‹ La messe (volume 3)Chapitre 263 sur 341 · F . Clément, Méthode de plain-chant · texte numérisé non relu

F . Clément, Méthode de plain-chant

Ruelle, Congrès d'Are^o pour l’étude du chant liturgique, Paris, 1884, in-8.

M. Blum von Hirt parle de la pratique de l’orgue dans le plain-chant : «Il faudrait une littérature pour l’orgue, afin d’assurer l’unité, et n’écrire pour l’orgue que dans la tonalité antique. »

VÊTEMENTS D’AUTEL

ORIGINES

L’usage de recouvrir les autels de linges blancs et de lin fut inspiré, dès l’origine, par le respect de l’Eucharistie; on peut même dire que c’était une tradition de l’Eglise juive, comme on le voit par ce précepte de l’ancienne loi : « Nec non altare aureum involvet hyacinthino vestimento L »

La lettre de saint Jacques, qu’on attribue à saint Clément, fait mention des voiles qui couvraient le saint des saints : « Vêla (appellantur) quasi quod « cooperirent sancta sanctorum , ut præcepit « Deus ad Moysen. »

Devons-nous, en tête de ce chapitre, mentionner la relique que l’on conserve à Saint-Maurice de Vienne, et que la tradition, sous le nom de saint Mantil, fait remonter à Notre-Seigneur? Faut-il voir dans ce linge antique, sorte de mousseline, la nappe qui servit au Sauveur à la dernière cène, et sur laquelle il plaça le premier pain consacré? Nous n’avons pas d’autre document à offrir que cette tradition ancienne et persévérante, mais rien ne s’oppose dans les habitudes antiques à ce que nous la croyions véritable. En effet, les Romains se servaient dans leurs repas d’une mappa pour s’essuyer la bouche, ou du mantile, mantelium, à peu

i. Martigny.

Cajetani, De vetusto altaris pallio, p. 3q.

près synonyme, et qui, plus tard, servit à désigner la nappe même que l’usage fit étendre sur la table.

On conservait à Constantinople, dans la chapelle impériale, le linteum 1 dont le Sauveur se ceignit au lavement des pieds, le mantile de la Véronique; il ne serait pas plus étonnant qu’on ait gardé le linge qui couvrait la table de la cène.

Voici la tradition qu’on peut, on le voit, accepter sans blesser les souvenirs historiques les plus certains, et les renseignements que nous devons à M. l’abbé Pra, curé de Saint-Maurice, qui nous les a transmis à l’occasion de notre ouvrage :

Parmi les reliques dont l’église de Vienne était autrefois enrichie, est le mantil ou nappe de la cène du Sauveur. Le martyrologe gallican donne à l’article Zacharie le passage suivant : « C’est par la munificence de ce pontife « que la cité viennoise possède la sainte nappe, « sur laquelle Notre-Seigneur Jésus-Christ, à la « dernière cène avec ses apôtres, célébra les dite vins mystères, c’est-à-dire la sainte Eucharistie, « nappe qui est un gage très précieux et un illustre « monument de la piété chrétienne. »

La tradition conservée dans plusieurs familles de Vienne nous apprend qu’aux fêtes de Pâques et de la Pentecôte, le nombre des pèlerins accourus, non seulement du Viennois, mais encore du Vivarais, du Forez, du Lyonnais, était si grand, que les hôtelleries et les maisons particulières ne

i. Riant, Exuvia? Constant., t. 11.

VÊTEMENTS D’AUTEL

pouvaient les contenir. La foule passait la nuit dans les églises ou sur les places publiques.

Pendant la Révolutionna sainte nappe disparut. Sur l’ordre du Directoire, au district de Vienne, les vases précieux et les reliquaires de l’église Saint-Pierre et de l’église Saint-Maurice furent transportés à la mairie. Un orfèvre fut appelé pour les estimer. On ouvrit le reliquaire de la sainte nappe ; il était monté sur un pied et avait une forme ovale. Une lame d’argent recouvrait toute sa surface. On le pesa après l’avoir séparé delà relique, qui fut heureusement soustraite et sauvée par M. Benotru, secrétaire communal. D’après les témoignages qui purent intervenir, Mgr de Bonald n’a pas hésité à renouveler les authentiques.

Le troisième concile de Braga, pour montrer quel respect doit entourer les voiles, les vêtements de l’autel, défend non seulement de les détourner de leurs usages, mais aussi de les donner et de les vendre.

Saint Silvestre voulut, selon le témoignage du Livre pontifical, que l’autel fût couvert non d’une étoffe de soie, non d’un tissu teint, mais d’une nappe de pur lin, qui put rappeler le suaire de Notre-Seigneur : « Constituit ut sacrificium alta- « ris non in serico, neque in panno tincto cele- « braretur, nisi tantum in linteo ex terreno lino « procreato, sicut corpus Domini nostri Jesu « Christi in sindone lintea munda sepultum est, « sic missa celebraretur. »

On peut croire1, dit Thiers, que jusqu’à la fin du ix° siècle on couvrait les autels tantôt de linçe, tantôt d’autre étoffe. Saint Optât2 (f 38q) assure que les autels de bois, sur lesquels on célébrait les saints mystères, étaient couverts d’une nappe de lin : « Quis fidelium nescit in peragendis mys- « teriis ipsa linteamina cooperiri.»

Il ne paraît pas que le décret de saint Silvestre, qui excluait toute autre étoffe que le lin, ait été parfaitement observé, car Palladius mentionne des matrones romaines qui renonçaient à leurs vêtements de soie pour en parer les autels 3.

Saint Jean Chrysostome, dans une homélie sur 1 Évangile de saint Mathieu, montre le contraste

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