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Revue de l'Art chrét., III

RESUME

par le chandelier du temple, se reproduira ici de siècle en siècle, avec le sens symbolique qu’on y saisit. — Les cierges nous apparaissent en grand nombre dans les peintures cimetériales et les marbres primitifs; les chandeliers, sous la forme antique d’une série de fuseaux avec les griffes de lion à la base. Les cierges d’offrandes ou de procession, portés nus dans la main, ont été mentionnés à la catacombe de Cyriaque, sur les anciens encolpia, à l’ivoire de Trêves. Les ciboria illuminent leurs épistyles de couronnes de cierges. — Les villes, les jours de fête, au retour des grands hommes, à la translation des reliques, resplendissent comme en plein jour.

La croix est partout accompagnée de cierges qu’on fixe quelquefois sur ses bras eux-mêmes; aussi l’acolyte, à son ordination, reçoit-il un chandelier comme l’expression la plus caractéristique de sa charge.

Les funérailles surtout sont rehaussées par l’éclat des cierges.

Les basiliques constantiniennes ne brillent pas seulement par la multitude de leurs lampes, la cire n’y est pas moins employée que l’huile; on la peint, on l’expose sur des candélabres, sortes de colonnes dont Paulin nous laisse de quelques-unes la poétique description. Fortunat nous dit que les cierges ressemblaient à des astres.

Les sarcophages de l’antiquité chrétienne, peutêtre par souvenir des pompeuses illuminations funéraires, portent encore sur leurs marbres des chandeliers qui nous donnent d’importants renseignements, comme Ravenne, Classe, puis les chancels de Venise. Ce sont au vie siècle les formes du ive qui se reproduisent.

Les invasions spoliatrices n’avaient pas éteint dans Rome les splendeurs du luminaire ; le pape Martin nous raconte encore au vu0 siècle que les soldats envahisseurs du Latran fauchaient de leurs épées les cierges dans l’église comme une éclatante moisson.

La fête de la Purification était surtout l’occasion de ces illuminations.

Avec Charlemagne le zèle redouble. Adrien entoure Sainte-Marie-Majeure d’une régula où se rangeaient les cierges aux jours de fêtes. — Les chandeliers sont magnifiques, et les cierges qu’on y plante semblentsortir decalicesde fleurs. L’autorité royale rivalise avec la dévotion des particuliers :

Louis le Débonnaire recommande le luminaire dans les capitulaires; Louis II lève des décimes pour son entretien.

S’il faut en croire les mosaïques carlovingiennes, ces chandeliers prennent parfois une richesse extraordinaire qui les revêt de perles et de pierreries. EnOrient, le manuscritde saint Grégoire de Nazianze, de la Bibliothèque de Paris, nous montre les flambeaux en or et couverts de riches dessins.

Les longues tiges antiques formées d’une série de boules et de fuseaux successifs subsistent à travers tout le règne des Carlovingiens, et tout le temps que demeura l’usage de les poser à terre; ils ne changent de caractère qu’au moment où commence celui de les placer sur la table de l’autel. L’orfèvrerie se prête à cette transformation et inspire aux orfèvres rhénans cette quantité de petits flambeaux qui occupent dans cette histoire une page à part; c’est un composé de bobèches et de pieds réunis par un nœud qui touche à l’un et à l’autre. Le génie roman s’empare de cette donnée et ouvre à ce sujet le champ libre à l’imagination des orfèvres, qui accumulent sur le pied une masse inextricable de dragons, de bêtes fantastiques, nouant, dénouant leurs incompréhensibles détours.

Sobre d’abord, mesuré dans ses caprices même, le style dégénère bientôt en excessive surcharge. Les artistes ne cherchent plus à comprendre ce qu’ils font et se contentent de produire un effet violent par des rondes bosses heurtées et saccadées ; le candélabre de Glocester signale cette décadence; une réaction s’opère, et la peinture d’émail est chargée d’enrichir seule les flambeaux liturgiques, qui prennent de plus en plus pied sur l’autel luimême.

A côté des petits flambeaux restent encore les grands; le chandelier pascal grandit même et pousse, pour nous servir de l’idée du moyen âge, des rameaux jusqu’aux voûtes de l’église ; les fidèles le couvrent de fleurons, d’inscriptions; ils le font en marbre, l’incrustent de mosaïques, lui donnent une importance à part dans le sanctuaire. Ils ont aussi des herses brillantes, pour mettre devant les tombeaux des martyrs, des trabes revêtues d’argent ou de peintures, et qui séparent par une ligne de feu le presbyterium des nefs; ils ont les chandeliers de procession, les chandeliers en cristal de roche, ad opus Veneciarnm, les chandeliers

MESSE

CHANDELIERS

pour les funérailles, qui concentrent autour des cercueils une masse de lumière, image et espérance des splendeurs célestes.

Nous assistons enfin à la dernière phase, que je puis bien appeler la décadence moderne. Le chandelier que nous avons d’abord vu prendre timidement place sur l’autel, isolé, presque imperceptible, augmente peu à peu. Ses ornements, son importance s’accroissent; quelquefois il devient fixe, on le met entre les mains d’un ange agenouillé sur le retable. Le nombre en est doublé, triplé : la parcimonie recule devant les frais que ces accroissements entraînent; on a recours à un

artifice : on fabrique d’immenses cierges de bois dans lesquels on enferme une bougie qui les couronne d’une maigre flamme.

Ne serait-il pas temps de réagir contre ces habitudes théâtrales et de chasser à jamais de l’autel des appareils mensongers, aussi condamnables pour le bon sens que pour le bon goût? Revenons aux usages antiques, laissons l’autel nu, comme

nous voulons l’illuminer, entourons-le de chandeliers posés sur le sol, de herses, allumons des flambeaux sur des crédences, mais surtout respectons la nappe sacrée, ce suaire du Saint-Sépulcre.

Bibliothèque de Bruxelles. — Manuscrit de Gembloux.

LIVRES LITURGIQUES

ORIGINES

Si nous n’avions cru laisser dans notre recueil une lacune regrettable en ne mentionnant pas les j livres liturgiques, nous n’entreprendrions pas de les étudier, car l’étendue que mériterait un pareil sujet, la science de ceux qui l’ont abordé et qui nous a valu de si complets traités, nous auraient détourné de cette tâche. De plus, cette étude touche pour nous, plus qu’aucune autre de cet ouvrage, à la liturgie pure, dont nous nous sommes toujours respectueusement écarté. Hâtons-nous donc de dire que nous ne considérerons ici que la forme matérielle et extérieure des livres, et, si nous nous permettons de les ouvrir, ce sera surtout pour admirer la calligraphie à ses différentes phases, ou pour suivre l’histoire des peintures dont les anciens siècles se sont plu à les orner.

Disons d’abord quelques mots de leur antiquité.

On a nié l’existence des livres liturgiques à l’origine de l’Eglise. On a prétendu que leur emploi se serait opposé à la discipline du secret. Dom Guéranger, tout en avouant qu’ils durent être d’abord rares, croit cependant à leur existence, à cause de la longueur des prières qu’il était impossible de confier à la mémoire des fidèles. Les prières fixes et déterminées ne résisteraient pas longtemps à cette épreuve, des nouveautés s’in¬

troduiraient, la louange de Dieu serait altérée et profanée L

La meilleure preuve que nous puissions donner de l’antiquité des livres ressortira, à chaque page de cette histoire, des monuments figurés que les premiers siècles nous offriront en abondance et qui nous montreront des rouleaux et des livres dans les mains du Sauveur ou des apôtres.

Il est déjà qùestion de livres dans la Genèse. — Les Tables de la Loi rappelaient les Commandement s de Dieu, non verbalement mais bien par écrit.

Ces livres étaient quelquefois comme les nôtres et s’ouvraient comme ce texte semble l’indiquer : « Aperuit Esdras librum coram omni populo. » (2. Esd. 8. 5.) Quelquefois aussi ils étaient en rouleaux : « Et complicabuntur sicut liber Cœli (Isaïe 3q. 4) — manus rnissa ad me, in qua erat involutus liber (Ezech. 2. 9.) Et cœlum recessit sicut liber involutus. » (Apoc. 6. 14.)

Ils étaient de grandes dimensions : « Sume tibi librum grandem et scribe. » (Isaïe 8. 1.)

Les rouleaux, contrairement à l’usage antique, étaient écrits des deux côtés: « Librum scriptum intus et forii. » (Ap. 5- 1.)

L’Apocalypse nous les montre avec des sceaux. Saint Augustin, qu’on veut offrir comme témoin contre l’existence des livres, disait que les païens pouvaient vérifier la vérité de nos prophéties dans les livres des juifs, nos ennemis, et les déposi-

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