‹ La messe (volume 4)Chapitre 108 sur 335 · Smith, Dict., p · texte numérisé non relu

Smith, Dict., p

Barbier de Montault, Bulletin monum., 1881, p. 756.

Frisi, III, pi. XIX.

VIe SIECLE. — CALICES D’OR ET D’ARGENT. — MONZA.

plus sérieux. Elle représente Yisconti rapportant d’Avignon le trésor qu’on expose sur des gradins au-dessus de l’autel. Un clerc monté sur l’autel est occupé à y disposer les différentes pièces ; sur le gradin du haut on voit deux calices qui doivent être de vraie grandeur et qui mesurent ora3o. Nous les avons reproduits (PL CCLXXXI) d’après Mgr Barbier de Montault, auquel nous empruntons également cette intéressante description 1 :

« Celui de droite (la droite de l’autel) mesure en hauteur om285, l’ouverture de la coupe est de omi8 et la largeur du pied seulement de omi 1 5. Le pied est étroit et bas, en forme de cloche renversée, avec des godrons pour tout ornement, audessus d’une collerette dentelée qui surmonte un filet servant de soubassement. Le nœud est en boule unie et aplatie, décorée du même motif quatre fois répété, un gros cabochon flanqué en croix de quatre cabochons plus petits; les gemmes, employées sans symétrie, sont des rubis, des saphirs et des émeraudes. La coupe est large et évasée; un filet la divise en deux sections, chacune d’elle agrémentée de larges godrons. La coupe est contournée d’un listel à sa lèvre. Deux dauphins, à yeux de rubis, forment les anses qui sont gemmées.

« Le second calice est plus riche que le précédent et de forme différente. Ses dimensions sont om3o en hauteur, om 1 6 à la coupe et omog5 au pied. Le pied a de l’analogie, pour la décoration, avec celui du premier calice, à part toutefois l’absence du filet formant le soubassement et le contour qui est concave et non convexe. Le nœud, également aplati, offre une espèce de croix entre deux roses, dont le cœur est occupé par un saphir ou une émeraude. La croix, pattée aux bras et à la hampe, est arrondie à la tête, forme vraiment singulière et inusitée. Au centre est un cabochon d’émeraude, accosté de deux rubis et d’un saphir, qui épousent la forme pattée de la croix qu’ils rehaussent. La coupe est d’un galbe très élégant et d’une ornementation agréable à l’œil, quoique d’une réelle simplicité. Le fond est arrondi et godronné : un bandeau gemmé opère le raccord avec la partie supérieure, dont les lignes sont presque droites. Sur ce bandeau un cabochon, ovale ou carré,

i. Bulletin monum., 1 88 1 , p.761.

forme le centre d’un motif carré, cinq fois reproduit et se confondant avec le suivant, dont les angles arrondis sont sertis de cabochons plus petits. Une grande croix pattée s’étale au-dessus de cette frise ; son cabochon central est un gros saphir encadré de pétales en orfèvrerie qui dessinent une marguerite, le tout inscrit dans un cercle d’où sortent les quatre bras de la croix, rehaussée en haut et en bas d’émeraudes, sur les côtés de rubis, les uns et les autres découpés suivant les contours de la croix. Aux angles inférieurs et supérieurs, près du bandeau et de la lèvre de la coupe, saillissent quatre autres gemmes, une émeraude et trois saphirs. Les anses imitent imparfaitement un dauphin : la queue se découpe en feuillage trèflé, et le corps est absolument semé de pierres précieuses dont la monture à large anneau rappelle celle des gemmes à la couronne de Théodelinde. Toutes ces gemmes, jetées pour ainsi dire au hasard, quant à la couleur, sont des saphirs, des émeraudes et des rubis. On en compte au total quarante-six. »

Bien que nous ne puissions reconnaître dans ces calices ceux des bas-reliefs du portail, à cause des différences de forme et de décoration qui les séparent, nous ne pouvons nous refuser d’y voir aussi des œuvres du vie siècle, en faveur duquel les dauphins notamment sont une caractéristique concluante. Nous expliquerons seulement cette variété par la présence dans le trésor de plusieurs calices gemmés et ansés. L’inventaire de 1275 nous en signale trois de cette sorte. Le tableau du xve siècle nous révèle donc des vases sacrés que les autres images ne nous avaient pas encore montrés.

La rareté des calices mérovingiens ne peut nous surprendre après tant de siècles, mais elle donne un prix inestimable à ceux qui nous ont été conservés. Le calice de Lamon, que M. de Rossi a illustré dans son Bulletin, est de ce nombre. Il fut trouvé dans une grotte des Alpes entre Castel- Tesino et Saint-Donat, non loin de Trente ; il fut acheté par la fabrique de l’église paroissiale de Lamon, encore placée sous le vocable de saint Pierre et de saint Paul. C’est un vase d’argent d’une forme assez semblable à nos calices modernes, de om2 1 de hauteur, composé d’une coupe

CALICES

demi-ovoïde, soutenue par un nœud et un piédouche; il pèse 320 grammes. Sur la lèvre de la coupe on lit cette inscription: De donis Dei Ursus diaconus sancto Petro et sancto Paulo optulit. (PI. CCLXXVI.)

M. de Rossi estime que le style de ces caractères nous reporte au vie siècle; ils rappellent le bassin d’argent de Gilimer, roi des Alains et des Vandales, qui ne peut être postérieur à 533 *, puisque c’est alors que ce prince fut défait et détrôné par Bélisaire en Afrique. La formule « De donis Dei » est propre aux inscriptions oblatoires; elle existe de toute antiquité dans les prières de l’oblation liturgique : « De tuis donis ac datis offerimus; » nous la retrouvons en vigueur au ixe siècle dans les ex-voto sacrés. Les oblations en l’honneur des saints portent souvent cette formule « De donis Dei et Sanctorum » et en supposant que le diacre Ursus n’ait pas écrit sur son calice : « De donis Dei et sanctorum Pétri et Pauli Ursus diaconus optulit », la formule directe adoptée par lui engagerait M. de Rossi à l’attribuer au ve plutôt qu’au vie siècle, ainsi que les exemples de Ravenne et de Brives rapportés plus haut donneraient lieu de le penser.

Dès le ve siècle, les inscriptions des calices furent métriques et allusives au mystère eucharistique; leur importance dogmatique ne manque pas d’être relevée au xne siècle, à propos de l’hérésie de Béranger. Les pèlerins pouvaient encore admirer au xive siècle, à Saint-Paul-hors-les-Murs, un calice mentionné dans le codex du Vatican :

« Mirabilia urbis », écrit en 1 3 6 5 . Mal copiés et avec nombreuses lacunes, les vers qu’on y lisait peuvent être restaurés ainsi 2 :

Nominis excelsi vas nobile suscipe Paule

Vas in honore tu(æ quod) Præsul Honorius aulæ

(Do) ut tua régna piis precibus mihi d(e)s pietatis

Et satur(er) pacis requie jungarque beatis.

Ces hexamètres rirnés sont applicables, non à Honorius Ier, qui vivait au vne siècle, mais à Honorius II ou à un de ceux qui se sont succédés au xne ou au xme siècle.

On trouve encore une inscription analogue à celle de notre calice sur la célèbre patène de

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