‹ La messe (volume 3)Chapitre 321 sur 341 · Poema xiv. Migne, p · texte numérisé non relu

Poema xiv. Migne, p

VIe SIÈCLE.

saïques du baptistère de Ravenne, nousen voyons de ce genre représentées au-dessus de chancels.

L’antiquité chrétienne a toujours connu l’usage d’orner les ciboria de guirlandes et de couronnes. Sur des encolpia de bronze, on y voit des encarpes, deux sur chaque face, suspendues sous les architraves. Cette tradition ne s'est jamais perdue en Italie, ainsi que nous l’apprennent ses monuments du moyen âge; nous retrouvons des guirlandes du même genre sur une fresque d’Assise (PL XX et LXXXXIII),etsur celle du Vatican qui figure les saints apôtres; enfin, l’élégant ciborium de Sainte-Cécile ( t 283) porte sous ses arcades une couronne attachée par de légers rubans.

Ces couronnes étaient quelquefois partagées en quatre parties que formaient les lis, les pampres, les épis, les lauriers ou les fruits. Nous avons des exemples de ce partage dans la belle mosaïque de l’oratoire de saint Jean évangéliste, au Latran et sur l’ivoire de Milan. Le langage des fleurs était connu des anciens, et nous ne sommes pas surpris de le voir adopté ici par la symbolique chrétienne. Les quatre éléments qui interviennent dans la composition de ces couronnes rappellent le pain, le vin eucharistique, la virginale pureté et les triomphes du Christ. Le moyen âge hérita de cet usage d’animer les fleurs et de leur attacher un sens mystique; c’est ainsi que l’Eglise appelle les innocents massacrés par Hérode, des fleurs ou des roses; que Dante voit dans le paradis une vaste rose, et que Jean de Pise, sur l’ambon du dôme, se plaît à représenter les âmes des saints innocents dans les gracieuses corolles de roses.

Le vie siècle n’a pas moins que les précédents la dévotion des fleurs. Il faut entendre Fortunat 1 célébrer le soin pieux que sainte Radegonde apportait à tresser des guirlandes pour le sanctuaire: « Lorsque l’hiver, dit-il, étreint l’univers dans les « glaces, les fleurs, la parure des champs, tombent « et périssent. Au printemps, à l’époque oü le « Seigneur a vaincu l’enfer, l’herbe se relève « joyeuse et couvre la terre d’une abondante « chevelure, ici les hommes ornent de fleurs les « portes et les ambons, là les femmes comblent

i. Miscellanea, lib. VIII, cap. xn.

« de roses parfumées les plis de leur tunique ; « mais vous, ce n’est pas pour vous, mais pour le « Christ que vous en recueillez les parfums, « pieuses prémices que vous portez au temple; « vous tressez pour les autels fortunés des cou- « ronnes variées. Sous ces fleurs nouvelles, l’au- « tel semble briller de la peinture d’une broderie; « dans vos festons le safran d’or s’unit au violet, le « blanc, le pourpre y brillent , l’azur s’y mêle au « vert. Les fleurs, rivalisant de couleurs, semblent « dans cet asile de paix se livrer à une lutte silice gulière. Celle-ci plaît par sa blancheur écla- « tante, celle-là par son aimable rougeur; celle-ci cc est plus parfumée, cette autre doit à son écarlate « une plus grande beauté. Ainsi les fleurs se cc combattent, elles l’emportent en éclat sur les cc pierres précieuses , en parfums sur l’encens. « Pour vous, Agnès et Radegonde, qui tressez ces cc guirlandes, puissiez-vous être parfumées des cc fleurs éternelles '. »

On voit, d’après cette citation, à quel degré d’art était arrivé l’agencement des fleurs. Les autels, les jours de fête, étaient véritablement couverts d’une broderie qui pouvait rivaliser avec les anciens antipendia et leurs rivières de pierreries ; on comprend quelle dextérité et quelle adresse il fallait aux pieuses ouvrières pour tracer ces dessins sans flétrir les fleurs qui en formaient les touches brillantes. Peut-être, comme on l’a fait dans nos processions modernes, ce travail consistait-il en une sorte de mosaïque et en fleurs plantées sur un fond de terre glaise qui les fixait et leur conservait en même temps par son humidité la fraîcheur nécessaire.

Fortunat, dans un autre poème, nous décrit une salle de festin toute éclatante et embaumée de fleurs qui remplaçaient la nappe, et faisaient oublier la saveur des plats ; des guirlandes de lierre pendaient aux murailles, et le sol était jonché de roses *.

Saint Grégoire de Tours confirme l’usage liturgique que de son temps on faisait des fleurs; il raconte qu’à Besançon, une femme, venant prier pour son mari devant les reliques de saint Ferréol, y prit une des feuilles de sauge dont le sol était

1. Grégoire de Tours, en racontant les funérailles cfc la sainte reine, dit que leclat de son visage l’emportait sur fa beauté des lis et des roses.

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