Voy. au musée de Chartres
Deville, Hist. delà Verrerie, p). XVIII et XLIV. . -
MESSE
iv — 12
CALICES
sculptés de Ravenne nous ont appris, c’est que les artistes cherchaient à élever la coupe sacrée pour montrera ceux qui en approchent les lèvres, à quelle hauteur et quelle pureté il leur est proposé d’atteindre.
VIIIe SIÈCLE.
Le Livre pontifical, si pauvre, jusqu’à présent, en descriptions de calices, devient très riche au vme siècle, et accuse l’avènement des Carlovingiens en même temps qu’une renaissance de l’orfèvrerie religieuse. Nous voyons Grégoire III (-J* 741) faire fabriquer au poids de 3o livres 1 « calicem aureum « præcipuumdiversisornatum lapidibus pretiosis », puis, pour un oratoire de Saint-Pierre2, un calice d’or avec des gemmes, un calice d’argent « qui « pendit in abside ipsius oratorii.» Ce dernier a été quelquefois considéré comme un ciboire, mais l’usage des calices suspendus dans le seul but décoratif était trop répandu pour qu’on puisse se prononcer dans ce sens. Ce même pontife donna à Sainte-Marie-Majeure « patenam auream magnant « cum diversis lapidibus, pens. lib. 26. Et calicem « similiter cumgemmis pens. lib. triginta quatuor.» Dans d’autres circonstances, il offrit des calices d’argent.
Ce fut surtout après leur alliance avec les princes Carlovingiens que les papes, grâce à la sécurité qui leur était rendue, purent enrichir les églises; Adrien Ier 3 (-{- 772) donna à Saint-Pierre, pour le service ordinaire de l’autel, une patène et un calice d’or qui pesaient ensemble 24 livres, soit près de 8 k i log. , poids énorme lorsqu’on songe que la patène de Gourdon ne pèse qu’un’demi-kilog. — Il donna à Sainte-Marie-Majeure un calice et une patène d’or de 20 livres. Le mot obriçum, dont on s'est servi pour qualifier l’or de ce calice, signifie sans doute l’éclat que lui donnait sa pureté.
3. P. 269. Fecit patenam et calicem in basilica B. Pétri, apost. pro quotidianis ministeriis ex auro purissimo pens. simul lib. 21 .
Ce fut surtout sous le règne de Léon III que l’orfèvrerie atteignit une rare magnificence ; le saint pontife donna à Santa- Prisca « calicem fun- « datum superauratum unum et coronas très », peut-être un calice de vermeil
A son couronnement , Charlemagne offrit des calicesd’unemerveilleusegrandeur qui atteignaient les poids de 36, 3y et même 38 livres (19 kilog. et qui étaient décorés de gemmes i.
M. Poussielgue, à l’expérience duquel nous aimons recourir, nous dit que les calices qu’il fabrique et qui ont om2q de haut, pèsent de 1400 à i5oo grammes. Un calice d’or de om3o, qu’il a fait pour être donné au pape par le roi d’Espagne, pesait trois kilogrammes. « Il est donc probable, « ajoute-t-il, que le calice de Charlemagne devait « avoir de plus grandes proportions et atteindre « environ om5o, dans le genre des ciboires qui se « fabriquent en Belgique et en Hollande. J’ai « calculé sur une pièce entièrement fondue sans « aucune partie faite au marteau 3. »
Il existait dans le trésor de Mayence un calice de plus d’un mètre, son poids était tel qu’un seul homme ne pouvait le soulever quand il était à : terre L
Saint Léon donne encore à' saint Pierre « cali- « cem aureum præcipuum », orné de pierreries, pesant 28 livres et accompagné de la patène d’un poids égal 3; un autre calice d’or gemmé de i3 livres, qu’on portait en tète des processions statio- ; nales ü ; un troisième orné de pierreries, en or et à quatre pans. — J’hésite à traduire le mot « tetragonum » par carré, ce qui serait une forme étrange et dont les monuments ne nous offrent
1. Je n'ai pu éclaircir le sens de ce mot fundatum qui est appliqué non seulement aux pièces d’orfèvrerie, mais encore aux tissus.
2. P. 282. Et patenam auream majorent, cum gemmis diversis, pensan. libras triginta. Et calicem majorent cum
i gemmis, et ansis duabus, pensan. libras quinquaginta : octo. Item calicent majorent fundatunt, cum scyphone,
1 pensan. libras triginta et septem. Immo et aliunt calicem majorent, fundatum, pensan. libras tringinta et sex.
3. Lettre particulière. On arrive maintenant à fabriquer des objets d’une grande légèreté au moyen de matrices en
i acier.
: 4. Conradus, episc. citron, vetus ver. maguntiacarum.
Labarte, III, p. 416.
6. P. 3oq. B. Petro.... calicent aureum præcipuum tetra- ! gonum spanoclystunt, diversis ornalum pretiosis lapidi-
"bus, pensan. libras triginta et duas. Nec non fecit et patenam aureant spanoclystant mirae magnitudinis déco* ratam, pens. libras viginti quinque et uncias 9.
VIIIe SIÈCLE. — CALICES D'OR ET D'ARGENT.
que de rares spécimens. Je préférerais y voir quatre demi-cercles, diminuant comme des fuseaux vers l le nœud. Nous trouvons dans le trésor de Venise un vase décagone encristal de roche avec bordures j métalliques qui peut offrir une analogie. (PL CCCIII.)
Voici une anecdote racontée par Agnellus et qui donne idéedes richesses que possédait au vmesiècle l’église de Ravenne , en fait de vases sacrés. On sait que Justinien II avait fait saccager cette ville par le patrice Théodore (709) et enlever au moyen d’une trahison les principaux habitants, entre autres l’archevêque Félix, auquel il rit crever les yeux. Son successeur Philippique voulut réparer l’injustice; il fit venir Félix : « Retourne dans ta ville, lui dit-il ! — A quoi bon y retourner? — Quelle cause y met obstacle? — Je suis aveugle; les richesses de mon église ont été dispersées, on a transporté ici tous les ornements qu’avaient donnés tes pieux prédécesseurs. » — Ayant entendu ces paroles, après le dialogue, l’empereur ordonna à j un héraut d’aller crier à travers la ville que ceux qui détenaient quelque chose de l’église de Ravenne devaient au plutôt le rapporter dans le palais. L’ordre fut exécuté et bientôt l’archevêque reprit possession de tous ses ornements; il ne manqua qu’un seul candélabre.
Non content de cette restitution, l’empereur lui offrit encoredes présents : « — Ta faveur, répondit Félix, me suffit, cependant pour le repos de ton âme, si tu veux faire une offrande à mon église, tu peux lui donner des pierreries de ton trésor qui conviendront parfaitement pour l’orner.» Le prince fit aussitôt apporter tous les vases qu’on y trouva et dont Agnellus nous donne la description ; cette description ressemble à l’inventaire du trésor de Saint-Marc de Venise : « Un grand cratère de cris- « tal monté en or, orné de pierreries; deux autres « cratères d’onyx montés aussi en or avec pierre- « ries; un grand vase (canistrum) sur lequel étaient « figurés des hommes et des oiseaux taillés sur le « cristal; une burette (amas) avec des sculptures « non moins remarquables; une aiguière (urceus),
« pour laver les mains, et son bassi n revêtu d’argent « et tel qu’aucun regard humain n’a pu en voir de « semblable; une couronne d’or, ornée de pierre- « ries d’un prix incomparable, etc. h »