‹ La messe (volume 3)Chapitre 272 sur 341 · VI — 2 J · texte numérisé non relu

VI — 2 J

VETEMENTS D’AUTEL

« nus Eps. — Félix Eps. — Silvinus Eps. — [ « Theodonus Eps. (pour Theodorus). »

Les grandes bandes occupaient le devant et le derrière du vêtement, les plus étroites formaient le tour du col. Les premières, jadis employées horizontalement, et prenant ainsi une situation verticale, offraient les tètes des personnages couchées. Ces broderies sont composées de fils d’or (bracteolæ) formant le fond, et de fils de soie très fins. Sarti raconte qu’on avait essayé la pureté de cet or, et qu'on trouva qu’elle dépassait, ou du moins égalait celle si vantée des monnaies espagnoles de son temps. Selon cet auteur, ce genre de broderie est de l’espèce dite plumaria, qui n’est que l’art d’orner à l’aiguille une étoffe déjà tissée ', ce que saint Aldhelme rendait par ces mots ( De laud. virg., c. vi ) : « Inter densa filorum stamina « ultro citroque decurrunt. »

L’or brille encore sur les chasubles des évêques, au milieu des couleurs. Le vêtement de l’ange saint Michel est rouge, celui de Firmus vert, couleurs qu’on retrouve dans d’autres médaillons; : les livres sont d’or. Tous les évêques ont la barbe rasée; ils ne sont pas tous tonsurés, mais cette circonstance peut être un oubli du brodeur. Saint Michel est ailé et seul nimbé.

Le beau dessin qu’en a fait M. Errard, et qui a figuré à l’Exposition des beaux-arts appliqués à l’industrie (1884), donne idée de l’extrême richesse de ces tissus; on y voit que tout est en or, excepté les figures des évêques, leurs vêtements rouges, bleus ou verts, les médaillons des cadres verts ou rouges, ou rouges et bleus; les vêtements eux-mêmes sont rehaussés de bandes et d’orfrois d’or. La main est un simple trait sur fond d’or. — Les fleurs de lis sont roses, vertes et bleues.

Sarti a découvert que ces portraits étaient ceux des évêques de Vérone; mais, comme tous les autres auteurs, il n’a pas vu dans ces broderies autre chose qu’une décoration de chasuble; il donne seulement comme hypothèse qu’elle pourrait avoir été un vêtement d’autel, mais sans profiter de sa réflexion. Biancolini dit formellement, vu la situation renversée des médaillons, qu’elle n’a pu servir d’habit sacerdotal, et il croit qu’elle

1. Muratori, Antiq. ital., diss. xxv, t. I, p. 401. — Muratori semble croire qu’on y insérait des plumes;. t. II, p. 46g.

servait originairement à couvrir l’autel et le tombeau des saints Firmus et Rusticus, dans l’église de San-Fermo-Maggiore.

Ces auteurs, comme tous ceux qui ont fait autrefois de l’archéologie, n’ont pas su être plus explicites, pour n’avoir pas cherché la solution du problème le compas à la main. En effet, dans une étude géométrique, on trouve facilement la place des trente-cinq médaillons mentionnés par de Rossi. Nous avons heureusement conservé, dans le fragment de la bande supérieure, le motif central qui est la main bénissante, et par cela même la largeur du parement, soit environ im6o. En ajoutant aux fragments des petites bandes les médaillons de même genre que Rossi a vus autour du col, nous formons les montants du cadre et nous atteignons une hauteur de 1 m 1 2 , qui n’est pas excessive pour un autel. Nous n’avons plus à disposer que les onze médaillons du devant de la chasuble, dont la place est toute trouvée dans la partie inférieure entre les deux bandes verticales. Ils correspondent ainsi exactement à ceux du haut.

Nous avons vu, au vie siècle, que saint Maximianus avait fait faire pour son église un devant d’autel où se trouvaient représentées les images de tous ses prédécesseurs; ce n’était donc pas une nouveauté; mais ces médaillons ne nous donnent que la dimension et le cadre du parement, le tableau qui formait la partie centrale a malheureusement disparu. Il est probable qu’à l’époque où cet ornement fut transformé en chasuble, le mauvais état du tableau provoqua le changement et ne permit pas de l’employer. On peut y suppléer, comme nous l’avons fait sur notre planche, en choisissant un sujet contemporain, l’image, par exemple, de la sainte Vierge entourée d’anges de la mosaïque de Santa- Maria-in-Domnica. On peut supposer dans cette représentation, au lieu du pape Pascal agenouillé aux pieds de la madone, l’évêque Hannon, qui doit être l’auteur de l’ouvrage, puisque le dernier médaillon est celui de son prédécesseur Sigibertus, mort en 744. Il est vrai que, dans l’établissement de la date, la liste des évêques de Vérone n’offre pas une certitude chronologique satisfaisante mais ici le style, ses analogies avec les monuments carlovingiens,

i. Voyez Gams. Il dit la chasuble du vin* siècle.

IXe SIÈCLE.

confirment bien l’attribution de nos broderies au vme siècle. (PI. DV.)

Voici quelques rapprochements que nous ne faisons qu’indiquer et qu’il sera facile de multiplier. A l’entrée de la chapelle Saint-Zénon, à Sainte-Praxède de Rome, nous voyons des bustes ainsi compris dans des médaillons circulaires h

Les fleurs de lis qui ornent les tympans des médaillons sont d’un usage fréquent chez les artistes carlovingiens. Dans la Bible de Charles le Chauve, au-dessus du trône de l’empereur; sur les chancels de San-Abondio à Côme; sur un autel à Orvieto, à Saint-Georges au Vélabre, etc., on voit cet ornement répété.

La main ouverte descendant du ciel n’est pas moins usitée; on la trouve sur le livre de prière écrit par Liuthard 1 2, sur le petit ciborium de la riche chapelle, à Munich.

IXe SIÈCLE.

Avec Léon III, les vêtements d’autel acquirent à Rome une magnificence extraordinaire, comme on peut en juger par la description de ceux qu’il donna à Saint-Pierre : « Vestem cum vite ex auro « purissimo, cum gemmis pretiosissimis et marie garitis, habentem in medio vultum Salvatoris et « S. Dei Genitricis Mariæ et duodecim aposto- « lorum ubi et misit auri lib. 25. » Il est à croire que le vultus du Seigneur, celui de la sainte Vierge, étaient des bustes dans des médaillons, fort en vogue à cette époque, ainsi que la casula diptycha

1. Les Bollandistes (septembre) signalent dans la cathédrale de Naples une très vieille peinture où on voyait des médaillons de ce genre. Je ne me rappelle pas les avoir vus.

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