CORPORAUX
Nous avons dit que l’origine du corporal et de la nappe d’autel était à peu près la même. Néanmoins, comme leur usage, leur forme, sont devenus bientôt différents, il convient d’envisager à part ces deux objets liturgiques et de nous occuper spécialement de ce linge sacré.
« Le corporal, écrit le cardinal Bona, est une serviette de lin qu’on étend sur l’autel pendant la messe pour placer immédiatement dessus le calice, puis le corps du Seigneur, ce qui l'a fait appeler corporal. Il est à croire que les apôtres ne durent pas célébrer le saint sacrifice sur un autel nu et dépouillé, mais que, à cause de leur profond respect pour le corps sacré du Sauveur, ils environnèrent l’autel de linges et d’ornements. » (II. 446, trad.) Comment supposer que les premiers prêtres n’aient pas eu d’infinies précautions en maniant les saintes espèces, lorsque nous voyons employer de si bonne heure des voiles pour toucherd’évangéliaire?
Le rite ambroisien exprime nettement la pensée originelle qui fit faire le corporal, en l’appelant linceul. L’oraison qu’on dit, selon ce rite, en commençant par l’oblation, est nommée oratio super sindonem. Ce nom fut conservé à Milan. Dans la même pensée, on avait inscrit dans les capitulaires (801) : « Sindon quam solemus corporale « nominare. »
Dans le sacramentaire de Gélase, il est dit que les linges sacrés rappellent les ornements tissés par Marie pour les lévites et à 1 usage du tabernacle.
On prétend, mais j’ignore avec quelle autorité, que le pape Sixte Ie1' ( 1 3 2 ) prohiba ceux de soie ou ornés de peinture, obligeant de les faire en lin blanc, symbole de pureté1.
D’après le Livre pontifical, saint Silvestre aurait, dans la même pensée, ordonné que le sacrifice de la messe ne fût pas célébré sur des étoffes teintes, ou sur de la soie, mais sur un lin pur2.
Cet usage devint universel, comme en témoignent Bède (in Mar., cap. 1 5), Burchard, le concile de Reims, etc.
Jadis, il était beaucoup plus long et plus large que maintenant, car il descendait sur tout l’autel; c’est pour cela qu’on lui a donné les noms de Palla et de Linteamen. Ces dimensions résultent manifestement du témoignage de l’Ordre romain® et de ces paroles : « Tune venit subdiaconus « ferens... super calicem corporale, idest sindo- « nem,quodaccipiensDiaconus, ponit super altare « a dextris, projecto capite altero ad Diaconum « secundum ut expandant. » Et encore plus positivement par celles-ci : « Diaconus accipiens « corporale ab acolytho, alio se adjuvante diacono,
1. Instituit ut sacrum corporale non fiat ex serico... (Gothefr. Viterb., Panthéon.)
D’autres attribuent cette prohibition et l’obligation qu’ils soient bénits par l’évêque, au pontife saint Eusèbe, en 309.
2. Constitua ut sacrificium altaris non in serico, neque in panno tincto celebraretur, nisi tantum in lineo ex terra procreato, sicut corpus D. N. J. C. in sindone linea et munda sepultus fuit. (Lib. pontif.)
On dit que le pape Soter (11" siècle) établit qu’aucune femme ne toucherait aux linges sacrés.