‹ La messe (volume 4)Chapitre 11 sur 335 · EPOQUE J U STI NI EN NE · texte numérisé non relu

EPOQUE J U STI NI EN NE

Dès l’origine du byzantinisme, on peut remarquer dans les images la coutume de représenter le Sauveur et les apôtres couchés pendant la Cène. D’après les descriptions évangéliques et les probabilités archéologiques, on ne peut guère douter que telle ne fut leur attitude en cette circonstance solennelle1. C’était donc un commencement de réalisme dans la peinture d’histoire religieuse. La mosaïque de Saint-Apollinaire de Ravenne, un des exemples les plus mémorables de ce nouveau genre, orne une des métopes du haut de la nef, côté de l’épître ; la table demi-circulaire est couverte d’une nappe blanche, frangée, bordée de gammadiæ et d’ornements d’or, le coussin des lits alternativement brun et or. — Au-dessus reposent six pains de forme conique et deux grands poissons. Le Sauveur, selon l’usage, est figuré en avant et bénissant; les apôtres ont tous le visage tourné vers l’extérieur; les lits sont d’or, montés sur pieds et maintenus par des traverses croisées.

On a publié dernièrement VÉvangéliaire de Rossano, que les éditeurs attribuent au vie siècle; on y voit, comme à Ravenne, Notre-Seigneur et les apôtres couchés autour du sigma. — Sur la chaire de Saint-Maximien les convives de Cana sont aussi figurés couchés; cette manière ne fut jamais abandonnée p>ar les Grecs et nous pourrons la retrouver sur des peintures du xie siècle.

Les artistes du vie siècle n’avaient pas cependant tout à fait abandonné l’usage de les figurer assis; témoin le manuscrit de Cambridge, où le Christ

i. Rohault de Fleury, Evang., II, p. 181, pl. LXXllI.

COMMUNION

au milieu et trois apôtres de chaque côté, sont représentés devant une table demi-circulaire.

Nous avons tout à l’heure observé qu’au vie siècle les images deviennent plus réalistes, les voiles symboliques que la nécessité avait levés sur elles deviennent de plus en plus transparents; nous allons voir bientôt apparaître, dans la représentation de la Cène, celle de la Communion véritable des fidèles de ce temps, debout, inclinés et tendant la main sous l’hostie qui va leur être confiée.

Il est nécessaire, avant d’exposer les monuments figurés qui nous rappellent cette coutume, de montrer d'après des témoignages primitifs quelles étaient alors les règles, et quels furent les rites dont s’inspirèrent les artistes. — Ces données historiques prennent d’autant mieux place ici, qu’elles rentrent elles-mêmes dans le cadre de nos études et ne sauraient être considérées comme une digression.

Nous voyons que l’usage de communier debout, quoiqu’il n’apparaisse qu’au vie siècle dans l’iconographie, remonte à l’origine de l’Église. Terlullien (7 245) semble déjà y faire allusion lorsqu’il dit : « Nonne solernnior erit statio tua si ad ararn

« Dei steteris accepto corpore Domini et reservato « utrumque . salvum est et participatio sacrificii « et executio offici i . » — C'était le temps où l’on se communiait soi-même dans les maisons, comme le même Père y fait allusion à propos de la chrétienne, femme d'un païen; on lit aussi dans Denys d’Alexandrie, l’histoire du vieillard Sérapion , auquel un enfant rapporta la Communion.

Saint Jérôme parle de la Communion domestique à Rome, comme d’un souvenir de sa jeunesse1.

Après la paix, la communion domestique devint de plus en plus rare; le concile de Saragosse (38o) défendit de la recevoir ailleurs que dans l’église; les fidèles furent obligés de se présenter devant les chancels et d’y tendre la main. Les témoignages des Pères du ive siècle sont nombreux à cet égard.

Saint Basile (-j- 379) dit que le prêtre donnait une portion dans la main et que le communiant la portait lui-même à la bouche (lib. I. Liturg.). Toutefois, à Alexandrie et en Égypte, on communiait encore dans sa maison.

Saint Cyrille de Jérusalem (-[- 386) décrit ainsi la manière de recevoir la sainte Communion : « Approche sans étendre les mains ni écarter les « doigts, mais de ta main gauche forme une sorte

« de siège à ta droite qui recevra le souverain roi, « et dans le creux de ta main, tu recevras le corps « du Christ en disant : Amen! » — Les peintures byzantines semblent calquées sur cette donnée. Saint Cyrille dit encore : « Approche aussi de la « coupe de son sang, non pas en étendant les « mains, mais en les baissant et en disant : Amen! « Lorsque tes lèvres sont encore humides, porte

1. Nous lisons dans les! 'oyages liturgiques qu’au xvii» siècle les vierges, à Port-Royal, en se consacrant, se communiaient elles-mêmes avec les parcelles d’une grande hostie qu’on leur avait confiée. (P. a35. )

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