‹ La messe (volume 3)Chapitre 265 sur 341 · Migne · texte numérisé non relu

Migne

VIe SIECLE.

Il fit une autre nappe, où tous ses prédécesseurs étaient figurés en broderie d’or, coutume que nous verrons reparaître toùt à l’heure dans la casula diptycha, et qu’on trouve dans différentes églises, notamment à Saint- Paul de Rome.

Il en fit une troisième et une quatrième, ornementée de perles, sur laquelle on lisait : « Parce , Domine, populo tuo, et memento mei peccaloris quem de stercore exaltasti in regno tuo... » Ces broderies de perles ont été en Orient, et surtout dans l’Eglise russe, d’un usage extrêmement fréquent; il est possible, quoique la plupart ne remontent pas à une époque fort ancienne, que ces travaux aient leurs origines dans un temps assez reculé.

Ravenne, ville incomparable pour les monuments d’antiquité chrétienne, nous offre en la circonstance actuelle mieux que de simples descriptions; nous trouvons des images exactes et claires de vêtements d’autels sur ses mosaïques. A Saint-Vital, sur le tableau qui figure le sacrifice de Melchisédech (PI. II), nous avons une véritable restitution d’autel du vie siècle : c’est d’abord un vêtement qui descend presque jusqu’au sol, ne laissant découverts que les pieds de l’autel; il est pourpre, plissé, et orné sur sa face de deux gammadiæ d’or; sur ce premier vêtement en est un second, une nappe blanche, ornée sur le dessus de quatre gammadiæ noires, enjolivées de fleurons à leurs extrémités, brodée sur le devant de quatre gammadiæ semblables aux précédentes, mais un peu plus petites, et d’une étoile noire à huit pointes. Cette étoile est formée par le croisement de deux carrés d’or, elle renferme un double octogone, aussi en or. Le bord de la nappe est garni d’une frange dont les filets se réunissent deux par deux pour soutenir les amandulœ d’or.

Les plis de cette nappe sont peu accusés, notamment au bord, ce qui n’aurait pas lieu si c’était une pièce d’étoffe carrée, jetée sur la table, et dont les plis s’amasseraient aux angles; ici l’étoffe est presque tendue, de façon que les ornements paraissent à leur place convenable. Je ne mets pas en doute, d’après ces observations, que cette nappe est une sorte de housse dont on revêtait la table sacrée pour la messe et qu’on ajoutait en cette occasion sur le vêtçmçnt pourpre, lequel

restait toujours. On peut se figurer cette housse taillée en croix équilatérale, comme le montre le croquis ci-joint, et cousue aux angles. Quant au

vêtement inférieur, il était sans doute disposé de même.

Dans la mosaïque de Classe représentant le même sujet, l’autel n’a qu’un vêtement, la nappe blanche qui descend presque jusqu’à terre; elle offre les mêmes ornements que la précédente; sur le dessus, les quatre gammadiæ, symbole des évangélistes; sur le devant, les gammadiæ et l’étoile du milieu. Au lieu des gammadiæ inférieures, il n’y a ici que deux petites bandes verticales terminées par des fleurs de lis; l’étoile est aussi un peu différente, l’octogone intérieur est remplacé par un cercle coupé par des segments de cercle. La nappe n’a pas de frange, comme à Saint-Vital. (PL III.)

Nous avons encore à Ravenne un exemple de nappe dans une mosaïque de Saint-Apollinaire le Neuf, qui représente la cène; elle porte les gammadiæ, un carré au milieu et une frange dans le bas. Elle est blanche et les ornements d’or.

Les ornements que nous appelons gammadiæ empruntent ce nom de leur forme, qui est celle d’un gamma T. Ils sont quelquefois mis dos à dos et constituent une croix grecque, ou ils sont placés face à face, comme dans les images que nous étudions, et déterminent une sorte de carré.

Si on se rappelle les autels de Ravenne que nous avons reproduits dans notre premier volume, les élégantes sculptures dont ils sont ornés, les frises de rinceaux, d’oiseaux qui décorent les pilastres qui s’élèvent gracieusement au bord et encadrent l’entrée des confessions, on s’étonnera de voir couvrir un travail si recherché de nappes

VETEMENTS D’AUTEL

qui en rendent la richesse invisible et inutile. A cela il faut répondre que les vêtements permanents n’avaient sans doute d’usage que pour les autels qui ne perdaient rien à être cachés, qui étaient de bois, comme semble l’être l’autel de la mosaïque de Saint-Vital; quant aux autres, il est impossible de les supposer cachés perpétuellement, et la meilleure preuve est dans les portes de confession, qu’une housse aurait condamnées. Voici un texte de l’anonyme des miracles de saint Gibrianus (vie siècle), qui nous prouve que les nappes n’étaient souvent étendues sur l’autel qu’au moment de la messe; il raconte que la comtesse Richilde, en l’honneur de ce saint, « maphortem « sericum non minimi pretii pro benedictione « obtulit deprecans, quotiescumque missa ad eius « altare celebraretur, ipsi mensæ sacratæ ab « memoriam sui superponeretur l. »

On lit aussi, à propos de Saint-Gall, ces mots qui confirment le dépouillement des autels en dehors de la messe 2 : « Vestitoque altari missas « compleverunt. »

Soyons donc persuadés que les vêtements de ces beaux marbres ne demeuraient cachés que pendant le temps du sacrifice, par respect pour l'Eucharistie, mais qu’aussitôt après la messe les diacres s’empressaient de les découvrir de nouveau.

Une autre difficulté pour la mise en place des voiles d’autel consiste dans la table creuse qui forme leur surface, à Saint-Jean-l’Évangéliste de Ravenne, aux Saints-Apôtres de Rome, dans nos charmants autels du midi de la France, Saint- Victor, Auriol, Saint-Marcel, Vaison, etc.; le plateau en creux est quelquefois d’une profondeur de six à sept centimètres. Il me semble difficile, pour ces autels, de supposer la housse que nous avons signalée dans les mosaïques ravennaises; il faut plutôt penser que les pâlies de lin étaient, en cette circonstance, de larges pièces d’étoffe, souples, libres et retombant au fond de l’auge de marbre par leur simple poids, ou maintenues par celui des objets sacrés qu’on y posait, le calice, la patène, l’évangéliaire 3.

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