Ann. arch., XVII
XIIIe SIÈCLE.
ments géométriques et pourtournent des étoiles formées de traits bleus ; les compartiments dépourvus d’étoiles ont une rosace d’or ou de légères arabesques blanches. Il est impossible d’imaginer un tissu mieux composé comme dessin et de couleurs plus harmonieuses. Le dessin de l’autel est blanc. Au f 0 1 1 3 du même manuscrit, les parements de l’autel sont indiqués vert d’eau avec ornements d’or; autour de la nappe blanche du dessus déborde une petite frange rouge, bleue et or alternativement. (PL DXI.)
Les parements n’étaient pas toujours tendus, ils étaient remplacés quelquefois par une nappe à plis libres jetée sur l’autel, comme nous le voyons dans une miniature de la Bibliothèque Corsini (PL XVI) et dans une Apocalypse de la Bibliothèque nationale (français 13096, f° 14).
Deux fresques de Rome nous montrent des autels tendus- d’une étoffe losangée que recouvre dans le haut un petit bavolet avec frange. (PI. XVI I et XIX.) Ce bavolet, que Thiers indique comme cachant la tringle sur laquelle glissait le rideau, servait plutôt ici à dérober la vue des agrafes, car il n’y a pas de plis; sur une autre fresque de Saint- Laurent-hors-les-Murs, le bavolet et la frange du haut sont remplacés par une ceinture ornée qui doit être le châssis dont nous avons plusieurs fois parlé. L’étoffe, ornée de médaillons et de X, ne tombe qu’à mi-hauteur de l’autel. (PL XIX.)
Nous trouvons en France aussi cette mode des nappes flottantes retenues au bord de l’autel par une zone de bois qui en resserrait les plis. Un manuscrit de l’Apocalypse(fonds français de la Bibliothèque nationale qo3, 12 verso, f° 44 verso) nous montre qu’elle était quelquefois richement ornée de pierreries. (PL DX.) Dans les émaux de Limoges cette ceinture est aussi figurée.
Le manuscrit 8846 de la même Bibliothèque nous offre l’image d’un autel où la nappe blanche retombe de chaque côté, laissant en avant l’antipendium apparent; elle est recouverte au-dessus par une pièce carrée d’un brun violet : on voit dans un bréviaire parisien finement enluminé, ces nappes retombant latéralement (fonds latin 1023, fos 8, 282, 33p verso). Elles sont ornées sur les côtés de liserés avec pois; dans l’une
des images une frange en avant semble indiquer une autre nappe en dessous.
Sur un bas-relief de la cathédrale d’Amiens, la nappe ne retombe que latéralement et laisse à découvert en avant le riche antipendium de l’autel.
On y voit de ce côté un malade qui se frotte les yeux avec les plis qu’il a saisis. (PL DCXIII.)
Dans le pontifical de Rouen, la nappe retombe aussi de tous côtés; elle est damassée. (PL DV.) 4» .« *•
Viollet-le-Duc (Mobilier, p. 195) publie un autel, tiré d’un manuscrit de la fin du xinc siècle, où l’on voit trois nappes indiquées, une nappe longitudinale qui retombe sur les côtés, une seconde qui laisse passer en avant une bordure frangée et armoriée, enfin la nappe inférieure.
Les nappes ornées d’écussons paraissent assez souvent à la fin du xme siècle. En effet, dans l’inventaire des meubles de la comtesse Mahaut d’Artois, de 1 3 1 3 , nous lisons : « Item, une nappe '< d’autel, parée d’une parure des armes d’Artois « et de Beaugiu.... » Ces nappes sont souvent désignées sous le nom de touailles.
■ Le missel romain nomme indistinctement nappes ou toueilles, « mappæ seu tobalæ », les linges bénits qui recouvrent la table de l’autel.
Dans les inventaires de la Sainte-Chapelle, on voit des nappes ouvrées et parfois garnies d’orfrois. L’orfroi ou frontal pendait à la partie antérieure; c’était comme les dentelles qu’on y coud maintenant. La touaille était ouvrée, c’est-à-dire brochée dans -le tissu, ou brodée de dessins à la main.
M, Dumoutet a trouvé en 1868, dansrun tombeau d’Issoudun, une nappe d’autel du xiue siècle d’un grand intérêt. Les deux fragments, que son fils a eu la bonté de me montrer, sont bien conservés et permettent déjuger la beauté du travail; c’est ce que nous appelons aujourd’hui guipure, une broderie qui a pour base un filet dont les mailles ont omo83 en carré, sur lequel divers ornements sont produits à l’aiguille. Ces ornements se composent du monogramme de Jésus-Christ en soie blanche, entre deux M A, peut-être signe abréviatif du nom de Marie; ils consistent aussi en cadres de omo5 de côté entourant quatre C adossés; le fond, sur lequel se détachent ces cadres, offre un treillis, avec étoiles au milieu de chaque losange. Ce treillis et divers ornements sont en soie jaune, le reste en soie blanche. Les cadres
VÊTEMENTS D’AUTEL
1 ddu
sont un treillis plus serré que celui du fond et en soie blanche.
« Le devant de l’autel, dit Durand de Mende, « est orné d’une frange d’or, selon cette parole « de l’Exode (ch. XXV et XXVIII) : «Tu me cons- « truiras un autel et tu l’entoureras d’une guir- « lande haute de quatre doigts.» Lorsque l’autel « signifie le cœur de l’homme, la frange signifie « la pensée de la bonne œuvre dont nous de- « vons orner notre front; lorsqu’il signifie le « Christ, elle désigne l’ornement de la charité. « On dresse aussi des bannières sur l’autel, afin « de rappeler continuellement dans l’église le « triomphe du Christ. Dans quelques églises, à « Pâques, l’autel est orné de couvertures pré- « cieuses et de trois voiles rouge, gris et noir. « La première leçon et le répons étant finis, on « ôte le voile noir qui signifie le temps avant la « loi. Après la seconde leçon et le répons, on en- « lève le voile gris qui désigne le temps sous la « loi. Après la troisième leçon, on ôte le voile « rouge qui signifie l’époque de grâce *. »
A partir duxirie siècle, on voit figurer sur l’autel deux bandes qui prennent leur point de départ sous la première nappe et qui ressemblent aux bouts d’une étole ou d’un manipule. M. le chanoine Reusens nous a communiqué, à Louvain, des textes qui éclairent cette question et nous permettent de voir dans ces objets les ornements qu’au moyen âge on nommait dextralia. Un inventaire de 1218, de l’église Saint-Aubin de Namur, porte ces mots : « ornamentum altaris « sancte crucis, coopertorium scilicet et duo dex- « tralia. Et ailleurs : « ornamentum majoris altaris « coopertorium scilicet et duo dextralia et duo « manutergia. »
11 semble que l’origine de cet ornement ait été l’usage de poser le manipule sur l’autel; dans un manuscrit d’Arras, ces deux bandes paraissent sur la nappe elle-même et sont blanches et frangées (missale 368, fos 127 et 1 3g). Le manuscrit 3oq de la même Bibliothèque, fin du xm0 siècle (f° 106), et le 606 (f° 94) nous-1 es montrent déjà sous la nappe 1 2.