ANTIQUITÉ CHRÉTIENNE
poétique : « Introduisez-les, Seigneur, rassemblez- « les dans le lieu de verdure. »
C’est pour cela que les tombeaux des saints et les catacombes sont si souvent ornés de fleurs, image du printemps sans fin, ce qu’on lit dans cette belle épigraphe :
Tempore continuo vernant ubi gramina rivis.
Les défunts sont représentés dans des jardins magnifiques, foulant aux pieds des pelouses émaillées de fleurs brillantes. Les saints, surtout, sont figurés par les mosaïstes à l'ombre des palmiers qui les couvrent et symbolisent leurs victoires, marchant sur des gazons fleuris et tenant des couronnes.
Devant les peintures qui nous restent, peut-on douter que les fidèles, après avoir chargé les artistes de les exécuter, n’aient pas voulu eux-mêmes réaliser dans leurs églises cette décoration qui leur apportait tant de pompe, d’éclat et de parfums ? Ces peintures, à défaut d’autres documents, nous paraissent des témoignages irrécusables. En effet, elles ne nous montrent pas seulement les fleurs à l’état naturel et telles que les jardins les produisent, elles nous les montrent cueillies, préparées, rassemblées et serrées sous les rubans d’or ou de pourpre.
Les catacombes fournissent dans leurs fresques la meilleure réfutation de ceux qui prétendent que le culte qu’elles abritaient en était dépourvu ; dans lecubiculum de Sainte-Cécile, nous voyons des enfants occupés à cueillir des fleurs, ce qui, dans un tel lieu, ne saurait être interprété pour un but profane.
Ces guirlandes devaient principalement orner les arcs des arcosolia ; une double guirlande figurée dans le cimetière de Sainte-Agnès semble, à cet égard, un souvenir et une preuve de la chose, et de plus, ces arcades oü s’accomplissaient souvent les saints mystères, avaient d’abord droit à la principale décoration. D’après leur dimension ordinaire qui est d’environ 2moo, on peut penser que chaque guirlande avait environ im5o.
Le plus souvent flexibles, les guirlandes étaient aussi parfois rigides, comme on le voit au cimetière de Thrason, où deux génies tiennent d’une main, au-dessus d’un arc, deux corymbes tressés
sur une tige raide et, de l’autre, les feuilles inutiles qu’ils n’y ont pas insérées1.
On trouvait même en quelques circonstances les simples guirlandes trop pauvres, et on croisait sur elles un nouveau feston qui retombait librement dans le milieu, comme à la fresque de Saint- Gaudiosus de Naples, ou à l’adoration des mages du cimetière de Calixte. Ailleurs on ajoutait seulement par un fil un bout de feston aux premières guirlandes, comme à la catacombe de Saint-Janvier, à Naples.
Sur un sarcophage du musée de Latran, une guirlande continue va du sommet à l’autre des arcades en passant par des anneaux qui sont disposés sous les clefs; il en était peut-être de même dans quelques arcosolia ‘2.
Un sarcophage du musée de Trêves doit être rappelé; il représente Noé, sa famille dans l’arche, et la colombe rapportant le rameau d’olivier. Ce sujet, qui convient si bien aux espérances chrétiennes pour les morts, implique une idée de délivrance; c’est la veille d’une fête, un jour dans lequel on doit en préparer la pompeuse cérémonie ; en effet, de chaque côté du motif central que nous
Musée de Trêves. — Sarcophage.
venons de dire, il y a deux jeunes gens assis et tenant une guirlande dont une des extrémités est attachée à une colonne. Ils achèvent d’y introduire les dernières fleurs, et se préparent à puiser dans la large et pleine corbeille qu’ils ont devant eux pour façonner d’autres festons. Nous saisissons là, sous l’œuvre d’une main chrétienne, la manière et l’attitude des fleuristes antiques chargés de décorer les églises 3.
i. Garrucci, PI. lxvii, lxix.
•2. Id., PI. CCCII.