qui s’étalent dans celte immensité et chassent la nuit de partout. Les lumières ne sont pas seulement groupées, elles sont quelquefois séparées, elles éclatent isolément, près des portiques, le long des colonnes; et sous ces cratères d’huile ardente s’étendent des bassins d’argent. — Au-dessus et au-dessous de cette suite de lampes, vous en voyez d’autres retenues par les nœuds répétés des chaînes, et qui jettent leurs éclairs dans les voies aériennes, ainsi que les Hyades montrent une double étoile aü front du Taureau.

« C’est comme une flotte immense dont les nefs d’argent ont la lumière au lieu de marchandises; suspendues dans l’air qu’elles rendent brillant, elles nagent sur une mer à l’abri de l’Auster et du tardif Bouvier.

« Près du sol s’étendent, pour éclairer les prêtres, d'élégantes trabes de fer toutes garnies de cierges et des candélabres en forme de colonnes.

« Les sommets ne sont pas négligés; une multitude de crochets de bronze y tiennent suspendues des lampes ; mon Empereur, en ornant les tribunes de ces perles éclatantes, semble vouloir parer sa royale fille et entourer son cou de colliers précieux.

« Ce n'est pas tout; au-dessus des colonnes d’ari. Cassiodore, Variar. III, 7.

gent, sur le sommet, il y a un étroit sentier que suivent les hommes chargés d’y porter les cierges, et qui brille de riches corymbes de lumière ; on se rappelle, devant ces formes resplendissantes, les pins de nos montagnes ou de flexibles cyprès; ces arbres éclatants, larges à la base, se rétrécissent en cônes par des cercles de plus en plus étroits jusqu’au sommet, où s’épanouit une fleur radieuse; aux racines sont disposés des cratères d’argent qui alimentent cette sève brûlante L — Du milieu de l’éblouissante forêt surgit la croix qui verse sa lumière sur les mortels. Les voyageurs, dans cette enceinte étoilée, croient voir le firmament ; celui-ci croit reconnaître le Bouvier , celui-ci le Taureau; les uns cherchent les astres de l’orient, d’autres ceux du couchant. Le nautonier qui gouverne sa barque au milieu des flots furieux du Pont, qui évite les écueils par des routes tortueuses ou qui fuit les tourbillons de la mer Egée et les tempêtes lybiennes, le nautonier ne regarde plus Hélice - ou la douce Cj'nosura5, il a l’œil fixé sur ce temple du Dieu vivant qui le guide comme un phare.

« Vivez, ô Empereur, vivez de longues années, recueillez la lumière de l’Orient et de l’Occident, car maintenant l’aurore et le soir se reposent sur vous de leurs soins ! »

Justinien, comme on le voit, dépassa Constantin et les splendeurs du Latran ; je ne pense pas que cette magnificence se soit longtemps maintenue après lui ; cependant quelques vestiges de ce luminaire semblent se retrouver autour de l’autel de Sainte-Sophie, avant la catastrophe de 1204: « On voit, à Sainte-Sophie, nous dit An- « toine de Nowgorod (1200), derrière le maître- « autel, une croix d’or, et, en avant, une autre « croix d’or d’une coudée et demie garnie de trois « lampes d’or (il y en a une qui manque), qui « pendent de chacune des branches d’or; ces « lampes, ces bras et cette croix furent fabriqués « par le grand César Justin, qui avait construit « Sainte-Sophie4. »

Aujourd’hui, les Turcs maîtres de l’auguste

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