Bull, mon., XV, p
Galette des Beaux-Arts, 2» série, XXIII, p. 277.
iv — 13
MESSE
CALICES
rechercher tous ceux qui subsistaient pour les enchâsser et s’en servir.
Nous avons un remarquable exemple de l’emploi d’objets antiques par les ouvriers carlovingiens dans l’admirable vase de sardoine que possède le Cabinet des médailles de France, et qui marque une des particularités la plus curieuse en même temps qu’un des points le plus brillant de l’histoire des calices.
Les temples furent transformés en église, les marbres païens en autels chrétiens, les ivoires en ciboires ; cette tradition de la liturgie des premiers siècles se poursuit et nous montre ici le ix° siècle s’emparant d’un vase profane, couvert de scènes bachiques, pour l’offrir au Christ; cette transformation est un des faits le plus notables qu’on puisse présenter pour montrer le large esprit qui présidait à la discipline liturgique et qui ne craignait pas de verser le sang du Seigneur dans une coupe jadis réservée aux libations de Bacchus. Ici paraît aussi le respect de l’Eglise pour les chefsd’œuvre d’art, lors même qu’ils ne sortaient pas de son inspiration, et l’injustice de ceux qui l’ont considérée comme une iconoclaste impitoyable.
Comment ce précieux objet est-il entré dans le trésor impérial? Etait-ce au retour d’une des expéditions de Charlemagne contre les barbares auxquels il reprenait leur ancien butin? Etait-ce un don des papes à leur libérateur ? C’est ce que l’histoire ignore; nous savons seulement, d’après l’inscription, qu’après l’avoir fait monter sur un pied d’or, Charles III le donna à l’abbaye de Saint- Denys. Cette désignation du prince est ordinairement attribuée à Charles le Simple, mais aussi à Charles le Gros et même à Charles le Chauve.
Ce vase demeura dans ce trésor pendant tout le moyen âge, entouré de respect et d’admiration; les reines de France, dit-on, y buvaient du vin consacré le jour de leur couronnement. Sa valeur était si grande, qu’Henri III, selon une autre tradition1, l’aurait engagé chez des Juifs de Metz contre une somme de un million de livres tournois.
En 1790, un décret de l’Assemblée nationale le fit déposer au Cabinet des médailles qui le conserve encore. En 1804, il fut volé en même temps que