‹ La messe (volume 3)Chapitre 254 sur 341 · Revue arch., 1869, i · texte numérisé non relu

Revue arch., 1869, i

RÉSUMÉ

Quelques lignes suffiront pour résumer l’histoire des cloches. Nous les trouvons dès la plus haute antiquité, et les Romains nous auraient sans doute laissé de plus grands spécimens, si le prix du métal ne nous les avait dérobés. Les règles de silence, imposées d’abord aux chrétiens persécutés, sont abrogées par leur triomphe, et les cloches paraissent aussitôt dans la liturgie en signe de victoire. Les campaniles de Ravenne, qui ont dû abriter dès le ve siècle ces cloches primitives, semblent encore debout comme des témoins vénérables de leur existence.

Saint Grégoire, Fortunat, Bède, confirment dans leurs écrits l’antique usage des cloches.

Une nombreuse suite de monuments se présente à nous portant sur eux le souvenir et les noms des saints celtiques ; l’Ecosse, l’Irlande, la Bretagne montrent encore avec orgueil leurs cloches qui rappellent les exploits apostoliques de saint Patrice, de saint Columba, de saint Mogue,de saint Fillan, de saint Meriadec. Ces cloches, signe d’autorité épiscopale égal à la crosse, ont traversé douze siècles protégées par une infatigable vénération qui nous vaut aujourd’hui la conservation de ces reliques liturgiques.

Les cloches à main n’excluent pas, à la même époque, les cloches de plus fortes dimensions, les signa qui retentissent dans les solitudes saxonnes pour réunir les religieux qui les défrichent et vont les civiliser.

Nous avons rapporté, comme renfermant d’utiles documents historiques, les gracieuses légendes de saint Loup et de saint Eloi.

Avecl’ère carlovingienne s’ouvrepour les cloches une période plus prospère, comme pour tous les arts. Le grand Charles encourage les fondeurs et ne craint pas de jeter dans le creuset de leur bronze de riches alliages d’argent. Il s’occupe des cloches dans ses capitulaires. Les vieux bronzes des empereurs romains sont jetés dans les moules ardents pour y prendre nouvelle forme et changer l’image des persécuteurs en un instrument de louange envers le vrai Dieu.

CLOCHES

Les inscriptions se multiplient sur les coupes sonores; pour nos pères, une cloche est un être vivant, un prédicateur qui proclame dans les nues les vérités divines; elle a une langue, une voix, elle se réjouit, elle pleure, elle gémit, elle éclate en sanglots, elle s’unit aux tristesses, aux joies de la terre comme un écho du ciel ; elle est si bien un être vivant, qu’elle est ointe, sacrée, baptisée, qu’elle porte un nom ; une ceinture de poétiques inscriptions la serre, comme un chaste emblème; elle est l’intermédiaire entre la misère et les effrois de l’homme et la colère divine. C’est la cloche qui parle fièrement au tonnerre et qui doit en détourner les coups, et les doux éclats de ses harmonies combattent au milieu des nuages le redoutable fracas de la foudre; elle sert de bouclier contre ses flèches enflammées; enfin cette corde, qui pend jusqu’au fond de la tour et qui la rend accessible à nos mains, est un lien qui la rattache à la terre, un bras tendu vers nous pour nous secourir.

Ce beau symbolisme paraît sur les inscriptions ou dans les commentaires des Pères; nous l’avons vu répété par Rupert deTuitz, Durand de Mende, et l’époque romane, dans sa vénération pour les cloches, leur élèvera les robustes tours des rives du Rhin, le campanile de Périgueux, la gracieuse tour de Pise, toute dentelée d’arcatures.

Venise a la gloire d’introduire les cloches en Orient, là oü l’on ne connaissait que le son barbare du sémantaire. Godefroy de Bouillon les fait pour la première fois vibrer à Jérusalem pour célébrer sa victoire.

Sur le passage dtp saint viatique, devant les châsses des saints, le jour de leur translation, on agile de riches sonnettes ornées de rinceaux et de figures, découpées à jour; bientôt même elles sont attachées à des roues et deviennent, sous le marteau d’habiles sonneurs, un instrument de musique et l’origine des carillons.

La cloche n’est pas seulement dans la tour comme la sentinelle dans son échauguette : elle habite aussi l’église, elle est suspendue à l’entrée du chœur devant le maître-autel, et après qu’elle a rassemblé les fidèles, de leurs lointaines demeures dans la maison de Dieu, elle les guidera dans leurs prières, les instruira des moments solennels du sacrifice. Dès la fin du xne siècle, elle intervient à l’élévation pour annoncer l’avènement mystérieux du Christ sur l’autel; elle fera bientôt retentir aussi sa voix au Sanctus,e t enfin, comme aujourd’hui, aux divers moments de la messe.

Avec le progrès de l’industrie les cloches ont successivement augmenté de diamètre; leur forme s’est aussi modifiée, comme on a pu le remarquer sur les exemples que nous en avons gravés; d’abord droites, souvent quadrangulaires, elles sont devenues plus évasées, en manière de lis renversé, toujours circulaires, enfin elles sont chargées d’ornements, d’inscriptions répétées et de riches frises.

La réformation, on le comprend, a détruit une multitude de cloches; comment les protestants pouvaient-ils ne pas imposer silence à ces antiques et mystérieuses voix qui leur rappelaient, sans cesse, la foi de leurs pères, les traditions religieuses les plus anciennes et surtout l’adorable mystère de l’Eucharistie qu’elles étaient, avant tout, chargées d’annoncer ? Les novateurs cherchèrent souvent à étouffer leurs remords en faisant taire ces reproches importuns qui descendaient du haut de leurs tours sur eux. Espérons que ces cloches, fidèles compagnes de la liturgie primitive, y reviendront bientôt et feront entendre, comme celle d’Insh, des gémissements, pour qu’on les rende à leur demeure. Espérons que, partout oü elles subsistent encore, leurs accents célébreront le triomphe de la vérité et réuniront de nouveau les chrétiens dans une prière commune.

Bibliothèque nationale. — Manuscrit du xv° siècle.

ORGUES

L’orgue a occupé une trop grande place dans les cérémonies liturgiques pour que nous puissions négliger d’en parler au milieu de ces études.

Il était déjà connu des anciens, comme peuvent en convaincre une foule de témoignages, et notamment la représentation qu’on en voit sur une médaille de Néron.

Nous avons retrouvé à Bruxelles, dans le cahier d’inscriptions recueillies par Winghe, un marbre qui porte deux orgues, une colombe et une épigraphe grecque. (PL DU.)

A la base de l’obélisque de Théodose, à Constantinople, on voit figurer deux orgues pneumatiques, Lun à sept tuyaux, l’autre à huit. Deux hommes, montés sur des soufflets, s’apprêtent à les mettre en mouvement. (PI. DU.) Labarte (1. 3oq) parle de deux orgues d’or et de deux d’argent des factions des cirques dans le palais de la Magnaure.

Inscription à Saint-Paul-hors-les-Murs, d’après une photographie de MM. Parker et Molins.

Sur un marbre de Saint-Paul de Rome, qui porte l’épigraphe de Rusticus, figure un orgue

composé d’une riche caisse à air, d’un clavier à nombreuses touches, de deux étages de tuyaux, dont les orifices pour l’échappement de l’air sont indiqués dans le bas; le tout est monté sur un stylobate orné, entre autres dessins, d’une figure du soleil L

Sur un des flancs d’un sarcophage de Saint-Maximin, où figure la résurrection de la fille de J aire, on voit représenté à l’entrée de la maison, un orgue monté sur un buffet et garni de beaucoup de tuyaux 2.

Le P. Delattre, parmi les curieuses découvertes qu’il a faites à Carthage, a trouvé sur des lampes antiques des figures d’orgues3.

Un singulier poème de Publius-Porphyrius Optatianus, contenant un Panégyrique de Constantin, nous donne la description d’un orgue; d’après ce document, les plus longs tuyaux, et par conséquent le bas de l’orgue, paraissent, sous la main droite de l’exécutant, le contraire d’aujourd’hui, et comme cela a lieu pour la harpe. Les tuyaux étaient de bronze et rangés en carré; leurs orifices successivement ouverts ou fermés semblent avoir porté directement les touches ellesmêmes L

Page 1